On
connaissait Tim Simonec, l'orchestrateur de Michael
Giacchino sur des films comme LES INDESTRUCTIBLES,
mais on connaît moins le compositeur. Et pourtant,
qui mieux que lui pouvait faire le lien entre la
sublime partition du créateur de la musique de LOST
et autre ALIAS (sans compter le prochain RATATOUILLE)
et celle du jeu vidéo édité par Buena Vista Games?
Votre
parcours est pour le moins original… Comment
êtes-vous venu à la musique ?Tim Simonec) Mon parcours est assez inhabituel il est vrai car au départ, je me destinais à la prêtrise… Ce qui ne m’empêchait pas de me distraire en composant des arrangements. Mais à un moment, c’est la musique qui a pris le dessus et après le Collège, c’est là que je me suis orienté vers des études musicales.
Quels sont les compositeurs les plus significatifs –en dehors de Michael Giacchino- avec lesquels vous avez collaboré ?
Le plus connu est sans doute Graham Revell avec lequel j’ai dû faire quelque chose comme une quinzaine de film durant les dix dernières années. Mais j’ai aussi travaillé avec Christopher Tyng sur la série animée FUTURAMA.
Comment avez-vous rencontré Michael Giacchino ?
Il travaillait à son premier jeu vidéo, THE LOST WORLD, et il cherchait un chef d’orchestre. Je me suis présenté et il m’a pris. Cela fait une dizaine d’années maintenant.
Il nous a confié que vous lui aviez tout appris…
En fait, ce qui s’est passé, lors de notre premier projet, c’est qu’au moment où le copiste m’a amener la partition, la nuit précédent la session d’enregistrement, j’ai été très surpris par les orchestrations. Tout le monde jouait tout le temps. J’ai fait venir Michael et avec un stylo rouge j’ai barré tout ce qui était en trop, tout en lui expliquant mes raisons. J’ai été alors très impressionné par sa maturité. Il a tout accepté sans protester. Il était comme un éponge : il voulait apprendre. Le résultat est que, dès notre deuxième collaboration, sur un nouveau jeu vidéo, il n’avait plus fait du tout ces erreurs et avait considérablement progressé. J’ai beaucoup aimé le voir grandir musicalement depuis ces débuts jusqu’à aujourd’hui, de ses premiers jeux vidéos à ALIAS, LOST puis aux INDESTRUCTIBLES.
Comment définiriez-vous l’orchestration des
INDESTRUCTIBLES ?
Brad Bird avait
une idée très précise de ce qu’il voulait : quelque
chose dans la veine des JAMES BOND et des films
d’action des années soixante ; quelque chose à
mi-chemin entre Henri Mancini et Lalo Shiffrin. Du
point de vue orchestral, je me suis donc concentré sur
des flûtes basses et altos à la Mancini, et une
puissante section de cuivres afin d’assumer le jazz
très présent dans cette partition, mélangée avec
l’orchestre classique.
Sous couvert de jazz, on passe en fait par une
multitude de styles différents.
Il est vrai que chaque
thème appartient à une sphère stylistique très
différente, ne serait-ce que le thème principal et le
thème d’amour par exemple. Mais cela arrive également
dans des passages non thématiques, souvent très
stylisés –même si Michael tient beaucoup à cette
dimension thématique de ses œuvres.
On trouve également des couleurs très
scintillante dans votre orchestre, notamment avec le
xylophone ou le célesta.
Le fait est que
nous avons voulu utiliser absolument toutes les
ressources de couleurs de l’orchestre, notamment du
côté du célesta et des percussions. Ce fut une occasion
unique de faire tout ce qui nous passait par la tête,
et de manier l’une des palettes sonores les plus larges
que nous ayons jamais manipulées. Nous n’avons
délibérément pas fait appel à des voix dans cette
musique, mais du point de vue instrumental, nous avons
recherché toutes les solutions imaginables, dans le
cadre fixé par le réalisateur, c’est-à-dire sans rien
d’électronique, comme cela aurait été le cas dans les
années soixante.
A partir de quel matériel travaillez-vous
?
Michael me donne des
esquisses très annotées. Ses idées sont là, présentées
de façon générale : « ajoutez des saxes… amusez-vous
librement avec les bois… ici, donnez moi des
percussions jungle ». Les cordes sont très détaillées
chez Michael, sinon pour le reste, mon rôle est d’une
certaine façon d’embellir ses esquisses dans le respect
de ses suggestions. Parfois, il me donne des fichiers
MP3. Pour LES INDESTRUCTIBLES, il y avait environ 1/3
d’esquisses. En tant qu’orchestrateur, je dois dire que
je n’ai pas vraiment besoin de MP3 car mon rôle n’est
pas de faire en sorte que l’orchestre sonne comme un
fichier informatique. Il faut que l’orchestre sonne
vraiment comme un orchestre. Le MP3 me sert surtout de
vérification.
A quoi ressemblent ces esquisses ? Sont-elles
sur six ou huit portées comme traditionnellement ?
Depuis l’arrivée de
l’informatique, il est loin le temps de ce genre
d’esquisses. Michael compose directement des maquettes
à l’ordinateur et un de ses collaborateurs est chargé
de les simplifier pour me les transmettre. C’est à
partir de cette simplification que je travaille.
Nous avons été frappés par l’impressionnant
crescendo de Kronos Unveiled.
Je dois dire
que tout le mérite en revient à Michael. C’est lui qui
a prévu tous les points de détail de cette progression.
De fait, ce fut une grande émotion pour moi au moment
de diriger l’orchestre mais aussi quand j’ai découvert
cette scène dans le film.

La partie de percussions de Saving
Metroville est, elle aussi, ahurissante.
Là encore Michael avait
songé au moindre détail. Il m’a simplement demandé
d’embellir et complexifier ce qu’il avait imaginé.
Pour quel moment du film votre participation a
t’elle été la plus significative ?
Il s’agit du
premier montage, Life’s Incredible Again. Michael
connaissait mon goût pour ce style de swing. Il m’a
simplement donné le thème et m’a donné carte blanche.
Comment s’est passée la direction de cet
orchestre, entièrement live, une experience assez rare
de nos jours ?
Ce fut tout simplement
un énorme plaisir. Souvent on enregistre la section
rythmique à l’avance et l’orchestre joue par dessus.
Mais c’est tellement plus vivant quand chaque musicien
réagit à l’unisson de l’orchestre. Les musiciens
peuvent ainsi se faire une idée la plus représentative
de la musique dans son ensemble et, par conséquent,
répondre de façon idoine aux besoins de cette musique.
Ils peuvent ainsi s’insérer de façon beaucoup plus
subtile dans les tissus orchestraux. Et pour le chef
d’orchestre ce furent des conditions de travail idéales
: un magnifique studio, un orchestre remarquable, une
musique sensationnelle, un ingénieur du son de talent,
un réalisateur génial et un studio d’animation –Pixar-
unique en son genre. Ils ont apporté tant de petites
attentions que ce fut probablement une expérience que
je ne revivrais pas de si tôt. La semaine suivante,
j’avais encore des musiciens qui revenaient me voir
pour me dire à quel point ils avaient vécu des moments
d’exception.
Comment s’est passée la rencontre entre les
musiciens classiques et les musiciens pop ?
Vous savez, à Los
Angles, ce genre de rencontre est quasi quotidienne. Il
n’y a pas de frontières entre les styles et entre les
musiciens. La différence, c’est que Michael et moi
sommes très attachés à créer une bonne ambiance de
travail propice à susciter une bonne collaboration
entre tous les musiciens. Tous ces musiciens sont des
artistes de premier plan. Mais ces sessions
d’enregistrement sont aussi l’occasion d’un grand
stress. Michael et moi faisons tout pour retrouver le
plaisir de jouer de la musique ensemble. Je pense que
je dois être un comique frustré car là je ne rate pas
une occasion de faire le clown.

Michael Giacchino est connu pour être féru
d’histoire de la musique. Est ce aussi votre cas ?
Absolument et c’est
presque une obligation quand vous devez vous replonger
dans l’ambiance des années soixante. Bien sur on peut
faire cela techniquement, mais je dois dire que pour ma
part, je me suis toujours intéressé et passionné pour
l’histoire de la musique de films. On peut vraiment
dire que je suis un fan car les musiciens du passé sont
nos véritables maîtres. LES INDESTRUCTIBLES ont donc
constitués une formidable opportunité de se replonger
dans les années soixante. Du point de vue orchestral,
ce n’est pas un retour, c’est un hommage.
Quelle fut votre implication la musique des
INDESTRUCTIBLES du jeu vidéo, composée elle aussi par
Michael Giacchino ?
Dans la mesure où pour
des questions de droit, nous n’avons pu ré-utiliser les
thèmes originaux du film, j’ai du les adapter, les
transformer, tout en gardant le même esprit. Et cet
esprit tient tout spécialement à l’orchestration. Mon
rôle à donc été crucial dans cette adaptation.

Quelles sont les différences, pour vous entre
musique de films et musique de jeux vidéos ?
Le jeu vidéo se
concentre d’avantage sur l’action que sur les
personnages. Par conséquent, sa musique n’a pas besoin
d’être aussi thématique que celle du film.
La flûte de pan est très présente à certains
niveaux alors qu’on ne l’entendait pas dans le film.
Il y avait
pourtant bien de la flûte de pan dans le film, dans les
scènes se déroulant sur l’île, mais elle était noyée
dans l’orchestre. Le jeu vidéo a été pour nous
l’occasion de mettre un peu plus en avant cet
instrument.
Quelle était la taille de l’orchestre pour le
jeu vidéo ?
C’était un
orchestre un peu plus petit que celui du film mais
quand même de bonne taille puisqu’il y avait environ
soixante musiciens. Il y avait tous les instruments de
l’orchestre original qui était de quatre vingt dix
musiciens mais en moins grands nombre.
Avez vous enregistré dans les même conditions
que celles du film ?
Absolument.
Tout à été enregistré live et en même temps.

