C’est
au scénariste de Batman, Alan Moore que l’on doit
la création en 1985 du personnage de John
Constantine, apparu pour la première fois dans la
bande dessinée SWAMP THING. Dès 1987, cet anti-
héro, déjà populaire, se voit consacrer une série
éditée par DC Comics/Vertigo: HELLBLAZER. Après son
adaptation cinématographique sous le titre de
CONSTANTINE et sa sortie en salles en février 2005,
le film de Francis Lawrence vient de paraître en
DVD. Le héros, John Constantine, (Keanu Reeves), a
la faculté de percevoir la vraie nature des choses,
la réalité qui se cache derrière les apparences, et
ainsi, de distinguer les anges et les démons qui se
mêlent aux humains. Or pour lui, ce don est une
véritable malédiction, à tel point que pour s’en
défaire et conjurer le sort, il tentera de se
suicider. Il atterrira au coeur de l’enfer, y
passera deux interminables minutes et y subira les
pires supplices, avant de ressusciter, contre son
gré. Depuis son retour sur terre, il est exorciste,
démonologue et voyage entre la terre et l’enfer. A
l’aide d’amulettes ou d’haleine de dragon, John
Constantine élimine sans pitié, à la manière d’un
mercenaire solitaire tout contrevenant à l’accord
qui lie ces créatures : elle ne doivent pas agir
sur le destin des humains. Or notre héros tourmenté
ne vaque pas à ces funestes occupations sans
intérêt : il sait son âme condamnée à la damnation.
Et, atteint d’un cancer des poumons, John compte
ses jours, désormais torturé par l’idée de
retourner en enfer, en compagnie des nombreux
suppôts de Satan qu’il à lui-même expédiés là bas !
Il essaie donc de regagner sa place au paradis en
éliminant les hybrides, anges ou démons, qui ne
respecteraient pas le pacte et en acceptant d’aider
la policière Angela Dodson (Rachel Weisz) à
découvrir la vérité sur la mort de sa sœur jumelle,
Isabel. Pour une telle mission céleste et lutter
contre les forces sataniques, il ne fallait pas
moins de deux compositeurs de talent, Brian Tyler
et Klaus Badelt!
BRIAN TYLER - DU COTE OBSCUR…
Comment a débuté pour vous le projet
CONSTANTINE ?
BT) J’ai été contacté par Francis
Lawrence, le réalisateur. Il m’a présenté son film
avec la partition temporaire qu’il avait choisie.
Cette dernière était très sombre et comportait des
extraits de ma musique pour FRAILTY (2001) qu’il
trouvait gothique et très intéressante. C’était
exactement la direction dans laquelle il souhaitait
aller à l’époque. C’était son premier film
long-métrage et il ne savait pas encore comme
traiter avec un compositeur. Il s’est simplement
basé sur des goûts et son instinct. De mon côté,
j’étais un fan du Comic depuis de nombreuses
années, ce qui fait que nous nous sommes
immédiatement trouvés sur la même longueur d’onde.
Nous sommes donc partis sur une partition sombre et
orchestrale, avec des touches mélodiques anciennes.
Même s’il s’agissait d’un film noir, il se disait
que le jazz et autres saxophones dans la veine du
FAUCON MALTAIS ne conviendraient pas. Il fallait
donc se plonger dans des racines musicales plus
anciennes.
Cette approche ancienne se ressent notamment
dans l’utilisation des chœurs de votre partition
originale, comme dans Deo Et Patri, on l’on devine
l’influence d’un Arvo Pärt.
BT) Les chœurs sont présents quasiment tout
au long du film, tantôt de façon évidente, tantôt de
façon subliminale. Beaucoup de musique chorale a été
écrite dans la première version de la partition, que
l’on retrouve remontée à travers le film dans sa
version finale. Par exemple, c’est la même musique
que l’on entend lorsque John pénètre dans cette sorte
de société de théologie où il retrouve l’Archange
Gabriel, et lorsqu’il affronte l’homme-vermine, mais
traitée, mixée de façon différente. En ce qui
concerne mes références, il est vrai que j’ai
beaucoup étudié Arvo Pärt et j’apprécie tout
particulièrement sa manière de découper les
différentes voix, de les harmoniser séparément. Une
manière de faire que j’ai reprise dans la pièce que
vous évoquez et qui donne cette sonorité si
particulière.
Sur quelles paroles avez-vous écrit ces notes
?
BT) Sur des extraits de la Vulgate. J’y ai
sélectionné différents versets parlant de sacrifice
et de destinée.
Votre partition originale était-elle plus
thématique ou atmosphérique ?
BT) Plus thématique. Seulement, au lieu de
se rapporter aux personnages, j’avais préféré que mes
thèmes se rapportent davantage à l’histoire. Par
exemple, Deo Et Patri était sensé être le thème
principal du film. Il devait apparaître en même temps
que beaucoup de personnages différents et les réunir
musicalement dans une approche privilégiant
l’opposition entre le paradis et l’enfer. Finalement,
nous sommes revenus à une approche plus orientée vers
les personnages, plus leitmotivique, avec chacun
d’entre eux ayant son propre thème.
Votre première intention était de faire appel
à de nombreuses percussions, et cela se ressent
nettement dans l’album. Vous les utilisez seulement
pour leurs sonorités ou bien aussi pour ce qu’elles
représentent de par leurs origines ?
BT) Il est vrai que l’album est une sorte de pont
entre ma partition originale et le produit final.
J’apprécie que mes intentions premières soient ainsi
gravées. En ce qui concerne les percussions, je dois
dire que je suis percussionniste de formation et je
fais très souvent appel à ces instruments dans mes
musiques. Dans la première version de la musique de
CONSTANTINE, il n’y avait pas moins de douze
percussionnistes jouant des instruments venant
d’Inde, du Japon, ou de garages, pour créer des
sonorités plus trash et plus métalliques.
Je pense que les percussions du monde ont, de par
leur ancienneté, une valeur historique. Et c’est
précisément ce que je voulais exprimer: c’est
l’histoire d’un combat qui dure depuis des milliers
d’années. De fait, au lieu de mettre l’accent sur la
grande ville avec des sonorités jazzy ou des
percussions modernes, j’ai voulu faire ressentir
l’aspect millénaire de cette histoire.
Dans la BD, Constantine est anglais tandis
que le film le transpose de Liverpool à Los Angeles.
L’auriez-vous traité différemment s’il avait été
britannique ?
BT) C’est une question intéressante. Je pense que non
car mon intention n’était pas de mettre l’espace en
musique. Ma partition n’avait rien à voir avec Los
Angeles ou encore avec Humphrey Bogard. Elle
s’attachait plutôt à l’aspect biblique de cette
aventure surnaturelle.
Comment Klaus Badelt a-t-il été choisi pour
apporter une nouvelle direction au film ?
BT) C’est moi qui l’ai choisi. A mesure que le temps
avançait, nous nous sommes aperçus qu’il fallait
apporter davantage de légèreté à la musique. Nous
étions tous partis consciemment dans une partition
sombre, puis, finalement, le studio a décidé qu’il
fallait lui apporter une dose d’humour. A cette
époque, ma musique avait déjà été enregistrée, le
mixage finalisé et je m’apprêtais à partir en
vacances ! De fait, il ne nous restait presque plus
de temps avant la sortie en salles et j’étais épuisé
après presque six mois de travail sur cette
partition. J’ai donc discuté avec le réalisateur et
nous en sommes arrivés à l’idée qu’il nous fallait
quelqu’un de nouveau pour nous sortir de là et
apporter un peu d’air frais à la musique, quelqu’un
d’excellent, avec un regard neuf et qui saurait
travailler vite. Francis avait déjà rencontré Klaus
auparavant, tout comme l’un des producteurs.Nous en
sommes tous arrivés à la conclusion que ce serait un
bon choix.

Comment s’est passée votre rencontre et
aviez-vous déjà collaboré avec un autre compositeur
par le passé ?
BT) A cette époque, Klaus était en Angleterre pour
les fêtes de Noël et il a été assez aimable pour
stopper ses vacances et venir travailler à Santa
Monica. C’était une expérience totalement nouvelle
pour moi, mais je savais que Klaus était rompu à ce
genre d’exercice.
Avez-vous participé au choix du groupe The
Perfect Circle pour la chanson du film ?
BT) Absolument. C’est l’un de mes groupes préférés,
et j’en ai parlé très tôt au réalisateur –qui les
aimait aussi- afin de pouvoir les avoir sur le film.
On les entend lorsque John se rend dans le pub. C’est
un très beau morceau.
Quelle est votre scène préférée ?
BT) C’est la scène qui oppose Constantine au
diable. Elle apparaît tout d’abord comme un
sacrifice, puis on s’aperçoit que John finit par
l’emporter et le diable ne peut plus l’attirer à lui.
A ce moment, il y a un changement dans la musique que
j’adore. Lors de l’enregistrement, je n’ai pu
m’empêcher de le faire rejouer plus de fois que nous
en avions besoin pour le simple plaisir d’entendre
cette musique résonner de façon aussi vibrante !

Vous venez également de signer la partition
de THE GREATEST GAME EVER PLAYED pour Disney…
BT) C’est ma seconde collaboration avec Bill
Paxton, qui a aussi dirigé FRAILTY. Juste après
CONSTANTINE, je ne pouvais avoir à écrire de musique
plus différente. C’est une histoire héroïque et
galvanisante, avec une musique très thématique,
lyrique et émotionnelle, un peu dans la veine de
CHILDREN OF DUNE. Nous avons enregistré à Todd A/O,
là où j’ai aussi dirigé les deux versions de
CONSTANTINE. Trois séances dans ce fantastique studio
en moins de deux mois, c’est plus que je n’en ai
jamais espéré !
KLAUS BADELT - THE CROSS OVER
Depuis PIRATES DES CARAIBES, quels sont les
projets qui vous ont le plus marqué ?
KB) A l’évidence, je dirais CONSTANTINE. A
l’heure actuelle, je travaille également sur un
projet des plus intéressants, THE PROMISE, un film
chinois de Chen Kaige qui a aussi dirigé FAREWELL MY
CONCUBINE. J’ai passé tout l’été en Chine, à Pékin
pour l’enregistrement, et vous me trouvez maintenant
en Australie pour les dernières retouches.
Comment avez-vous eu l’opportunité de
travailler sur CONSTANTINE ?
KB) Ce fût une situation assez bizarre. Il y
avait des problèmes au niveau de la partition
originale composée par Brian Tyler. Personne n’était
vraiment coupable de quoi que ce soit, à commencer
par le compositeur qui a fait du très beau travail.
Il s’agissait seulement d’une mauvaise direction. Il
a travaillé pendant plusieurs mois dans une optique
particulière et ce n’est qu’au dernier moment que les
créateurs du film se sont aperçus que cela ne collait
finalement pas. On m’a donc appelé pour apporter un
regard neuf et pour pouvoir faire les changements
nécessaires. Vous savez, quand on travaille pendant
une longue période sur un projet, il est difficile de
prendre du recul.
De quelle manière avez vous modifié la
partition originale ?
KB) Je ne dirais que « j’ai » modifié la partition de
Brian Tyler. Je dirais plutôt que nous l’avons ré
écrite ensemble.

Qu’est ce qui vous a poussé à accepter ce
travail ?
KB) Cela semblait tellement impossible à
faire, sur un laps de temps aussi court, que cela m’a
plu. Le film était parfait, la musique était géniale,
mais imaginez qu’on vous demande de la refaire en un
week-end. Le défi était trop excitant.
Sur PIRATES DES CARAIBES
aussi, vous avez dû créer une nouvelle partition
après l’éviction d’un autre compositeur, en un
minimum de temps.
KB) C’est vrai, à la différence que, pour PIRATES DES
CARAIBES, je disposais de trois à quatre semaines, ce
qui est court il est vrai, mais bien plus que les
deux malheureuses semaines entre Noël et le jour de
l’an que j’ai eues sur CONSTANTINE.
Comment avez-vous organisé votre emploi du
temps ?
KB) Tout d’abord un week-end, du vendredi
soir au lundi matin pour tout re-concevoir et pouvoir
présenter nos nouvelles orientations au réalisateur
dès le début de la semaine, puis deux semaines pour
tout écrire et enregistrer.
BALTHAZAR, GABRIEL, LUCIFER ER LES
AUTRES…
Comment êtes vous parvenu à vous plonger en
si peu de temps dans l’univers de CONSTANTINE ?
KB) Il faut dire avant tout que c’est un bon film. Il
n’y avait rien à modifier dans l’aspect visuel ; tout
était là. Il faut dire aussi que le réalisateur
Françis Lawrence est un jeune homme étonnant. Il
n’avait jamais dirigé de long métrage auparavant mais
il a une expérience impressionnante en matière de
mise en scène. J’ajoute enfin que le monteur Wayne
Wahrman, qui est un de mes amis, est un véritable
génie. Avec toutes ces personnes d’expérience aux
commandes, cela ne pouvait donner que quelque chose
de prenant et passionnant. Et il ne fut pas
difficile, loin s’en faut, de s’immerger dedans. Le
seul problème tenait au timing, mais j’étais
tellement inspiré que les choses se sont faites
naturellement.
Comment s’est passée votre rencontre avec
Brian Tyler ?
KB) Sur ce film, il s’est passé quelque
chose de vraiment unique dans l’histoire d’Hollywood.
Cela arrive souvent qu’une musique soit rejetée, soit
par la faute du réalisateur qui n’a pas su se faire
comprendre, ou par celle du compositeur qui n’a pas
compris ce qu’on attendait de lui. Ce qu’il y a
d’unique ici, c’est que et le studio et le
réalisateur, ont souhaité garder Brian Tyler. Tous
étaient convaincus de la qualité de son travail, et
il n’y avait pas de raison de s’en séparer. Pour
autant, il est toujours difficile de voir débarquer
un autre compositeur qui vient modifier votre
travail. De ce point de vue là, Brian a fait preuve
d’une attitude vraiment admirable, d’une grande
ouverture et d’un véritable esprit de collaboration.
Nous nous sommes rencontrés lors de ce fameux
week-end et nous nous sommes tout de suite mis au
travail.
Comment décririez vous personnellement
l’univers musical de CONSTANTINE ?
KB) Constantine est un personnage complexe et
original. Ce n’est pas le héros qui change le film.
C’est plutôt l’un des êtres les plus désespérés de la
terre. Certes il aide beaucoup de gens, mais pour
lui, c’est simplement son boulot. Il extirpe un démon
du corps d’une jeune fille comme vous, vous iriez au
bureau. Pour moi c’est un peu comme un vieux film
noir français avec un détective, vieux loup
solitaire. C’est comme cela que j’ai conçu le thème
principal : très français et très déprimé. Mais cela
ne doit pas nous faire oublier l’humour qu’il y a
dans ce film et qui apporte un peu de lumière à
l’ensemble.

Cette opposition entre les ténèbres et la
lumière semble s’exprimer musicalement à travers
l’utilisation combinée de notes graves et sombres et
de sonorités plus scintillantes comme notamment dans
Cross Over.
KB) Nous avons beaucoup travaillé sur les questions
de timbres et Cross Over est un bon exemple. Comme
dans la plupart des films, le héros a son propre
thème. Mais nous ne voulions pas l’exposer
directement. C’est la raison pour laquelle nous avons
utilisé un violoncelle distordu électroniquement,
associé à un rythme joué sur ce même violoncelle. De
cette façon le haut et le bas sont ainsi réunis dans
un son qui n’est ni tout à fait organique, ni tout à
fait électronique. C’est une sorte de Yin/Yang
musical.
Une sorte d’hybride, un peu comme certains
personnages du film : Mi anges-mi humains, ou mi
démons-mi humains ?
KB) Exactement. C’est un peu comme associer le connu
et l’inconnu. Vous connaissez une sonorité, mais vous
y retrouvez en même temps quelque chose
d’insaisissable et différent. En cela, CONSTANTINE
n’est pas un film d’horreur. Si cela avait été le
cas, je n’y aurais pas participé. Il y a certes des
moments horrifiques, qui sont certainement les
moments les plus amusants, mais notre travail s’est
focalisé sur le drame et sur les personnages.
L’interprétation de ce thème est proprement
envoûtante.
KB) Il faut dire tout d’abord que c’est le
violoncelliste Martin Tillman, qui est également
chambriste et compositeur, qui interprète ce thème de
façon fantastique, jouant la mélodie et le rythme à
la fois avec le dos de l’archet. Puis nous avons
testé différents niveaux de distorsion, du parasite à
l’impossibilité de reconnaître le violoncelle
ressemblant pour le coup à une guitare électrique.
Pouvez vous nous parler de l’aspect
percussions de votre partition ?
KB) A l’origine, il y en avait bien plus que
dans la version finale du film. Mais la majeure
partie de ce que vous pouvez entendre maintenant est
joué par les violoncelles avec le dos de l’archet.
Nous voulions des sonorités vraiment pures.

Certains passages impliquant les percussions
semblent totalement incontrôlées. Y- t-il eu
improvisation ?
KB) La structure de chaque pièce a été
définie de façon très rigoureuse et toute la
partition a été dirigée selon le système du
click-track. Cependant, nous avons demandé aux
violoncellistes de vraiment s’approprier certains
passages pour les jouer à leur guise, ce qui donne ce
caractère improvisé.
UN ANGE PASSE
Comment avez-vous utilisé les chœurs ?
KB) Après avoir vu le film pour la première fois, au
début de ce week-end, je me suis mis à écrire un
thème de six-sept notes tournant sur lui-même que
j’ai utilisé notamment dans la scène de l’agonie du
prêtre Hennessy, ami de Constantine, dans la
superette. C’est le thème du mal, tournoyant sur
lui-même dans un grand crescendo. Cela donne un
aspect inexorable qui participe de manière forte à
l’histoire. Pour le reste, nous avons utilisé les
chœurs enregistrés originellement par Brian en les
remontant.
La séquence de l’exorcisme de la jeune fille
peut faire penser à l’EXORCISTE. Avez-vous utilisé de
semblables références musicales ?
KB) Non au contraire, la façon dont
Constantine se comporte lors de cet exorcisme est aux
antipodes de ce genre de film. Notre approche
musicale a été de fait totalement originale. Regardez
comment il donne un coup de poing à la jeune fille :
on a presque envie de rire.
C’est un peu comme au moment où la voiture
déboule de nulle part et percute très violement le
jeune mexicain qui détient la dague !
KB) Tout à fait ! C’est une scène tellement
incroyable que j’ai plaidé pour qu’il n’y ait pas de
musique du tout. C’est aussi un de mes moments
favoris, mais tout en silence.
Pouvez vous nous dire quelle est votre scène
préférée dans ce film, et comment vous l’avez mise en
musique ?
KB) C’est le moment où John Constantine
arrive à duper le Diable en lui faisant dire quel est
son secret. C’est une scène surréaliste, marquée par
la surenchère. Pour exprimer cela, la musique monte
de plus en plus haut, jusqu’à devenir quasi angélique
et atteindre un tel niveau que cela en est presque
risible.

On ressent une nette différence entre les
déferlements sonores présents dans l’album et la
discrétion de la musique du film.
KB) Brian et moi avons pu décider chacun de ce que
nous voulions mettre dans l’album et une grande
partie de ce qui se trouve sur le cd relève plutôt de
la partition originale que de la partie définitive.
Ce fut une occasion unique de pouvoir présenter des
pièces qui ne figurent pas dans le film mais qui,
plus que toutes autres lui sont intimement liées. Si
vous entendez de grandes plages sonores dans l’album,
il y a de fortes chances pour que vous ne les
retrouviez pas dans le film, car elles appartiennent
à la première mouture de la partition.
Quel bilan tirez vous de cette étroite
collaboration avec un seul compositeur, vous qui avez
l’habitude de travailler avec les équipes de
Mediaventures ?
KB) Il est vrai que je n’avais jamais travaillé dans
ces conditions auparavant, mais collaborer ne me fait
pas peur. Cela m’inspire et me permet de trouver de
nouvelles idées. Dans l’urgence de ce film, je ne me
suis pas trop posé de questions. Je m’y suis lancé à
corps perdu.
Votre partition est un hybride entre
symphonique et électronique. Souhaitez vous continuer
dans cette voie ?
KB) Tout dépend du film. Mon dernier film
(THE PROMISE), est une histoire épique qui n’avait
pas besoin du secours de l’électronique. A l’inverse,
des partitions comme THE RECRUIT étaient
électroniques à 90%. Je ne veux pas me cantonner à
une seule et unique option sonore.
Que retiendrez-vous de cette expérience ?
KB) Un défi que je suis fier d’avoir relevé,
de nouveaux amis, et au final une partition qui
valait la peine de passer Noël et le jour de l’An
dans un studio !