«
Seigneur, ne leur pardonnez pas car ils
savent ce qu’ils font »
La veille de
Noël, Bart, Ladj, Thai, Yasmine et Eve
quittent une soirée qui a mal tournée. Eve,
très allumeuse, les invite chez elle. Mais
lorsque la jeunesse des villes se retrouve
dans les griffes de Joseph, l'étrange gardien
de sa maison de campagne, la rencontre
bascule dans le conte sanglant...
Sheitan est un
film Diabolique. Soit vous adorerez, soit
vous le détesterez. Mais personne n'y sera
insensible. Une première dans l'univers
cinématographique français, dans lequel Kim
Chapiron nous emmène faire une virée
hallucinante, dans la campagne profonde. Un
groupe de jeunes de la banlieue font une
virée chez un berger déjanté, préparant une
nuit de culte santaniste. Ambiance glauque,
athmosphère malsaine, violence, humour noir,
cynisme et sadisme sont de la partie.
C'est un compositeur franco- vietnamien
NGuyen Lê que Kim à choisi pour composer une
partition très variée comme les origines
multi ethniques, dynamique pour accompagner
la rencontre explosive d'un univers urbain
avec un monde rural démoniaque!
Au commencement il y eut...
Monsieur, NGUYEN Lê, pouvez vous nous
raconter comment vous avez commencé à
apprécier et à pratiquer la musique ?
NL-J'ai commencé la musique
très tard. D'ailleurs, les premières notes
qui m'ont vraiment marqué sont celles de Deep
Purple, j'étais alors en classe de 6eme.
L'énergie et l'électricité du hard rock m'ont
plu. J'ai toujours gardé ces 2 éléments, pour
moi proches de la transe, dans mon jeu. Puis
j'ai été batteur dans un groupe de lycée.
Notre musique était déjà très improvisée,
avec une couleur King Crimson. Un jour, le
guitariste a laissé son instrument chez moi.
J'ai pris sa guitare et j'ai ressenti un
nouveau déclic. C'est donc à l'âge de 16 ans
que j'ai définitivement choisi la guitare.
J'ai alors commencé un apprentissage en
autodidacte, ce que je suis resté jusqu'au
bout.
Quel est votre parcours ?
NL-Principalement
: Ultramarine, l'ONJ, puis mes disques solo.
Quels sont vos goûts musicaux?
NL-La musique européenne
classique (Bach, Mozart) & moderne (Debussy,
Ravel, Bartok). Le Blues des origines (Big
Bill Bronzy & Albert King) Le Jazz, de Django
Reinhardt à Miles Davis. Le Rock de Jimi
Hendrix, Le Funk de Prince. Les musiques
traditionelles de tous les pays, du Vietnam
au Mali en passant par l'Inde. En quoi cela
vous influence dans vos diverses activités
musicales.
Quel impact dans vos
compositions ?
NL-Tout est là, d'une maniere
ou d'une autre, à un moment ou un autre. Je
crée mon identité en puisant dans tout ce qui
m'a formé & en me le réappropriant.
On connaît votre fascination
pour Jimi Hendrix. Est t’il en quelque sorte
un mentor pour vous, un guide spirituel,
qu’est ce qu’il représente pour vous d’un
point de vue humain, mais aussi musical ?
NL-C'est un père car il a
inventé l'instrument que je joue, la guitare
électrique. Je lui dois donc cet hommage,
mais comme avec tous les pères, nous devons
nous libérer de cet héritage pour devenir
nous mêmes. C'est aussi le symbole d'une
génération & un des premiers musiciens noirs
à avoir eu le succes aupres du public blanc.
De même, comment conciliez
vous vos origines Vietnamiennes et votre
éducation Française. Comment gérez vous cela
d’un point de vue musical ?
NL-Mon premier projet abouti
dans cette problématique a été le projet "
Tales from Viêt-Nam"(CD en 1996). Depuis mon
1er CD "Miracles" je voulais faire quelque
chose autour de mes racines, mais il n'y
avait rien de très abouti jusque là. J'ai
donc attendu de me sentir assez "mature" -
d'avoir acquis une certaine maitrise du
language jazz - pour faire " Tales from
Viêt-Nam". Travailler sur le répertoire, le
phrasé & avec des musiciens traditionnels a
été pour moi une manière de retrouver la
vérité de mes racines, mais aussi, en quelque
sorte, de dire à mes ancêtres : " voilà
comment je comprends votre culture et comment
je la rends mienne ". Pour moi, le Viêt-Nam
ne va pas de soi : La part qui en émerge de
moi, je l'en ai fait sortir, comme une
tradition réinventée. Pour moi, il y a un
avant et un après ce disque. Depuis, je
continue cette mission que je me suis donnée
: faire aimer la musique & l'ame vietnamienne
au plus grand monde, & l'amener à la
modernité avec plusieurs CD avec la chanteuse
Huong Thanh.
Dans Le Club
Comment avez vous eu
l'opportunité ou l'envie de travailler dans la
composition de musiques de film?
NL-Kim Chapiron est le fils
d'une amie vietnamienne de longue date. Il
adorait mes albums avec Huong Thanh & a
insisté pour que je sois le compositeur de
son 1er long métrage "Sheitan". J'adorais son
travail chez Kourtrajmé & j'ai accepté avec
enthousiasme. Mais ce film n'avait rien à
voir avec le Vietnam. Au contraire du 2e
film, "Saigon Eclipse" d'Othello Khanh (à
paraitre en 2007), son directeur musical Alex
Sosno connaissait mon travail sur la musique
du Vietnam : ce film étant réalisé par une
société basée à Saigon, nous avions les mêmes
problématiques de "modernité vietnamienne".
Je ne pouvais qu'être le compositeur de ce
film.
Pouvez vous nous décrire vos
processus d'écriture ?
NL-Pour les musiques de films
le réalisateur a toujours des idées sonores
autour de ses images. Je les mets en oeuvre
musicalement tout en proposant ma propre
musique en même temps. Tout se fait devant
l'ordinateur (un Mac) avec le logiciel de
musique Digital Performer, qui permet de
visualiser le film & de synchroniser très
précisément la musique.
Vous êtes musicien de Jazz.
Vous expliquiez dans une interview que cela
vous permettait de réunir diverses
influences. Pouvez vous nous en dire un peu
plus ? NL-Le
Jazz est une musique d'improvisation, basée
sur l'écoute & le jeu avec les autres
("interplay"). Il y a un esprit d'ouverture
inhérent à cette musique qui peut du coup se
lier à d'autres plus facilement si on en a le
sincère désir.
En quoi le Jazz vous influence
dans la musique de film ? NL-Je ne pense pas
du tout au Jazz dans ce contexte. Si on a
besoin d'un son "Jazz" à cause d'une certaine
scène, je le ferai bien sur. Quel impact sur
votre carrière ont vos différentes origines
culturelles ? La nationalité française à
t-elle été pour vous un handicap ou un
avantage dans le milieu cinématographique et
musical ?
NL-Je ne me pose pas la
question - j'avance avec ce que je suis. Par
rapport au Jazz qui est une musique
américaine, je peux penser que si j'habitais
NYC j'aurais eu un succès plus rapide &
large. Mais ce n'est pas ma plus grande
préoccupation.
Comment avez vous choisi
d’utiliser telle orientation musicale par
rapport a telle ou telle scène ?
NL-Kim a toujours été le
décisionnaire.
Concernant plus
particulièrement votre travail pour Sheitan,
on sent dans votre partition plusieurs
orientions musicales. Pouvez vous nous les
décrire ?
NL-La partie rythmique/festive
étant aussurée par les rappeurs amis de Kim,
mon travail était de développer 2 aspects que
le rap ne pouvait faire : le rêve & la poésie
d'une part, & le suspense, la tension &
l'angoisse d'autre part. Le 1er coté a été
très mélodique, autour d'une berceuse de Noel
qui a subi plusieurs déclinaisons, des plus
enfantines aux plus étranges. Le 2e coté
était un travail électro-acoustique sur des
sons sans origine distincte mais à fort
pouvoir émotionnel.
Quelles ont été les directives
qui vous ont été données pour votre travail:
Temps imparti, moyens humains, financiers et
matériels (partition temporaire, choix
orchestre...) ?
NL- L'aventure a duré a peu
près un an. A la fin c'était de plus en plus
pressé car j'étais tout le temps en tournée.
La production m'a demandé une maquette de mes
ébauches au début. Pour l'orchestre & la
partiton j'avais la liberté de mes choix.
Pouvez vous nous parler de
votre collaboration avec le réalisateur, le
directeur et le reste de l’équipe? Y a t’il
eu bonne entente ? Aviez vous la même vision,
les mêmes conceptions, les mêmes
orientations?
NL-Je n'ai travaillé qu'avec
Kim qui était très directif dans les moindres
détails. Il y a une équipe comme dans tout
film, mais je n'ai pas eu vraiment de
contacts avec eux, juste un peu avec le
monteur puis l'équipe du mixage & de sound
design pour une bonne collaboration surtout
technique.
Avez vous utilisé
l'informatique ? Dans quelle proportion et à
quelle fin ? Avez vous utilisé des
instruments traditionnels, spéciaux ?
NL-Au début du
travail j'ai constitué une banque de sons
enregistrés à partir d'un piano préparé ou
joué à l'intérieur avec des objets. Après
traitement électronique ils sont devenus une
sorte de "vocabulaire d'ambiances" souvent
reliés a des scenes ou des personnages
précis. Le Mac était au centre de la
production musicale, du début à la fin. A la
fin j'ai remplacé quelques parties par des
vrais instruments (marimba, glockenspiel,
flutes, harpe) qui au moment de l'écriture
était simulés par des synthés/samplers.
Avez vous travaillé avec un
orchestre, quelle était sa taille ? Votre
budget temps et financier?
NL-Le budget était maigre car
c'était le 1er long métrage de Kim. Je n'ai
pas eu besoin d'orchestre, Kim n'ayant pas le
désir de cette sonorité.

Votre score est-il thématique,
ambiantal,... ? Pouvez vous expliquer vos
orientations et choix en la matière. Vous
participez depuis de nombreuses années à des
concerts, vous produisez vos propres albums…
Est ce que cette expérience cinématographique
va changer vos activités musicales ? Etes
vous satisfait du milieu de la musique de
film ou préférez vous ne pas renouveler dans
cette voie ? NL-La musique de film
est qqch de très différent de la maniere dont
je fais la musique habituellement. D'abord
parce que dans le film chaque note a une
fonction & un sens, chaque musique sert
l'image (& non le contraire). Je ne fais
jamais d'habitude la musique pour que ça soit
triste ou angoissant. Je préfère qu'elle soit
abstraite pour que chacun puisse voyager
dessus. Ensuite parce que je ne suis pas le
"chef d'orchestre", au contraire de la
majorité de mes projets habituels. Ce manque
de liberté peut être qqfois frustrant, mais
en même temps l'expérience de créer une
musique qui porte & magnifie l'image peut
être merveilleuse & exhaltant.
Saigon Remix
Vous m'avez dit être très occupé
actuellement et pour une longue période, sur
quoi travaillez vous actuellement, et pouvez
vous nous dire quels sont vos projets futurs ?
NL-Je viens de finir une
commande d'écriture pour un trio de
musiciennes classiques coréennes basées à
NYC, le "Ahn Trio" (que m'a d'ailleurs
présenté Kim Chapiron). Il y aura une
création au festival Laguna Beach à LA en
janvier. Auparavant je finissais le score de
ma 2e musique de film "Saigon Eclipse".
Maintenant je commence l'écriture d'un 4e
album pour Huong Thanh. Le tout tout en
continuant concerts & tournées dans le monde
entier (voir "planning" sur mon site)
Si vous pouviez choisir un de
vos prochain projet, sur quel type de film,
avec quel réalisateur, directeur, acteurs
voudriez vos travailler ?
NL-J'aimerais travailler sur
un film qui serait écrit à partir d'une
musique que j'aurais écrite ! :=)
Auriez vous un message
particulier à passer aux lecteurs de cet
interview ?
NL-Peace
!
Un film avec:
Vincent Cassel, Roxane
Mesquida, Olivier Barthelemy, Ladj Ly, Nico
Le Phat Tan, Leïla Bekhti, Julie-Marie
Parmentier, Monica Bellucci.