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Entretien avec Batem - Festival BD Roquebrune 2007


 
Batem, pouvez-vous nous dire à quand remonte votre passion pour le dessin ?
Tous les enfants dessinent. Mais un jour, ils s’arrêtent et se tourne vers autre chose : les poupées, la tv…Moi j’ai continué. Je n’étais pas un garçon dépressif, mais juste un peu anxieux. Le dessin était pour moi un refuge. Vers l’âge de 4 à 6 ans, je me mettais dans un coin pour dessiner. C’était dans la cuisine de mes parents. Il y avait là une table roulante avec un rebord. C’était vraiment inconfortable, mais c’était mon coin. Et puis il y a toujours eu de la Bande Dessinée à la maison, car Papa était abonné au Journal de Spirou. J’ai bien pris quelques cours de Bande Dessinée à l’académie, mais je ne dessinais que pour moi à l’époque. Et puis j’ai fait du Scoutisme. Là, on m’a demandé quelques illustrations. Cela m’a décoincé.
 
 


Après cela je suis allé à l’Institut des Beaux Arts à Saint Luc de Liège. Je voulais y étudier la restauration de monuments anciens, mais cela demandait 7 ans d’études, j’ai donc changé de couloir. J’ai étudié l’illustration avec option BD. Puis ce fut la galère, les portes des éditeurs qui s’ouvrent pour mieux se refermer immédiatement. Plus tard je me suis marié et quand j’ai vu le ventre de mon épouse s’arrondir, j’ai téléphoné à la SEPP (Société d'Edition, de Presse et de Publicité), une société-sœur des Editions Dupuis qui travaillait sur un projet de dessin animé sur le Marsupilami, à l’insu de Franquin et j’ai été embauché. Mais un jour, Franquin est passé et a vu mes dessins. Quelques temps après, quand il s’est agit de faire relancer le Marsupilami en BD avec Marsu Productions, l'épouse de Franquin lui a dit de m’appeler. Il m’a téléphoné et m’a demandé d’être le nouveau dessinateur du Marsupilami. Ce fut vraiment un coup du destin.


 

Vous avez vécu le rêve de tout jeune désirant devenir artiste…
J’ai eu une chance de feu. J’ai vécu la galère pendant deux ou trois ans et d’un seul coup je suis entré par la grande porte. Cela m’a permis de faire aussi autre chose : des caricatures de presse, des toiles, des pochettes de cd…
Le vrai problème de la BD, c’est qu’on produit 4000 nouveautés par an. A part les locomotives comme le Marsupilami, et d’autres, le temps d’exposition d’un album n’en est réduit qu’à une dizaine de minutes. Rien qu’ici à Roquebrunes, un éditeur a sorti 107 numéros Un ! Ceci dit, si un jeune a envie de dessiner, je ne peux que l’encourager. Il faut qu’il dessine, dessine et dessine encore et pas forcement de la BD. Moi j’avais envie de dessiner et j’ai fait de tout. Des scénarios pour Peyo, des models sheet pour les Snorkles… Il faut rester humble et y aller, tout accepter.

Y a-t-il des réseaux à connaître ?
Non, on frappe à toutes les portes et de fil en aiguille on arrive à se faire connaître. Il faut travailler, dessiner, persévérer et rester humble. Et ne pas oublier le dessin d’après nature. Même si on fait de la BD, il faut savoir dessiner un pli de chemise, sinon, on plonge dans les tics et cela se voit.
 
Pourriez-vous aider un jeune à se lancer ?
Je pourrais toujours le présenter à mon éditeur. J’ai un atelier ou je travaille avec sept autres dessinateurs, où le rédacteur en chef de Spirou vient parfois faire ses « commissions ». Mais le coté piston n’existe pas dans le monde de la BD.
 
Pouvez-vous nous parler de votre relation avec André Franquin ?
Je suis un fan absolu. Je l’avais déjà croisé à la SEPP. Et puis un jour les éditions Rambaldi ont voulu sortir une collection sur Gaston et il leur fallait un dépliant illustré. Ils ont demandé à Franquin, qui n’a pas pu le faire, mais qui les a renvoyés vers moi. Vous l’imaginez, j’ai accepté tout de suite ! J’ai dessiné toute la nuit pour cela et j’ai envoyé mes dessins dès le lendemain matin. Puis Franquin est repassé à la SEPP. Nous nous sommes retrouvés dans un coin autour d’une bière. Et il m’a dit : « vous dessinez mieux Gaston que le Marsu ! » Il m’a donné tout un tas de bons conseils. Je ne sais plus si le dépliant a été finalement publié, mais le plus important c’est qu’il a permis cette rencontre ! Et un an et demi plus tard il m’appelait pour dessiner les nouvelles aventures du Marsu. A partir de là, nous nous sommes vus une a deux fois par semaine. J’allais chez lui, pour faire un découpage sur un scénario. Je l’ai beaucoup observé. Vous savez, mon principal talent, c’est peut être tout simplement d’être sympathique ! Notre amitié est née de là. J’allais en vacances chez lui avec ma famille et mon chien. J’avais ma propre chambre.



Et aujourd’hui, c’est le Marsu qui préside ce 6ème Festival de Roquebrunes !
C’est très émouvant pour moi de me retrouver autour de tous ces artistes et notamment côtoyer TIBET, qui fait partie des dessinateurs que j’admirais étant jeune et qui donné envie de faire ce métier. Moi, j’ai plus le sentiment d’être la nourrice du Marsu qu’autre chose. En tant que parrain du festival, après 4 années comme simple invité, c’est moi qui ai choisi qui faire venir pour cette sixième édition, car j’aime aller admirer mes collègues en plein travail.

 


Le Marsu a aussi les honneurs de la télévision. Pouvez-vous nous parler de votre rôle sur la série animée ?
Je suis très heureux du succès de cette série. Nous préparons actuellement la troisième saison dans laquelle je suis plus particulièrement impliqué. J’ai crée de nouveaux model sheets et un nouveau design. Souvent sur une série tirée dune BD, le personnage vous échappe. Mais là l’éditeur est aussi coproducteur et il a réussi à imposer notre présence sur cette troisième saison. Ce genre de série permet de faire venir de jeunes lecteurs à la BD et le plus amusant, c’est que les petits lecteurs d’aujourd’hui sont les enfants d’anciens lecteurs.

Quel genre de relation entretenez-vous avec vos lecteurs ?
Outre les festivals comme celui-ci, je reçois beaucoup de courrier. Mais j’essaye de faire attention à ne pas me laisser submerger par cela. Je le souviens que le créateur de Martine passait 6 mois de l’année à créer ses albums et les autres 6 mois à répondre au courrier ! Rires.

Merci à Luc Collin pour cet interview, son dessin dédicacé et le merveilleux moment qu'il nous a consacré!

Merci à Jérémie pour la prise de notes, et pout tout le reste...

 

 

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