mercredi 26 septembre 2007
Stephane Colman, De la Terre à la Lune, interview par Christine BLANC
Stéphane COLMAN, comment devient-on scénariste de
BD ?
C’est avant tout
l’envie de raconter des histoires, de créer un
univers, d’inventer des aventures de personnages
de façon littéraire et de les proposer à un
dessinateur.
(c’est à ce moment qu’Eric Maltaite ajoute : «
c’est un ‘serial conteur’. Même entre nous, il
n’arrête pas de raconter des histoires !’)
C’est aussi une
histoire d’amitié, de rencontres, avec Eric et
avec Luc (Batem). En ce qui concerne la
formation, souvent, on peut trouver des cours de
scénario dans les écoles de bd ou à Angoulème,
mais moi, j’ai plutôt appris sur le tas.
Quand et comment avez-vous commencé en
tant que scénariste ?
J’ai commencé en
1978 à écrire mon propre scénario, puis j’ai
continué en 1981 pour un album d’Eric.
Comment se concocte un scénario de bd ?
C’est quelque
chose de très spécifique, avec un rythme
différent du scénario de dessin-animé par
exemple. Il faut trouver la bonne balance entre
l’action, le narratif et les repos, comme dans
une partition de musique. De plus, il faut
impérativement caser ce que l’on a à dire en 44
pages. Je me souviens qu’un jour, j’avais demandé
à l’un des directeurs de Dupuis, Philippe Van
Doren, s’il était possible d’envisager un Billy
The Cat en deux volumes. Il m’a répondu, « Oui,
mais un sculpteur n’a qu’un seul bloc de marbre à
sculpter, et il ne peut rien rajouter. Ces 44
pages c’est ton bloc. Le chef d’œuvre existe là
dedans ». J’ai donc considéré cette contrainte
comme un outil, pour éviter de se perdre.
Comment se passe votre collaboration avec
Batem sur le Marsupilami ?
J’aime
lui rendre mes 44 pages en une fois. Nous
discutons bien. Je le tiens au courant de mes
idées, mais je ne lui montre jamais rien avant
d’avoir terminé. De plus la particularité de mes
scénarios, c’est qu’ils sont entièrement
dessinés. Je serais incapable de faire un
scenario sans dessin. Cela vient probablement du
fait que je suis dessinateur. Je fais même une
couverture avec le titre ! Quand je commence un
scénario, l’idée de la fin est claire à 60%. Mais
des modifications sont toujours possibles. Je
vais chez Luc, je passe deux heures à lui
raconter l’histoire, et je fais totalement autre
chose. Mais rien n’est jamais perdu. Le principal
est de faire plaisir à Luc. Le dessinateur passe
7 à 9 mois sur une histoire. Il faut vraiment
qu’il s’amuse pour pouvoir transmettre son
plaisir au lecteur.
Quel
est votre rythme de travail ?
Luc et
moi faisons un album par an. Il est d’ailleurs
entrain de dessiner mon troisième scénario. Il en
est à la douzième ou quatorzième page. Et quand
il en sera à la page 25, je sais que je devrais
me mettre à l’écriture d’un nouveau scénario. Il
me faut 2/3 mois pour en écrire un. J’ai un
tempérament plutôt rêveur et contemplatif. Entre
deux scénarios ou deux albums, je peux rester
beaucoup de temps à ne rien faire. Mais quand je
m’y mets, je peux faire des journées de 18 heures
d’affilée.
Comment définiriez-vous votre Marsu ?
Le Marsu est un
personnage extrêmement difficile à saisir. Il ne
parle pas, et surtout il ne pense pas. Il est
donc extrêmement difficile de construire une
aventure autour de cela. C’est très « casse
gueule », il faut vraiment trouver un ressort
particulier. C’est ce qui fait que le Marsu est
un gros consommateur de scénaristes. Franquin a
eu une idée magistrale, celle décrire la vie du
Marsupilami.

Maintenant que c’est fait, il faut impérativement trouver autre chose. Quelque chose pour l’embêter ou pour l’attraper, car sinon il resterait dans sa forêt et il ne se passerait rien ! J’ai lu dans des forums que l’on me reprochait de trop utiliser ce ressort de la « Chasse au Marsu », ce qui fait que dans les 2 albums suivants on ne le chasse pas. Mais cela reviendra sans aucun doute. Quand j’ai abordé ce personnage, je me suis dit « je veux retourner dans la forêt ». C’est ce qui m’a aidé. J’ai aussi voulu mettre les indiens Chahuata et l’aspect Chamanique en avant. Cela a vraiment apporté une autre dimension. J’ai donc fait des recherches sur le sujet, je suis allé sur des sites internet de légendes amazoniennes. J’ai ainsi utilisé des structures de récits utilisé par les indiens. J’ai aussi ajouté des animaux étranges d’Amérique du Sud. C’est ainsi que le Marsupilami est redevenu le roi de la jungle. C’est une sorte de retour aux sources.
