
Un rappeur dans Inter-Activities ?
On n’avait jamais vu ça ! Et pourtant, la rencontre
avec le rappeur/producteur, partenaire du
compositeur Ramin Djawadi sur ce film, s’imposait.
« Travailler avec RZA a été fantastique, raconte le
réalisateur David S. Goyer. J’adore ses créations,
c’est un génie de la musique. Son travail sur les
films KILL BILL et GHOST DOG : LA VOIE DU SAMOURAI
était époustouflant, et je savais qu’il apporterait
à notre film une qualité unique. Il y a quelque
chose d’authentique dans sa musique. Il a une
oreille pour ce qui est inhabituel et je voulais
son empreinte dans toute la B.O. J’ai aimé l’idée
que RZA vienne enrichir de ses sons et ses rythmes
une musique orchestrale plus traditionnelle. Et
au-delà de sa musique, c’est tout simplement l’un
des types les plus cools de la planète ! »
C’est ainsi que le rappeur devenu compositeur non
seulement s’est occupé d’écrire pour BLADE TRINITY
quatre chansons originales, mais a aussi participé
à la supervision de la musique, sans compter sa
collaboration à la partition du film.
Une rencontre qui ne manque pas de mordant !

THIRSTY
Pilier du célèbre
groupe de rap Wu-Tang Clan, The RZA a changé à lui
seul le visage du hip hop avec la sortie fracassante
de Enter the Wu-Tang :36 Chambers. Ses rythmes bruts
et puissants ont influencés la quasi-totalité des
artistes et producteurs, et il a été demandé par les
plus grands du mouvement rap et des autres courants,
de Snoop Dogg à U2 en passant par Björk. Il a aussi
créé un précédent dans l’industrie du disque en
signant un contrat qui permettait à chaque membre du
groupe de poursuivre en même temps une carrière solo
avec d’autres labels. Mais l’artiste est également un
assoiffé de culture. Autodidacte, il a étudié seul
les sciences, la philosophie, la musique et les arts
martiaux. Il cite volontiers le Coran, la Bible et le
Sun Tzu. En 1999, il a été le premier rappeur à se
produire au Temple Shaolin, vieux de 1500 ans, en
Chine. Il a aussi effectué un pèlerinage au Mont
Wu-Tang dans la province de Hebei. Une personnalité
foisonnante et fascinante.
Le Wu-Tang Clan a été fondé à partir de la
philosophie des moines Shaolin. Comment cette
dimension orientale s’exprime-t-elle chez vous ?
RZA)
Les Etats-Unis n’ont pas vraiment de fondements
historiques. Notre histoire remonte aux temps de
l’esclavage. Rien ne nous parle vraiment de nos
origines. Avant Christophe Colomb et les pères
fondateurs, il n’y a rien. Les films asiatiques au
contraire nous parlent d’une histoire qui a plus de
mille cinq cent ans. Et pour moi, voir ces films
enfant, ce fut un peu comme un européen qui découvre
des films sur Hercule et la Grèce antique. C’était
découvrir un passé mythologique et magique. Des films
de Kung Fu comme 36 CHAMBERS, souvent basés sur
l’histoire de la Chine, ont grandement participé à
mon inspiration. Je suis très vite devenu accro. A
partir de là je me suis beaucoup intéressé à
l’histoire pré occidentale. Musicalement, j’ai aussi
été frappé par la musique traditionnelle asiatique,
ses modes et ses sonorités et je me suis mis à les
employer, notamment dans mes harmonies.

STARTING OVER
C’est en 1999 que Jim Jarmusch fait appel à
lui pour écrire la musique de GHOST DOG: LA VOIE DU
SAMOURAI, une plongée dans l’univers du cinéma qui ne
sera pas sans conséquences, que ce soit dans le
domaine de la musique de film, de la production de
film (Z CHRONICLES), de la réalisation (TRAGEDY,
BOBBY DIGITAL…). Il apparaît même devant la camera
dans GHOST DOG, ou encore SCARY MOVIE 3.
Si l’on regarde l’ensemble de vos chansons,
on remarque qu’elles racontent souvent une histoire.
RZA) Vous avez raison, la narration fait partie
intégrante de beaucoup de mes chansons.
De fait, le lien paraissait naturel vers la
musique de film.
RZA) Exactement. J’ai écrit ma première musique de
film pour GHOST DOG. A cette époque je faisais partie
du Wu-Tang Clan depuis quelques temps déjà et je
voulais expérimenter d’autres choses. Pour moi, la
musique vous crée des images dans la tête. Quand je
produis un album c’est comme si je produis un film.
Quand je fais venir des gens sur un album, je leur
explique que je ne veux pas être coincé par des
carrures de deux ou quatre mesures. Je veux des
carrures de vingt mesures, de trente mesures qui me
permettent de vraiment dire tout ce que je veux dire
à travers ma musique. Et là, on me dit que ce n’est
pas ça le hip hop. Avec la musique de film j’ai enfin
trouvé le lieu où je peux faire cela, où je peux
m’exprimer.
Comment en êtes vous arrivé à travailler pour
Quentin Tarantino dans KILL BILL qui vous a valu
d’être nommé aux BAFTA Awards ?
RZA) Quentin Tarantino est connu pour être
un fan de film orientaux. C’est la première personne
que j’ai rencontré qui en savait plus que moi sur le
sujet ! Nous nous sommes rencontrés en 2001 alors
qu’il venait de produire IRON MONKEY ; nous nous
sommes alors lancés l’un l’autre le défi de savoir
lequel d’entre nous avait vu le plus de films de Kung
Fu. Notre amitié est née de là. Nous sommes devenus
frères de Kung Fu. C’est alors qu’il m’a parlé de
KILL BILL et de ce qu’il envisageait pour ce film.
Moi de mon côté, j’ai toujours voulu être réalisateur
et je lui ai demandé si je pouvais être son élève. Il
m’a répondu que ce serait un honneur pour lui. J’ai
beaucoup appris de lui, de sa façon de filmer, de la
richesse des angles qu’il trouvait, et je lui ai dit
: « si tu as besoin de quoi que ce soit au point de
vue musical, n’hésite pas ». C’est au moment du
montage qu’il m’a dit : « je voudrais que tu sois le
compositeur de la musique de mon film. » Or je savais
qu’il n’avait jamais fait appel à un compositeur par
le passé. Ce qui fait que j’ai été très touché d’être
son tout premier compositeur.

BLADE’S BACK
Pour son film, David S. Goyer voulait un son
unique. Avec RZA, il a pu situer musicalement BLADE
TRINITY dans le monde contemporain réel. Ce qui rend
la confrontation avec Drake, ce Dracula moderne
encore plus percutante...
Pour BLADE TRINITY, comment cela s’est-il
passé ?
RZA) Pour ce film, les choses se sont
passées de manière plus classique. Après le succès de
KILL BILL VOLUME 1 et VOLUME 2, les gens du monde du
cinéma ont commencé à m’appeler, moi ou mon agent
pour me demander d’écrire la musique de leur film.
Or, Wesley Snipes est un bon ami à moi. BLADE TRINITY
était en cours de production et le poste de
compositeur était vacant quand il a fait appel à moi.
Je lui ai simplement dit : « je vais tout faire pour
me rendre disponible pour toi. » A partir de là, j’ai
pu rencontrer le producteur, le réalisateur et le
superviseur de la musique et nous avons beaucoup
discuté de l’ambiance particulière de ces films. Il
voulait un compositeur qui puisse réellement apporter
quelque chose de nouveau au film.
Qu’est ce qui vous a intéressé dans le
personnage de Blade ?
RZA) J’adore les films d’action ! Et j’adore en
composer la musique ! Prenez KIlL BILL VOLUME 1 et 2
ou GHOST DOG par exemple. C’est vraiment mon univers.
Mais j’ai fait également la musique d’un film appelé
SOUL PLANE qui est une comédie. Les gens qui ont vu
le film l’ont beaucoup apprécié mais n’ont pas
reconnu ma musique. BLADE TRINITY rassemble ces deux
aspects, même si l’action est prépondérante et c’est
cela qui m’a intéressé dans ce film.
Quel est le rôle des chansons dans BLADE
TRINITY ?
RZA) Les chansons apportent une valeur
inédite à ce dernier film de la série. Elles donnent
le sentiment que Blade pourrait exister non seulement
à New York mais également dans n’importe quelle cité
moderne de la planète. Le rap est depuis longtemps le
langage des cités où qu’elles se trouvent. Cela donne
l’impression que le film pourrait se dérouler tout
près de chez vous. Plus généralement, je pense que
les studios ont été très avisés de me permettre de
travailler à la fois sur les chansons et sur les
partitions, en collaboration avec Ramin Djawadi, afin
de faire en sorte que mes chansons s’intègrent
parfaitement dans le tissu musical du film. C’est ce
qui fait que la bande son de BLADE TRINITY est unique
dans les annales de la musique de film.

Avez-vous été impliqué dans le
choix des autres chansons du film ?
RZA) Tout le monde est venu avec ses propres
idées de chansons. A commencer par le superviseur de
la musique, mais aussi David S. Goyer, le réalisateur
du film. Nous avons beaucoup échangé, beaucoup
discuté, et je crois que l’on peut dire que le
résultat final satisfait chacun au moins à quatre
vingt pour cent. Notre seul véritable point de
désaccord concernait la scène finale, dans laquelle
Blade et Abigail décident d’aller sauver Hannibal. Je
pense que j’avais trouvé la chanson parfaite pour
cette scène, mais le réalisateur, qui fut également
le scénariste des deux premiers opus de la saga, a
estimé que c’était une bonne chanson mais qu’elle
n’était pas dans l’esprit de BLADE. Et même si le
superviseur de la musique était d’accord avec moi,
c’est le réalisateur qui l’a emporté.
Comment avez-vous travaillé avant et après
l’arrivée de Ramin Djawadi ?
RZA) Dès le départ je savais qu’il s’agirait d’une
collaboration mais cela n’a pas fonctionné avec le
compositeur prévu initialement. L’une des séquences
test pour la musique était la fameuse séquence de
poursuite en voiture entre Drake et Blade à travers
la ville. J’en ai composé la musique avant que Ramin
arrive sur le projet. J’ai conçu le rythme en
laissant l’orchestration libre. C’est alors que Ramin
est arrivé et a su rajouter en un rien de temps ses
propres orchestrations. Je tiens à dire que
l’implication de Ramin dans ce projet a été
extraordinaire. Le jour où il est arrivé a été un
grand jour pour moi. N’ayant pas la possibilité de
faire mes orchestrations, il a su par son talent
apporter une richesse inattendue à mes rythmes et à
mes mélodies. Il m’a retiré une grosse épine du pied
!

Ramin Djawadi et vous avez des parcours
extrêmement différents. Est-ce que cela a posé des
problèmes pour vous comprendre musicalement.
RZA) Pas du tout, car s’il est vrai que nous
venons d’horizons très différents, nous avons tous
deux un grand respect pour la musique en général et
pour la musique de l’autre en particulier.
Ramin a un don pour comprendre les choses et les
enrichir très vite. D’habitude, ce genre de chose
prend du temps car ce type de collaboration est un
travail très délicat. Ramin est un partenaire
talentueux et rapide et les studios adorent cela.
J’ai été sur ce projet pendant huit mois et lui a su
lui donner une nouvelle dimension en deux semaines
seulement. Son travail a reçu les félicitations de
tout le monde et je lui prédis un grand avenir. J’ai
eu grand plaisir à le côtoyer.
Quel est votre sentiment sur le coté hybride
de la musique de BLADE TRINITY, entre techno et
orchestre symphonique ?
RZA) Pour moi c’est une évolution naturelle de la
musique de film. Le public a changé. Il est de plus
en plus diversifié, tout comme ses attentes. Il faut
s’adapter à ces changements et trouver un langage qui
parle à chacun. Il y a tout cela dans la musique de
BLADE TRINITY : de la techno, du hip hop et de la
musique classique. Il y a même du reggae dans le
morceau Daywalkers. C’est une musique urbaine,
réunissant des styles présents dans toutes les villes
du monde. Les créateurs du film ont compris à quel
point la musique est importante et c’est pour cela
que je pense que BLADE TRINITY est un pas en avant
passionnant dans cette direction.
Votre voix est certes présente dans les
chansons, mais également dans la partition.
RZA) Je ne vais pas vous raconter ma vie
mais il y a longtemps j’ai fait partie d’un groupe
appelé les Grave Diggers. C’était un style de hip hop
très particulier. Au moment de faire BLADE TRINITY je
me suis dit que c’était le film idéal pour renouer
avec ce style hanté. J’ai immédiatement pensé à cela
pour le personnage de Blade. Quand aux paroles, elles
se rapportent aux deux personnages principaux du film
Blade et Drake chacun étant le prototype d’une
nouvelle race de vampire. Dracula est à l’origine de
tous les vampires et Blade incarnant leur évolution.
Il y a en moi un peu de ces deux personnages et mon
interprétation vocale agit comme un lien entre les
deux.

Pensez vous qu’il y aura un
BLADE 4?
RZA) Je pense qu’il y a toujours une
possibilité pour faire une suite à Hollywood. Le
personnage de Blade est un grand personnage et la
façon dont il a évolué montre qu’il y a toujours de
nouvelles facettes à explorer. Mais plus encore, je
pense qu’il y a beaucoup de possibilités du coté des
nouveaux personnages de BLADE TRINITY, les
Nightstalkers. Reprenez les bandes dessinées
originales de BLADE et vous aurez une idée des
possibilités de développement de la franchise.
Si cela était, aimeriez vous en faire partie
?
RZA) Oh, absolument, et à n’importe quel
titre ! Mon expérience sur BLADE a vraiment été
formidable, j’y ai rencontré des gens véritablement
cools, à commencer par David S. Goyer. J’adorerais
retravailler avec cette équipe.
Un grand merci pour avoir répondu à nos
questions.
RZA) Respect.
HISTOIRE
_________________
A l’aide d’une manipulation d’image
aussi géniale que machiavélique, les vampires ont
réussi à piéger Blade : sur un document vidéo, on le
découvre en train de massacrer... un humain. Pour le
FBI, Blade devient l’ennemi à capturer. Pourchassé
par les hommes et condamné par les vampires, Blade va
devoir se battre sur tous les fronts. Les vampires,
qui multiplient les alliances secrètes avec des
humains renégats, sont sur le point d’utiliser son
propre ADN pour ressusciter celui qui, il y a bien
longtemps, fut le premier et le plus puissant d’entre
eux. Entre course contre la montre et les pièges qui
se multiplient, l’affrontement est total. Cette fois,
Blade aussi va devoir montrer les crocs...
BO
DU FILM:
________________
1. Fatal /
2. I Gotta Get Paid /
3. When The Guns Come Out /
4. Thirsty /
5. Daywalkers /
6. Party In The Morgue (Club Mix) /
7. Skylight /
8. This Blood /
9. Bombs Away (Danny Saber Remix) /
10. Weapons Of Mad Distortion /
11. Hard Wax /
12. Blade’S Back /