Cannes. Mai 2006. John Powell
est l’invité du festival pour présenter ses deux
dernières productions : X-MEN 3 : L’AFFRONTEMENT
FINAL, l’ultime chapitre de la trilogie Marvel, et
UNITED 93, un film poignant basé sur les événements
du 11 septembre. Et Cinéfonia était là !
C’est dans une villa perchée sur les hauteurs
cannoises que John Powell nous a cordialement reçus
pour évoquer sa carrière et ses oeuvres.
A l’image d’un X-Men recueilli dans son manoir par le
professeur Xavier, il a été accueilli par Hans Zimmer
au sein de l’école Mediaventure pour participer au
développement de musiques marquées par l’insertion
d’éléments électroniques et de nombreux emprunts à la
pop. Puis, tel Angel prenant son envol, il a
construit son propre chemin, pour mieux développer
maintenant vers une approche moderne et
impressionnante de la musique de film classique, un
symphonisme lyrique et puissant dont X-MEN 3 est sans
doute l’expression la plus accomplie.
En attendant avec impatience la suite de cet
entretien à l’occasion de la sortie de L’ÂGE DE GLACE
2 en dvd, ne boudons pas notre plaisir de découvrir
les secrets d’une musique qui nous a fait l’effet
d’une… Tornade !
20 YEARS AGO…
Monsieur Powell, on vous connaît avant tout
pour avoir été un des piliers de Mediaventures, mais
votre formation musicale est avant tout classique,
dans la mesure où vous avez fait vos études au
Trinity College
John
POWELL) C’est une très bonne école, et il est vrai
que j’ai bénéficié d’excellentes études classiques.
Mais il se trouve que le Trinity College n’est pas
aussi « classique » qu’on le pense. On m’a surtout
appris à être créatif. Ils disposent d’excellents
studios, d’une remarquable bibliothèque sonore, et de
professeurs fantastiques ! On n’y développe pas cette
vision étriquée de la musique que l’on peut trouver
dans d’autres écoles. Leur sonothèque propose
notamment une profusion d’enregistrements
d’ethno-musicologie. Je me souviens y avoir passé des
heures à écouter des musiques des quatre coins du
monde. Ce n’est pas là que j’ai appris l’harmonie
classique ou l’orchestration, mais bien plutôt la
liberté de créer, en compagnie d’autres artistes,
musiciens mais aussi danseurs et chorégraphes. Si
j’avais été au Royal College of Music, cela aurait
été tout autre. J’aurais fait mes classes à coup de
basses chiffrées et de chants notés, et ma vie en
aurait certainement été différente. C’est pourquoi je
considère que cette ouverture d’esprit qui m’a été
donnée a été fondamentale pour ma carrière.

Comment êtes-vous arrivé dans l’équipe de
Mediaventures ?
JP) Après mes études,
j’ai fait beaucoup de musiques de publicité chez
Air-Edel, ainsi que pour une société parisienne appelée
Vol de Nuit dirigée par un fantastique producteur,
Claude Letessier. J’ai beaucoup aimé travailler avec
lui, notamment parce qu’il tenait toujours les clients
et les éditeurs loin de moi afin que je puisse
travailler en toute sérénité. J’ai fait cela pendant
plusieurs années et il est presque incroyable qu’après
tout ce temps je n’ai pas encore appris le Français ! A
cette époque, Hans (Zimmer) travaillait aussi pour
Air-Edel, et c’est là que je l’ai rencontré. Il avait
besoin d’aide sur une musique de film pour laquel il ne
disposait que de dix jours. Il a donc appelé tous les
bras disponibles à la rescousse. Quelques années plus
tard, après avoir écrit mon opéra, AN ENGLISHMAN,
IRISHMAN AND FRENCHMAN avec Gavin Greenaway, sur une
mise en scène très multi-média de Michael Petry, je me
suis dit qu’il était temps pour moi de bouger. J’ai
donc pris une année sabbatique pour me rendre à Los
Angeles. J’y ai loué un appartement au bord de la mer
et je me suis mis à la recherche de projets. J’ai
appelé Hans pour lui dire que j’étais en ville. Il ne
m’a donné aucune garantie, mais il m’a contacté
régulièrement pour faire de petites choses pour lui, de
plus en plus nombreuses avec le temps. Puis est arrivé
VOLTE FACE. Les studios le voulaient lui ; ils ne me
connaissaient pas. Mais Hans leur a dit qu’il
connaissait un jeune et qu’il se portait garant pour
lui. Ils ont accepté et je leur ai présenté quelques
démos : une vingtaine de minutes de musique composées à
partir des images qu’ils m’avaient données, et ils ont
aimé. Hans n’a jamais eu à rectifier mon travail sur ce
film. Il venait aux réunions, me donnait quelques
conseils, c’est tout. Et ce fut le début de notre
collaboration à Mediaventures.
Après cette période, vous avez continué à
travailler avec l’un de vos collègues de l’époque,
Harry-Gregson-Williams.
JP) Tout a débuté grâce
à Hans et à Jeffrey Katzenberg à partir du PRINCE
D’EGYPTE. Harry aidait Hans sur la partition, et moi je
l’aidais sur les chansons. Un jour, Jeffrey est venu
voir Hans pour lui dire qu’il trouvait très intéressant
notre travail à Harry et à moi et pour lui demander de
choisir l’un d’entre nous pour FOURMIZ. Or Hans n’a pas
pu. C’était comme si on demandait à un père de choisir
entre ses deux fils. Alors Jeffrey s’est dit «
Mettons-les donc ensemble et voyons ce que cela donne
». Nous ne nous connaissions pas. Nous travaillions
dans la même entreprise quasiment sans nous être
rencontrés. Nos débuts ensemble furent difficiles mais
très intéressants. Et cela a tellement bien fonctionné
que les films se sont enchaînés : CHICKEN RUN puis
SHREK. C’est à ce moment que je me suis dit qu’il était
temps pour moi de quitter Mediaventures pour trouver
mon propre chemin, ma propre voix. J’ai gardé
d’excellentes relations avec Hans mais, vous savez, il
est toujours difficile de travailler dans l’ombre de
quelqu’un. Cela ne veut pas dire pour autant qu’il
était difficile de travailler en binôme avec Harry,
bien au contraire. Nous étions un peu comme dans un duo
de compositeurs de chansons. Si une scène ne nous
plaisait pas, on la passait à l’autre et inversement.
Il nous arrivait parfois même de finir les morceaux de
l’autre. Il n’en reste pas moins que la décision de
nous séparer fut une décision commune et ni l’un ni
l’autre n’avons eu à le regretter. Nous nous voyons
d’ailleurs toujours.
A l’image de l’ « évolution » de Hans Zimmer
(notamment sur le DA VINCI CODE) et de Harry
Gregson-Williams avec LE MONDE DE NARNIA, il semblerait
que vous vous orientiez maintenant vers une approche
plus classique de la musique de film.
JP) Quand vous êtes dans
ce business, une partie de vous-même doit se poser la
question de savoir quel est le style du moment. Vous
devez vous tenir au courant de ce qui marche et de ce
qui ne marche. Quel compositeur travaille ? Quel
compositeur ne travaille plus ? Et pourquoi ? Quand
j’étais à Mediaventures c’était très simple : ils
voulaient embaucher Hans, pas moi. Je devais donc leur
offrir exactement ce qu’ils désiraient : une musique
dans le style de Hans. Mais dans le même temps, j’ai
essayé d’y apporter –avec parcimonie- ma touche
personnelle, car je ne voulais pas n’être qu’un doublon
de Hans. Maintenant, si vous regardez le paysage
musical actuel, vous vous apercevez qu’on y retrouve
toutes sortes de style. Mais le style dominant
actuellement relève de la grande école de musique de
film qui, elle-même, remonte à la musique classique. En
me tournant délibérément vers ce style, j’ai voulu
montrer que je n’étais plus le même, qu’il y avait une
rupture entre mon travail à Mediaventures et mon style
actuel. C’est déjà ce que j’avais commencé à faire sur
THE BOURNE IDENTITY en essayant de produire une musique
d’action actuelle avec des moyens autres que ceux de
Mediaventures. L’idée est donc de répondre aux besoins
stylistiques d’un film et d’une époque tout en trouvant
son propre style.
BUILDING BRIDGES
Cet héritage classique se ressent tout
particulièrement dans votre partition pour X-MEN 3 :
L’AFFRONTEMENT FINAL. Comment êtes-vous arrivé sur ce
projet, initialement prévu pour John Ottman ?
JP) Ce qui s’est passé,
c’est que Brett Ratner travaillait initialement sur
SUPERMAN RETURNS et Bryan Singer sur X-MEN 3 et qu’au
bout du compte, chacun a fini sur le film commencé par
l’autre. De fait, John Ottman a suivi Bryan Singer sur
SUPERMAN RETURNS. En ce qui me concerne, je crois que
Brett m’a choisi parce qu’il aimait beaucoup mes
musiques pour THE BOURNE IDENTITY et THE BOURNE
SUPREMACY. C’était des musiques très différentes de ce
qui se pratique actuellement et je n’avais absolument
pas prévu de me lancer dans une musique pour
Superhéros. Pourtant, Brett m’a parlé de son scénario
et j’ai aimé cette métaphore qu’est le traitement pour
« guérir » les mutants. J’ai trouvé que cela renvoyait
avec beaucoup de pertinence à la montée d’intolérance
que l’on peut observer partout dans le monde et tout
particulièrement aux Etats-Unis, où l’on trouve de plus
en plus le rejet de la différence. On n’est jamais
assez bien : trop grand, trop petit, trop ceci, trop
cela. Musicalement parlant, c’était aussi pour moi un
intéressant défi à relever à travers une partition plus
explosive que tout ce que j’avais fait auparavant.
Quelle fut votre attitude par rapport aux
musiques des deux précédents films ?
JP) Avant tout, je
voudrais dire que toutes deux sont d’excellentes
partitions très proches dans l’esprit mais très
différentes en même temps. Quelque part, la musique de
X-MEN 2 est une sorte de mutation de celle du premier.
Pour X-MEN 3, j’ai tenu à rester dans la même famille,
dans le même type de langage. Tout comme je l’ai fait
pour l’AGE DE GLACE 2, vous ne pouvez faire abstraction
d’un film original à succès. J’ai donc essayé de faire
honneur aux deux premières partitions tout en y
apportant un peu de moi-même, de ma sensibilité.
Vous parlez de fidélité à un style. Est-ce
vraiment à celui des X-Men ou pensez-vous plus
largement qu’il existe un langage musical propre aux
Super-Héros, aux films Marvel.
JP) Mon premier
devoir était envers les X-Men en particulier, mais
force est de constater qu’il y a bien certains gestes
musicaux communs à tous les Superhéros et qui ont été
établis depuis très longtemps. Il y a les Héros, et il
y a les Super-Héros. C’est un cran au-dessus et c’est
cela qui m’a plu dans ce projet : faire quelque chose
de démesuré, sans commune mesure avec ce qui a déjà été
fait. Pour chaque scène, je devais penser « plus grand
» que pour tous mes autres films.
Est-ce pour cette démesure que vous vous êtes
lancé dans WATCHMEN?
JP) Pas exactement. Pour
tout vous dire, je ne suis pas sûr que cela va se
faire. Paul Greengrass, qui est le réalisateur de THE
BOURNE SUPREMACY et de UNITED 93, a signé pour ce film
il y a deux ans de cela. Il l'a développé et au moment
de tourner, Paramount a complètement changé de
management, ce qui fait que le projet a été stoppé et
que nous sommes aujourd'hui dans l'incertitude. C'est
dommage car c'était un excellent script, une histoire
très sombre et très politique, une vision passionnante
d'un futur possible. C'est pour cela que je pense que
Paul était le réalisateur idéal. A aucun moment je n'ai
songé au fait qu'il s'agit également d'une histoire de
superhéros. C'est avant tout une métaphore. Mais rien
ne dit que le film va se faire et que je vais
finalement en faire partie…
PHOENIX RISES
Quels furent vos apports personnels à X-MEN 3
du point de vue thématique?
JP) Quand j'ai
vu le film pour la première fois, il n'y avait aucune
musique, ce qui fait que j'ai pu imaginer ce que je
voulais sans contrainte, sans idée préconçue.
L'importance du vaccin m'est tout de suite apparue,
mais également le besoin d'un thème pour Magnéto, et
d'un autre pour Jean Grey en tant que Phoenix. Ce qui
m'a intéressé en elle, c’est aussi son histoire d'amour
très particulière avec Wolverine. C'était l'occasion
d'écrire un grand "love theme", très lyrique. Enfin, il
me fallait un générique, un thème pour les X-Men en
général. C'est sans doute ce dernier qui est le plus
proche des deux premiers films et qui fait vraiment le
lien avec eux. Mais cela ne m'a pas empêché d'y
apporter ma touche personnelle, notamment dans
l'utilisation que j'en fais dans The Funeral, en le
passant du mode mineur au mode majeur.
Une indéniable réussite et assurément l'un de
nos morceaux préférés…
JP) Et
pourtant, vous avez bien failli ne pas en profiter!
Remerciez pour cela Brett et le monteur du film, Mark.
J'avais écrit un autre morceau qui ne les avait pas
complètement convaincus. Le thème des X-Men était a
priori trop héroïque ou trop… mineur. Je me suis donc
mis au piano, j’ai passé ce thème en majeur et ce fut
une révélation. Parfois on cherche à faire quelque
chose de particulièrement élaboré, et finalement, sans
trop savoir pourquoi, les cinéastes peuvent vous
pousser dans la bonne direction, attirer votre
attention sur quelque chose de plus simple que prévu,
que vous aviez devant les yeux sans le voir, et qui
s'avère être la meilleure solution!
Nous avons également été très impressionnés par
Phoenix Rises, à la fois totalement chaotique et
totalement contrôlé.
JP) Il faut savoir que,
pour ce morceau, le sound designer m'a donné une
maquette de tous les sons fantastiques qu'il a créés
pour cette scène, toute la palette extraordinaire qu'il
a imaginée pour cette séquence. A l'origine, je voulais
utiliser le thème de Jean dans sa forme la plus
passionnée et il me semblait que tous les effets
sonores ne laissaient pas beaucoup d'espace pour le
chaos. C'est la raison pour laquelle je me suis d'abord
orienté vers une approche toute en staccatos très
violents. Puis les choses ont évolué doucement et je me
suis rendu compte que ces sons graves et autres
souffles de tempêtes pouvaient finalement servir de
base à la musique et je me suis mis à ajouter toutes
sortes d’éléments supplémentaires. Du point de vue de
l'orchestration, j'ai cherché à faire quelque chose de
très puissant, quelque chose qui ne tournerait pas
forcément autour des cordes. Je me suis souvent
interrogé sur ce qui rendait les partitions de Jerry
Goldsmith si impressionnantes et si puissantes. C'est à
la suite de cela que j'ai donné le thème à l'ensemble
de l'orchestre en gardant les basses à part. Plus
généralement, je crois que la réussite de l'ensemble,
c'est le jeu sur les contrastes. Le morceau ne se
focalise pas sur un seul élément mais sur l'opposition
et la complémentarité entre tous les éléments que je
viens d'évoquer.
DIES IRAE, DIES ILLA
Les chœurs sont aussi très présents, encore plus sur
l'album que dans le film.
JP) Tout à fait. Nous avons pris la décision de ne pas
utiliser les mêmes chœurs dans l'album et dans le film
afin de ne pas détourner l'attention du spectateur du
drame qui se joue sur l'écran. C'est ainsi qu'il existe
deux versions du même morceau : l'un avec des chœurs
sans paroles, l'autre avec paroles, tirées de la messe
de Requiem.
On se souvient d'ailleurs qu'X-MEN 2 commençait
par une citation explicite du Dies Irae du REQUIEM de
Wolfgang Amadeus Mozart.
JP) Ce texte est une
source d'inspiration très ancienne mais aussi très
puissante, très évocatrice. A tel point que c'est la
raison pour laquelle je l'ai retiré du film. Il arrive
qu'un morceau soit si prégnant que les spectateurs
arrêtent de regarder le film pour ne se concentrer que
sur la musique. Il y a bien des moments durant lesquels
cela doit se produire, mais la plupart du temps il faut
que la musique soit transparente. Cela ne veut pas dire
qu'elle ne doit pas être intéressante, mais plutôt
qu'elle ne doit pas prendre le pas sur l'histoire et
sur l'image. C'est une question qui m'obsède : j'adore
composer, et composer une musique qui puisse s'écouter
en tant que telle. Mais dans le même temps, je suis au
service du film.
Toujours dans Phoenix Rises, l'orchestre
s'arrête soudain pour faire place au seul chœur au
moment du sacrifice de Jean.
JP) A ce moment-là,
tandis que les effets sonores fusaient de partout dans
la bataille, nous assistons à une scène très intense,
mais aussi très intime entre Jean et Wolverine. Les
effets sonores sont atténués, comme à travers un
filtre, et c'est ce que j'ai fait en musique en ne
laissant passer que les chœurs. Cela me paraissait
d'autant plus approprié que cela prolongeait de façon
très significative l'idée de Requiem.
The Last Stand se poursuit avec le générique de
fin et tandis que la quasi totalité de votre partition
pour X-MEN 3 est très symphonique, dans la grande
tradition de la musique de film, vous n'avez pu
résister à un clin d'œil à Mediaventures pour la
dernière occurrence du thème du Phoenix!
JP) C'était tout
simplement pour moi une façon différente d'exposer le
thème de Jean Grey. Il faut dire que je ne disposais
que d'extrêmement peu de temps pour composer ce
générique de fin de 7 minutes. J'ai donc écrit une
version plus longue du générique d'ouverture, puis je
suis revenu à mes toutes premières démos. Là, le thème
de Jean avait une forme très proche de celle que vous
évoquez. Je n'ai pas tant cherché à revenir au style
Mediaventures qu'à lui donner une couleur "disque",
dans le style de Massive Attack ou autre. Même si j'ai
une formation classique, je ne nie pas que la rythmique
peut être d'une grande utilité et d'une grande
efficacité, d'autant plus quand on n’a que peu de temps
pour écrire un morceau. Revenir à cette première
version fut un geste spontané, comme évident pour moi.
Mais elle ne figure jamais telle quelle dans le film.
Si vous pouviez avoir un super-pouvoir, quel
serait-il?
JP) Une partie
de moi aimerait avoir le pouvoir d'aller sur les lieux
de conflits du globe et d'apporter la paix, et une
autre partie aimerait pouvoir faire craquer toutes les
filles. C'est comme si l'adulte en moi ne pouvait se
dépêtrer de l'adolescent crétin qu'il a été! Plus
sérieusement, je pense que ce n'est pas la peine de
désirer avoir des super-pouvoirs car ces pouvoirs sont
en nous. Si nous avons vraiment le désir de réaliser
certaines choses, nous le pouvons d'une manière ou
d'une autre.
THE LAST STAND
X-MEN 3 vient d'être présenté à Cannes. Comment
se passe votre séjour dans la capitale française du
cinéma?
JP) Je ne suis pas un grand amateur de ce genre de
réunion, de cette agitation, de cette folie. Je suis
surtout venu au Festival pour présenter mes deux
derniers films, X-MEN 3, mais aussi UNITED 93, de Paul
Greengrass.
Pouvez-vous nous parler de ce film difficile,
et du rôle primordial qu'y tient la musique?
JP) C'est l'histoire du
quatrième avion qui s'est crashé le 11 septembre. Ce
crash s'est déroulé après les trois premiers, sur le
World Trade Center et sur le Pentagone. Quand le
détournement a commencé, les passagers ont eu le temps
de téléphoner à leur famille, et ils ont su ainsi ce
qui était en train de se passer. Et même si les pirates
leur disaient qu'il ne s'agissait que d'un « simple »
détournement, ils savaient qu'il n'en était rien et
qu'un sort bien plus terrible encore les attendait.
Paul a choisi d'aborder ce film de façon très réaliste,
ce qui le rend assez difficile à regarder. On sait tous
comment cette histoire s'est finie et elle pose la
question du choix : fallait-il rester assis ou
fallait-il combattre? Dans les deux cas, il s'agit
d'une mauvaise solution. Une seule chose est certaine :
la violence engendre toujours la violence. C'est un
film aux vertus cathartiques, mais également très
troublant. De ce fait, mon rôle a été d'essayer
d'apporter un peu de réconfort aux spectateurs, de leur
tenir la main en quelque sorte à travers la musique.
C'est l'antithèse d'X-MEN 3 : ce sont des gens simples
pris dans quelque chose qui les dépasse, qui a dépassé
tout le monde, des militaires aux politiques. J'étais
moi aussi dépassé par ce film et sa portée, et j'en ai
beaucoup discuté avec Paul. Il m'a conseillé de voir
THE BATTLE OF ALGIERS, l'un de ses films préférés, mis
en musique par Ennio Morricone et cela m'a beaucoup
aidé à voir comment je pouvais aider le film. Il ne
fallait pas apporter de tension ni d'émotion car tout
était déjà dans l'histoire. J'ai donc adopté une
attitude plus douce et plus subtile, consolante.
Quels sont vos modèles dans le monde du cinéma?
JP) Je dirai
que, pour moi, le meilleur compositeur était Stanley
Kubrick, car il a su donner un sens inédit à la
musique, et que le meilleur metteur en scène est John
Williams, car plus que tout autre, il a le génie de
pouvoir vraiment raconter une histoire par sa musique.