FOG - INTERVIEW DU COMPOSITEUR GRAEME REVELL
1871,
un navire fait naufrage au large de l'île
d'Antonio Bay. L'équipage disparaît avec le
bateau. Il ne s'agit pas d'un accident, mais les
quatre coupables voient leur effroyable crime
dissimulé par une étrange brume.
Plus d'un siècle plus tard, le passé refait
surface et un mystérieux brouillard envahit
l'île. Face aux épouvantables morts qui se
multiplient, les habitants terrifiés doivent
affronter la malédiction de ceux qui veulent se
venger.
Si le mystère demeure, il n'y aura plus de paix.
Sans vérité, personne ne survivra...
Le compositeur Graeme REVELL vous raconte ce qu'il a vu dans le brouillard!
Graeme, votre actualité est aussi riche de la sortie de THE FOG film dans lequel on retrouve Maggie Grace alias Shannon dans LOST. Qu'est-ce qui vous a intéressé dans ce projet?
GR) J'aime les défis, et THE FOG en était un. Je connaissais le film original. Je le trouvais correct mais sans plus. C'était l'occasion de tenter de faire quelque chose de meilleur. De plus, j'étais intéressé par l'idée de créer une musique qui puisse rendre le brouillard effrayant. Ce phénomène naturel ne fait pas peur à priori. Le pire que l'on risque, c'est de se cogner contre quelque chose. Le brouillard est aussi quelque chose de lent. Cela n'a rien à voir avec les films d'horreur classiques : il ne peut surgir brusquement de nulle part pour vous sauter dessus!

En fait,
vous avez interprété cette musique à trois, David
Russo, Boris Elkis et vous-même. Comment vous
êtes-vous réparti les tâches?
GR) J'ai
l'habitude d'écrire les thèmes et les motifs d'un
film, de l'arranger au synthétiseur et de confier
cet arrangement à l'un ou l'autre de mes
collaborateurs. Pour THE FOG, David a travaillé
avec moi sur les grandes scènes d'action
effrayantes tandis que Boris a travaillé avec moi
sur les origines de cette malédiction et de ces
fantômes avec des sonorités de boîte à musique et
de piano. Chacun d'eux s'occupant de la
programmation à sa façon, cela permettait de
diversifier mon approche sur une même ligne
directrice.

Avez-vous souhaité créer un lien avec la musique
originale du film de John Carpenter?
GR) Il y
a un lien dans la mesure où le motif principal a
été écrit pour le piano mais je n'ai pas souhaité
me replonger dans le film original. J'ai l'ai vu
il y a une vingtaine d'année et je me souvenais
suffisamment. Le problème pour un compositeur,
c'est que, si vous écoutez quelque chose, cela
vous reste dans la tête et l'on arrive pas à s'en
dépêtrer. Si je l'avais fait, je n'aurais pas pu
prendre la distance nécessaire et je crois que je
n'aurais fait que de la copie. Il y a certes une
forme d'hommage dans ma musique, mais en même
temps, c'est une approche nouvelle du sujet, pour
un nouveau film.

Quand
on regarde vos dernières productions, on remarque
la diversité des moyens que vous utilisez pour
chaque film. Par exemple, pour un phénomène
naturel comme THE FOG, vous faites uniquement
appel à des sonorités de synthèse, alors que pour
un jeu vidéo comme CALL OF DUTY 2, vous faites
appel à un orchestre symphonique live. Comment
choisissez-vous les outils de votre expression?
GR) Je réagis un peu comme cette
façon histoire célèbre dans laquelle Alfred
Hitchcock présentait son dernier film à Bernard
Herrmann pour qu'il en fasse la musique. A la fin
de la projection, Bernard Herrmann s'était mis à
rire, et Hitchcock lui a demandé pourquoi, ce a
quoi le compositeur a répondu : "parce que je
viens d'entendre la musique de ce film et que
vous non!" C'est la même chose pour moi, comme
pour bon nombre de compositeurs de musique de
film. Quand on voit quelque chose, on imagine
immédiatement la musique qui va avec. C'est ainsi
que j'ai entendu l'intégralité de la partition
d'AEON FLUX dès la première fois on l'on m’a
présenté le film. La différence avec CALL OF DUTY
2 ne vient pas du fait que ce dernier est un jeu
électronique, mais que le but des images est
d'être aussi réalistes que possible. Et la
musique fait partie intégrante de ce projet.

De fait, elle devait être aussi organique que possible et être jouée par un véritable orchestre. Il fallait que le joueur se sente comme s'il faisait partie de l'histoire, comme s'il se retrouvait à l'intérieur de BAND OF BROTHERS ou de IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN. Si j'avais opté pour une partition électronique, on aurait eu l'impression de jouer à un jeu dans le style de Doom. Or, c'était tout le contraire qui était visé. Un autre élément important à considérer est la destination du film. Quand vous avez à mettre en musique une scène d'amour pour un film destiné à un public entre 50 et 60 ans, vous allez utiliser des cordes, alors que si la cible est un public d'une vingtaine d'années, il faudra plutôt penser à une chanson ou à quelque chose d'électronique.
