Alexandre,
pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs?Je travaille depuis 10 ans dans l’univers de l’animation, spécialisé dans la fabrication des décors, que ce soit en dessin, en peinture, en maquette, ou encore en 3D.
J’ai étudié la peinture et la scénographie durant plusieurs années, à L’ESAG, la dernière académie à ma connaissance qui permet de pratiquer le dessin académique. Cette base classique m’a permis de travailler sur des projets complètement différents, cartoon, réaliste, SF, et de m’adapter aux différents styles des réalisateurs.
Comment êtes-vous arrivé dans l’aventure SKYLAND?
Par le réalisateur, Emmanuel Gorinstein, un copain de l’ESAG. Un soir, après les cours je suis venu diner chez lui. Sur sa table à dessin, il y avait une maquette de 2 cv complètement brulé et re customisé avec des morceaux d’un avion de chasse miniature.
C’était 5 ans avant le début de la production de la série, il s’est battu comme un fou pour donner vie à son projet. Lorsqu’il a eu l’argent pour commencer la production, j’ai quitté sans hésitation mon travail chez Ubi Soft pour le rejoindre.

Vous
êtes crédité comme « Chef Décorateur ». En quoi consistent ces
fonctions ?
Le poste de chef
décorateur n’existe pas vraiment en animation, c’est assez vague,
pourtant dans le cas de SKYLAND, on s’approche un peu plus d’un
tournage classique car il y a des comédiens dont on capture les
mouvements pour les retranscrire sur un personnage virtuel.
Du coup, il faut être rigoureux sur les proportions des décors. Tout
est construit en 3D mais les éléments que l’on dit « jouant »,
c’est-à-dire, les accessoires, meubles et éléments de décors que les
acteurs vont toucher doivent être construits en dur. Par exemple si le
personnage doit monter un escalier ou pousser une porte, il va falloir
recréer « en vrai » l’escalier ou la porte.
En dehors de ces contraintes techniques très méticuleuses on peut quand
même s’éclater à imaginer des décors quasi impossibles à réaliser dans
un film en live. A moins de s’appeler Lucas ou Spielberg ;)

Vous êtes aussi
crédité comme « Directeur Artistique ». Quel est votre rôle à ce poste ?
Le directeur artistique
intervient à plusieurs étapes. D’abord en conception, c’est un travail passionnant qui
consiste à produire des croquis pour mettre des images les scenarios.
Le directeur artistique doit faire le lien entre les dessinateurs et le
réalisateur. Sur SKYLAND, il fallait tout inventer de la canette à
boire, jusqu'à un bloc volant de plusieurs kilomètres de long, en
passant par les vaisseaux, leur armes, cockpit, hangar, cabine
d’équipage etc.…. Une fois que les croquis sont validés on passe à la
modélisation très rough de
tous les éléments pour voir si cela fonctionne. Parallèlement, on
élabore des planches de textures références ainsi que des croquis en
couleur qui permettent de poser les ambiances et les lumières.
Une fois cette étape terminée ( la conception ) on passe en production
proprement dite qui consiste à faire modéliser en Haute définition les
décors et personnages, en parallèle, il faut s’assurer que le plateau
de motion capture a toutes les cotes nécessaires à la construction des
accessoires.
La
troisième étape consiste à valider les rendus et de travailler avec
l’équipe de compositing. Etape palpitante
car c’est la que l’on voit sortir les images finales. On peut
considérablement améliorer les images à ce stade et trop souvent le
compositing est bâclé sur les séries. Heureusement sur SKYLAND,
l’équipe a été extraordinaire et notre producteur n’a pas hésité à
mettre les moyens.

Avec qui et comment
avez-vous travaillé ?
D’abord avec les
dessinateurs, Laurent Gapaillard, Franck Lou Marie, ensuite avec Gilles
Carcone qui s’est occupé des premier models 3D et enfin Myriam Catrin
qui a préparé les textures.
Ensuite avec Attitude Studio dirigé au Luxembourg par Alain Bouteiller
qui a chapeauté plus de 20 graphistes 3D et Gabriel Villatte qui s’est
chargé d’assurer la livraison des centaines de mattes painting.
Sur le compositing avec David Vandergucht, un maestro de l’image, qui
lui aussi avait toute une équipe à encadrer. Autant vous dire qu’il
faut bien préparer son travail avant de lancer la production.
Comment
s’organise une journée de travail pour vous ?
La première règle, c’est de s’assurer que chacun des graphistes soit
d’une part motivé et d’autre part ait une tache bien définie. Si ces
deux règles ne sont pas là, les gars se barrent au bout d’un mois.
Donc, ma journée commence par parler avec chacun des graphistes, faire
le point sur ce qu’il doit produire dans la journée, regarder et
critiquer son travail de la veille, faire passer les éléments validés à
la production. Ensuite, toujours s’entretenir avec le réalisateur des
modifications ou souhaits qu’il veut effectuer. Au début de la
production, c’est assez facile et très agréable, mais avec les épisodes
qui s’entassent dans la machinerie, tous les problèmes s’empilent. Il
faut rester zen et hyper polyvalent pour trouver des solutions à chaque
difficulté. En fin de journée, si j’ai du temps, je le consacre à mon
exercice favori, le script color, qui consiste à faire des vignettes
toutes petites du board en couleur.
Pouvez-vous nous expliquer
pourquoi la diffusion et distribution la seconde partie de là saison 1
a été si retardée?
SKYLAND a bénéficié d’un budget colossal mais pourtant, malgré le
travail et la bonne volonté de tous, il est arrivé un moment ou il
devenait impossible de tenir le rythme de livraison imposé. Il a donc
fallu s’engager dans un studio Indien, qui bénéficie d’une quantité
inimaginable de graphistes. Mais la quantité ne rime pas avec la
qualité et il fallu de nombreux mois pour parvenir à former les équipes
en Inde. Plusieurs français sont partis pendant plus de 6 mois pour
assurer la qualité de la seconde saison de SKYLAND.

Les fans que nous
sommes sont ils en droit d’espérer une adaptation pour le grand écran ?
Cela fait plusieurs années que les scénaristes travaillent sur
l’adaptation de SKYLAND en film. Je n’en sais pas plus mais j’espère
que la production se lancera cette année !
En dehors de SKYLAND,
quelle est votre actualité ?
Cela fait plus d’un an que SKYLAND est terminé. Depuis ce temps, j’ai
travaillé avec Method Film et Onyx film au développement visuel de
nouveaux projets tout aussi ambitieux et graphiquement innovant que
SKYLAND. J’ai également travaillé pour le cinéma « LES ENFANTS DE
TIMPELBACH », pour des pubs, une série d’animation rigolote « LEON,
TERREUR DE LA JUNGLE » produit par Studio Hari.
Actuellement je travaille aux côtés de Victor Antonov à la conception
de l’adaptation sur le grand écran du livre « LA NUIT DES ENFANTS ROIS »
Voila, merci et à bientôt ;)

