« Plus que jamais, au plus profond
des ténèbres, loin du regard des hommes se joue le
sort du monde… »
Pendant
des siècles, les Lycans ont été les esclaves des
Vampires. Mais un jour, ces derniers se sont
révoltés, sous la conduite de Lucian, légendaire
maître de leur horde. Aujourd’hui, le combat
millénaire qui oppose Lycans et Vampires entre dans
sa phase la plus spectaculaire. Le fragile
équilibre des forces est bouleversé. Face aux
secrets, à la trahison, à l’insatiable soif de
pouvoir d’un des premiers Immortels, il devient
urgent de faire la lumière sur les origines de la
guerre. Mais pour les peuples de l’ombre, faire la
lumière est toujours un danger… Au cœur de cette
guerre souterraine, la révélation de la vérité sur
ses origines va tout changer pour Sélène, vampire
incarnée par Kate Beckinsale, toujours hantée par
le désir de venger le massacre de sa famille, et va
aiguiser son désir de vengeance envers ceux qui
l'ont trahie. A ses côtés, c'est Michael Corvin, un
hybride mi-vampire mi-lycan, le premier d'une
nouvelle race d'immortels, qui va réussir à
s’imposer entre ces hordes sauvages et déchaînées.
Véritable maître d’armes musicales, Marco Beltrami
a brillamment fait sien cet univers lunaire et
désincarné, offrant au film un contrepoint gothique
et puissant. Tel un vampire déployant ses ailes, le
compositeur xXx…L a su se faire une place de
Seigneur au cœur de l'assemblée des compositeurs
afin d’imaginer le "Futur" de la musique de film.
KILL WILL 2
Votre avez composé beaucoup de musiques de
films de vampires, loups garous et autres zombies
(RESIDENT EVIL, BLADE, DRACULA et maintenant
UNDERWORLD EVOLUTION). Est-ce un choix délibéré de
votre part ?
MB) Non, c’est le
choix des personnes qui font appel à moi. C’est en
voyant ce que j’ai pu faire sur ce genre de films
que les cinéastes me contactent pour faire le leur.
Etes-vous personnellement un fan de Comics,
Marvels et autres univers fantastiques… ?
MB) Pas vraiment. Je
m’intéresse avant tout à ce que je pense lui
apporter en tant que musicien.
Comment êtes-vous arrivé sur le projet
d’UNDERWORLD EVOLUTION ?
MB) Nicolas De Toth,
le monteur du film, qui avait également travaillé sur
TERMINATOR 3 : LE SOULEVEMENT DES MACHINES, a intégré
certains extraits de mes musiques dans la partition
temporaire d’ UNDERWORLD EVOLUTION. Le réalisateur
Len Wiseman a beaucoup aimé cela, et c’est ainsi
qu’il m’a demandé si j’étais d’accord pour le faire.
Pour préparer votre partition, avez-vous
regardé UNDERWORLD, le film original, mis en musique
par Paul Haslinger ?
MB) Oui, je l’ai fait.
C’est une partition d’un genre totalement différent,
beaucoup plus électronique et avec beaucoup plus de
musique d’ambiance. Le réalisateur avait une toute
autre ambition pour UNDERWORLD EVOLUTION, et par
conséquent, il voulait une composition plus
orchestrale.
A la différence du premier film, qui se
déroulait exclusivement dans un cadre urbain,
UNDERWORLD EVOLUTION se déroule dans une nature vaste
et sauvage. Cet aspect a-t-il eu quelque importance
dans votre approche de la musique ?
MB) Ce fut
aussi un des arguments-clefs pour le choix d’un
orchestre live, tandis que les influences pop et
électroniques de la partition de Paul Haslinger
convenaient mieux à la dimension exclusivement
urbaine du premier film.
A ce propos, le producteur David Coatsworth a
déclaré qu’ « entreprendre une suite exige toujours
que l’on fasse mieux que la première fois. Le budget
était plus élevé (…), le grand défi reposait donc sur
la créativité : trouver le style visuel adéquat,
l’histoire idéale… »
MB) C’est dans le même
esprit que j'ai conçu ma musique. Tout dans ce film
élève ce qui a été entrepris sur le premier. J'ai
donc essayé de concevoir une partition plus large que
celle du film original.
ETERNITY AND A DAY
Quels sont les principes qui gouvernent votre
partition ?
MB) Ces
principes sont très élémentaires. C’est avant tout
une musique très simple et très rythmique.
Quelles sont les raisons de ces choix
stylistiques ?
MB) L’aspect rythmique
permet de faire vraiment avancer l’histoire, de lui
apporter une dynamique, une énergie, une force. De
plus le réalisateur Len Wiseman aime beaucoup les
grosses percussions et les accords très cuivrés.
Quant à la simplicité, elle est due au fait qu’il a
beaucoup de choses qui se passent dans cette
histoire. Nous voulions que la musique soutienne
l’intrigue mais qu’elle ne l’entrave pas.
Votre partition semble se concentrer sur le
registre grave, semblant craindre les aigus de la
même manière que les vampires craignent la lumière…
MB) Effectivement. Len
aime les sons graves. Au départ, j’avais prévu des
musiques un peu plus aigues pour certains passages
mais Len me demandait à chaque fois de les baisser.
C’est comme si l’ensemble de la partition n’avait été
joué qu’à la main gauche sur un piano. Cela renforce
l’aspect sombre et ténébreux du film.

Dès la séquence d’ouverture, on ne peut
qu’être frappé par la force et la compacité de vos
cuivres.
MB) Les
cuivres sont particulièrement puissants quand : a)
ils sont nombreux, b) quand vous les harmonisez de
telle façon que l’ensemble de l’orchestre aille dans
le même sens. C’est la raison pour laquelle j’ai opté
pour une harmonisation par triades, à la fois simple
et efficace. En tant que chef d’orchestre, je leur ai
également demandé de donner un son le plus cuivré
possible, afin d'alimenter cette force.
A quoi ou à qui cette force fait-elle
référence dans le film ?
MB) Cette
force, c’est celle qui est contenue dans l’histoire
elle-même, faite de violence et de combats pour la
survie du plus fort. C’est donc une relation plus
abstraite qui se noue entre la musique et l’histoire
sans viser un personnage particulier.
Cette force est aussi ce qui structure le
film.
MB) En effet.
Ce motif a deux autres fonctions : attirer
l’attention du spectateur sur des éléments importants
(comme lorsqu’on découvre le bateau de Corvinus), et
assurer la cohérence, la continuité de cette
partition.

THE
FUTURE
Vous parlez de motif. Votre musique est en
effet très peu thématique. Quelle a été votre
stratégie en la matière ?
MB) Très peu thématique en effet. Le seul véritable
thème que j’ai écrit est celui qui unit Sélène et
Michael Corvin. C’est
une sorte de thème d’amour qui ne dit pas son nom
car, pour les véritables scènes d’amour, Len a
préféré reprendre le Love Theme du premier opus. Fort
heureusement, mon thème a été conservé sur l’album
sous le titre The Future, alors que dans le film, il
a été purement et simplement remplacé. En dehors de
cela, je parlerais plus de motifs que de véritables
thèmes. Il y en a notamment un pour Corvinus, qui
apparaît alors qu’il parle pour la dernière fois à
son fils Marcus, puis lorsque le vieil homme est sur
le point de mourir et qu’il transmet ses pouvoirs à
Sélène. Mais il n’est pas beaucoup développé dans le
film. La raison de cette quasi absence de thème est
qu’il ne fallait surtout pas verser dans une musique
mélodramatique. L’ambition première de cette
partition est d’être complémentaire à la
cinématographie et au jeu des acteurs, un peu comme
peut le faire le directeur de la photographie, sans
jamais trop attirer l’attention sur elle.

En d’autres termes, peut-on considérer que
votre partition est plus verticale qu’horizontale ?
MB)
Complètement, on ne peut pas dire que ma partition
soit très mélodique! Elle est plutôt basée sur des
accords et des ambiances.
C’est vraiment dommage que The Future ait été
écarté du film car c’est un des plus beaux morceaux
de cette partition.
MB) Je
trouvais moi-aussi qu’il fonctionnait bien dans le
film. Mais dès le départ, Len a précisé qu’il tenait
à ce que certains morceaux du premier film figurent
dans le second. J’ai quand même insisté pour faire un
essai avec The Future. Nous l’avons enregistré et
placé dans le film. Malheureusement, cela ne l’a pas
convaincu ! Dommage, car je pense que cela aurait
permis au film d’atteindre un autre niveau.

Quelle était votre vision de ce « futur » ?
MB) Cela commençait
par quelque chose d’intime, à l’image de cette
relation entre Sélène et Michael. Puis cela devenait
plus intense, considérant qu’elle avait ce nouveau
sang, celui de Corvinus, qui coulait dans ses veines
et que, de fait, elle devenait le futur. C’est une
musique évolutive, à l’image de cette évolution
qu’elle incarne, à travers cette force qui grandit en
elle et qui prépare à un nouvel avenir pour
l’assemblée des vampires. Comme vous le voyez, on
allait un peu plus loin qu’un simple thème d’amour!
BEWARE OF DOG !
UNDERWORLD EVOLUTION parle de vampires et de
loups garous, mais également d’hybrides. Ce terme
convient-il aussi à votre musique ?
MB) Il est vrai que ma
partition comporte certains éléments électroniques
qui la rendent hybride. Mais la majeure partie est
live.

Le film s’ouvre sur une grande scène épique
se déroulant au moyen-âge. Et pourtant votre
partition semble intemporelle.
MB) Pour
cette séquence, Len m’a demandé de me focaliser sur
l’aspect percussif de la musique. La dimension
historique étant simplement véhiculée par l’image,
tandis que la musique apporte son énergie a ce
combat.
Les percussions font partie intégrante de
votre partition. Parfois elles semblent même
s’apparenter aux battements d’un cœur.
MB) Si on
trouve le bon tempo et la bonne hauteur, alors oui,
les percussions se comportent comme un cœur qui bat.
Et quand on augmente le tempo, on augmente la tension
et on peut ainsi avoir une réelle action sur la façon
dont le spectateur va recevoir ces images. C’est
plutôt agréable de susciter une telle réaction.
Chaque film est un nouveau défi. Quel était
le vôtre sur UNDERWORLD EVOLUTION ?
MB) Du fait
de la nature très monochrome de ce film, la musique
devait apporter une dimension supplémentaire pour
donner vie à ce monde conçu par le réalisateur. Il
fallait de la puissance, de l’énergie et de
l’attention. Avec Len, nous n’en n’avons pas parlé en
termes mélodiques, mais en terme de structure
musicale, car le challenge, c’était d’être le plus
cohérent possible.
Comme vous le dites, le film est très
monochrome, basé sur différentes textures de bleu.
C’est aspect vous a-t-il inspiré ?
MB) En effet,
cela a directement inspiré ma musique. On pourrait
dire que ma partition est aussi monochrome. C’est
ainsi que, dans mes orchestrations, je n’ai utilisé
que les cordes, les cuivres et les percussions et
pratiquement pas de bois. Car ce sont souvent ces
derniers qui apportent de la couleur à l’orchestre.
Tout comme l’image, les couleurs orchestrales du film
sont très basiques.
ETERNAL BATTLE
Pouvez-vous nous parler de votre expérience
de cette partition en tant que chef d’orchestre ?
MB) J’ai dirigé la
quasi-totalité de cette musique, à l’exception de
deux ou trois pièces dont s’est chargé mon
orchestrateur Bill Boston. Il y a une anecdote à
propos de l’enregistrement. Durant une session, un
téléphone portable s’est mis à sonner. J’ai arrêté
l’orchestre et je me suis mis en colère. Je leur ai
dit que nous n’avions que peu de temps et que cela
avait fichu par terre toute la session. Puis nous
avons entamé une autre session, avec un long morceau
d’environ quatre minutes trente. Vers la fin du
morceau, un téléphone portable s’est mis de nouveau à
sonner. Là, je me suis mis dans une colère noire ;
j’étais prêt à tuer quelqu’un… Jusqu’au moment où je
me suis aperçu qu’il s’agissait de mon propre
téléphone ! Tout cela s’est fini dans un grand éclat
de rire général.

Quelle était la taille de l’orchestre ?
MB) Environ soixante
cinq musiciens. Ce n’était pas vraiment un gros
orchestre, mais il n’empêche que le rapport de
force entre les familles d’instruments est très
efficace.
Pensez-vous qu’UNDERWORLD pourrait devenir
une trilogie ? Si oui, aimeriez vous de nouveau en
faire la musique ?
MB) J’ignore si un
tel projet est en route. Mais le fait est que je
n’en ferais partie que si j’estime pouvoir apporter
quelque chose de nouveau à cet univers.

On sait votre mentor, Jerry Goldsmith,
souvent présent dans votre œuvre. Est-ce le cas sur
UNDERWORLD EVOLUTION ?
MB) Pas
particulièrement sur ce film, mais indéniablement sur
THE OMEN. Comme vous le savez, Jerry a reçu un Oscar
pour sa musique pour le film original. Et j’ai pour
ma part conçu ce remake comme un hommage à Jerry.
De combien de temps avez-vous disposé pour
composer votre partition ?
MB) J’ai eu
la chance d’avoir beaucoup de temps pour le faire : à
peu près deux mois. Ce fut plutôt relax, à la
différence de ce que je vis actuellement car
aujourd’hui, je travaille sur trois films en même
temps.
Lesquels?
MB) Il s’agit de THE
OMEN pour la Fox, THE INVISIBLE pour Disney, et
CAPTIVITY pour Roland Joffé.
Si vous pouviez choisir votre prochain
film, de quel genre serait-il et avec quel
réalisateur?
MB) Ce serait un
western dirigé par John Moore, le metteur en scène
de THE OMEN.