C'est avec gentillesse, générosité et
simplicité que Patrice GARCIA a accepté de nouveau de
nous parler plus avant de son travail, sur les
origines d'Arthur, mais aussi sa rencontre avec Luc
Besson, son implication sur le Cinquième Element...
De nouvelles aventures passionnantes vous attendent!
Pouvez-vous nous parler de votre parcours
artistique ?
Patrice Garcia - Dans mon enfance, le
dessin a très vite été un moyen de m’évader. Je
recopiais des trucs dans les comics, je dessinais
des histoires de guerrre, etc, et c’était vraiment
un refuge. J’ai fait cela de 7-8 ans à aujourd’hui.
Au lycée, j’ai rencontré des collègues qui
tournaient un western et j’avais trouvé cela super
génial. Cela m’a donné envie de tourner mon premier
court-métrage en super 8 avec ces collègues. Dans
ma tête, c’était comme une cocotte-minute. Puis je
suis passé en 16 mm et à chaque fois, j’ai monté la
barre, tout en continuant à dessiner. A un moment,
il a fallu rentrer dans la vie active, ce qui n’es
pas très simple quand on a des envies qui semblent
irréalisables. Il faut rentrer dans un créneau «
normal », qui ne correspond pas du tout à ce que
vous imaginez, et c’est un peu douloureux. Un jour,
je suis parti à Paris avec mon sac et j’ai fait la
tournée de tous les ateliers d’effets spéciaux de
Paris. Michel Soubeyran, qui avait son atelier là
bas et qui faisait des bestioles en latex pour des
pubs, m’a embauché pour que je dessine. Et dès que
je me suis mis à dessiner, il m’a fait passer à la
sculpture et du coup je me suis amusé à faire des
marrionnettes et d’autres trucs comme cela. Je me
suis régalé. Ensuite, j’ai continué à faire des
courts-métrages, tout en faisant des petits boulots
à droite à gauche. Je suis alors retourné dans le
Sud, où j’ai rencontré ma femme qui m’a dit que je
devrais faire de la bande-dessinée. Il faut dire
qu’à l’époque où je réalisais des courts-métrage,
je vivais à six dans un studio, et j’avais un
copain qui faisait des BD. Quand j’ai vu cela, je
me suis dit : « quelle horreur ! ». Dessiner et
mettre cela dans des cases, je trouvais cela
rébarbatif, fastidieux et solitaire. Mais quand
Céline m’a proposé cela, je m’y suis mis. J’ai eu
des propositions avec Allande et aux Fils de la
Nuit. Je suis monté à Paris et on a réussi au
premier rendez-vous à vendre une série, c’était
Allande. A partir de là, je suis vraiment rentré
dans le monde du travail par le dessin.
Comment avez-vous rencontré Luc Besson ?
C’est bien simple. A cette époque, je
faisais de la BD avec Céline. Un matin, je buvais un
café dans le troquet qui était en bas de chez nous et
je vois dans le journal que Besson passe à Toulon
pour parler d’Atlantis. Quand je vois sa bouille dans
le journal, je me dis : « c’est maintenant, il faut
que j’y aille, que je lui montre ce que je fais, on
ne sait jamais… ». C’était complètement illusoire et
totalement décalé par rapport à la réalité du métier,
mais j’y suis allé. J’ai passé les vigiles pour
l’atteindre et il m’a donné l’adresse des Films du
Dauphin à l’époque. J’ai essayé d’insister, mais il
m’a redonné la même adresse, et je ne l’ai pas notée.
Par contre, j’avais noté qu’il allait au cinéma
Gaumont qui se trouvait Place de la Liberté à
l’époque. Je suis donc allé de la Fnac où il se
trouvait au cinéma. Avec Céline, on lui avait préparé
un petit dossier avec une lettre et des dessins. Je
vois Eric Serra, je l’attrappe et je lui mets mon
dossier entre les mains en lui disant : «
aujourd’hui, j’ai fait ce que je devais faire. Au
revoir. Tu fais ce que tu veux. Tu le jettes si tu
veux. En tout cas, je te remercie, c’est gentil. » Un
an après, à la naissance de mon fils, un coup de
téléphone de Besson qui voulait nous rencontrer pour
travailler sur ce qui allait devenir le Cinquième
Elément.
Pourquoi Besson ?
J’avais été interpelé par le Dernier Combat, et
j’étais un vrai fan du Grand Bleu. C’est un film qui
m’a immédiatement touché –je suis quelqu’un qui
réagit beaucoup par impulsion- et c’est aussi le
premier film que je suis allé voir avec ma femme.
Donc, pour moi, c’était une évidence. Le cinéma a
toujours été un désir, mais voir Besson s’est imposé
à moi.
Quel a été votre rôle sur le Cinquième
Elément ?
Je faisais partie d’une équipe de plus de
dix dessinateurs, l’équipe de graphistes, et on a
développé l’univers, pendant un an sur Paris. Je
dormais dans les bureaux, de très beaux bureaux
d’ailleurs, qui abritent maintenant la société Xilam.
Cela fut-il difficile du point de vue
familial ?
En effet, ce fut un vrai investissement.
Mais je n’ai pris aucune décision tout seul dans mon
coin. J’ai décidé cela avec ma femme, qui connaît ma
passion. Ce fut un choix difficile, notamment parce
que mon fils venait de naître. Ce fut un vrai
sacrifice, d’autant plus que tout ce que j’ai pu
faire dans le passé dans le cadre de mon métier, a
toujours été fait en étroite relation avec ma femme.
Que ce soit les pubs ou autres, tout a toujours été
fait avec son regard. Vous comprenez alors que ce ne
fut pas simple…

Qu’avez-vous créé de l’univers du Cinquième
Elément ?
J’ai participé à tout car c’était un travail
d’équipe. Le travail de l’un faisait rebondir l’autre
et ainsi de suite. C’était vraiment très chouette, et
les amis de cette époque sont toujours des amis.
Besson avait réussi à rameuter une équipe de jeunes
branleurs autour de lui qui ont mis toute leur
énergie et toute leur créativité pour nourrir ce
projet. Ce fut très familial et quelque chose d’assez
rare à vivre.
Pouvez-vous nous parler de la conception des
personnages, par exemple ?
Vous savez que les costumes ont été conçus
par Jean-Paul Gautier, mais il y avait un autre
designer sur le projet, Jacques Rey, qui a aussi fait
de très belles choses, qui ont nourri Jean-Jacques
Gautier. C’était un peu le fer de lance de l’équipe
graphique que nous étions. C’est ainsi que nous avons
participé à la création des costumes, de monstres, de
décors, d’engins volants, de la diva… on s’est
vraiment occupé de tout. Il y avait un côté étudiant
déjeanté qui m’a beaucoup plus.
Vous avez également participé au jeu New York
Race.
C’était dans la continuité de ce travail.
J’ai fait quelques boulots entre temps, mais à un
moment, Henri Magalon, le producteur du jeu, et Marc
du Pontavice, qui dirige Xilam aujourd’hui, nous
avaient mis dans un coin, Hélène Giraud –la fille de
Moebius- et moi, pour faire les prémisses du design
pour ce jeu. On s’est amusé à créer des obstacles,
des choses comme cela. Beaucoup de roughs, mais cela
a permis, pendant deux mois, de lancer des pistes
pour les graphistes.
Quelles étaient vos sources d’inspiration à
l’époque ?
J’ai toujours été fasciné par les univers de Bilal et
de Moebius car ce sont de vrais univers, très
cohérents graphiquement. J’ai beaucoup de respect
pour cette forme d’intégrité. Mais il paraît qu’on
retrouve plus l’influence de Philippe Druillet dans
mon travail. Il faut dire que c’est un auteur dont je
décortiquais les dessins quand j’avais 12-13 ans, et
il faut croire que c’est resté… J’étais aussi un très
grand fan de Christopher Foss, un ancien garagiste
qui s’est mis à la peinture. Ca ne l’a pas beaucoup
passionné, et il s’est plus ou moins arrêté de
peindre aujourd’hui, ce qui est plutôt navrant. Il a
peint des images assez extraordinaires de vaisseau
spaciaux, et il a notamment travaillé sur Alien. Pour
le premier Dune, qui devait être fait par Jodorovski
à l’époque, Chris Foss était designer. Hans Giger a
aussi beaucoup marqué mon travail, un peintre suisse
allemand, qui fait des choses très torturées et qui a
été le designer d’Alien, qui m’a bouleversé à sa
sortie. Plus exactement, je l’ai trouvé nul en
sortant du cinéma, et quand je suis rentré chez moi,
je me suis dit que ce n’était pas possible et que ce
film était magnique ! Depuis je l’ai revu plein de
fois et je considère maintenant que c’est du pur
génie.

A première vue, on est assez loin des lutins
de Céline !
Ce sont bien des univers, des créations
d’univers. Et que ce soit des lutins ou des
extraterrestres, ce qui est intéressant, c’est de
créer des univers fantasmagoriques qui soient des
retranspositions de choses de notre réalité et qui
vont permettre de dire des choses qui nous concernent
tous. Lutins ou aliens, c’est pareil. Ce qui est
intéressant, c’est d’avoir un support fantastique qui
permet de toucher des histoires qui nous touchent
tous, de transposer la réalité pour rêver un peu et
fantasmer cette réalité, la sublimer ou utiliser le
fatasme pour dire des choses finalement très
terre-à-terre. Donc la rencontre n’est pas si
incompatible que cela.
Et elle a justement produit une grande
tendresse dans Arthur, qui parle à l’humain qui est
en chacun de nous.
Vous avez raison de parler de tendresse pour Arthur.
C’est ce qui intéressant dans l’imaginaire, c’est
quand on arrive à toucher aussi profondément les
gens. Prenez Big Fish de Tim Burton. Pour moi, c’est
un film extraordinaire parce qu’il nous balade entre
le fantastique et le réel. C’est du Tim Burton, pas
dans le visuel, mais dans l’âme. La substance est là,
elle fait toucher quelque chose de très précieux dans
la relation père-enfant, et plus largement
parent-enfant, et il a utilisé le fantastique pour
sublimer, fantasmer ce lien et l’analyser un peu. Le
fantastique est là, et il est utile pour dire ces
choses. C’est la même chose dans Arthur.
A propos d’Arthur, lors de notre précédent
entretien, vous nous aviez parlé de la réalisation
d’un pilote, qui allait dans une direction inverse
des choix finaux du film. Pouvez-vous nous en dire
plus ?
Pour le pilote, l’idée était de filmer la nature,
mais en maquettes parce que c’était plus gérable par
rapport au système d’incrustation. On a donc
construit des décors que l’on a filmés dans une belle
lumière avec de la fumée et des particules en
suspension sur fond bleu, avec des matte paintings
pour prolonger le tout. Nous avons beaucoup travaillé
sur la matière de la nature : les mousses, les
cailloux, la terre… Et à l’intérieur de cela, on a
incrusté un personnage en 3D traité par comme un
élément comme dans les films Pixar, très propre, mais
plutôt presque sale.
Un peu comme George Lucas l’a fait pour son
premier Star Wars…
Tout à fait. On s’est dit que la 3D était un
superbe outil, mais que, pour l’intégrer à la
réalité, il fallait la salir. Et on y est allé à fond
! D’autant plus qu’on était dans un rapport de taille
différent avec nos petites créatures : les textures
de peau n’ont rien à voir avec celles de personnes
d’1,70m. C’était cela le challenge, afin de voir si
cela marchait ou pas. On a donc tourné nos maquettes
et Buf Compagnie a incrusté des personnages. Luc
était très content. Il a dit « Bingo, on y va ! ». A
la suite de cela, les maquettes du film ont été
construites, mais comme les choix de cadrage et la
façon de travailler de Luc était tels qu’on pouvait
se retrouver à filmer la maquette dix jours, un mois
plus tard pour essayer un autre angle –ce qui est
tout à fait normal au demeurant. Cela pouvait rendre
les choses très compliquées car il fallait alors
remettre la maquette en place et refaire venir une
équipe de tournage, etc. Buf a donc opté pour l’idée
sage de photographier la maquette sous tous les
angles et utiliser ce qui a été photographié comme du
maping pour tout reconstruire en 3D. C’est donc ce
qu’ils ont fait. Par ce moyen, on pouvait conserver
le même rapport à la matière, et dans la mesure où
tout le décor était modéliser, de répondre aux
besoins du réalisateur. On n’avait plus le grain d’un
film en prises de vue réelles avec 3D rajoutée, mais
avec 3D et personnages 3D.
La magie opère totalement ainsi, que ce soit
dans le passage des prises de vue réelles à
l’animation ou dans la représentation de la nature,
et notamment de l’eau, magnifique de réalisme.
L’eau est en effet en 3D. C’est le fruit du travail
de Pierre Buffin et son équipe. Ils ont essayé au
départ de gérer avec des prises de vue réelles, mais
l’eau s’est vite révélée incontrôlable. Emmanuel
Prévost, le producteur, a même fait venir une caméra,
une fois, qui pouvait filmer l’eau à je ne sais plus
quelle cadence. Un truc incroyable qui coûtait une
fortune. Et finalement Pierre Buffin a pris le parti
de faire quelque chose de beaucoup plus simple. C’est
ainsi que tous les décors ont été filmés sans eau, et
que l’eau a été rajoutée après. C’est ce qu’il y
avait de plus simple à faire. Des impacts aux
interactions avec les objets, toute l’eau est
numérique. Et c’est vraiment bluffant. Pierre Buffin
aurait voulu aller encore plus loin dans ce rendu,
mais le résultat actuel est déjà impressionnant.
C’est d’autant plus impressionnant que c’est
un travail exclusivement français !
On avait jamais fait ce genre de cuisine en
France à ce niveau. C’était d’autant plus risqué que
c’était une grosse production. Après, c’était
vraiment un travail acharné et un vrai regard
artistique des équipes de Buf et de Pierre Buffin en
particulier. Avec lui, je discutais 2-3 minutes et il
savait où il fallait aller. Pas besoin de long
discours. Il a l’œil, c’est tout. Ce mec est une
brute totale ! Je le revendique ! Ce mec a un talent…
Entre le technique et l’artistique, il a les deux, ce
qui est plutôt rare.

On parle beaucoup d’une première française
pour Arthur. Mais il y eu Kaena, il y a quelques
temps.
C’est vrai, mais on n’a absolument pas regardé Kaena
pour faire notre animation. Je ne dénigre pas le
travail des équipes de ce film, loin de là. On avait
simplement un travail à faire et on n’a pas été
regarder sur ce qui se faisait à côté. On avait
vraiment la tronche dans le guidon et on a tout fait
pour que notre travail fonctionne. On n’a pas cherché
la moindre comparaison. Par rapport à l’idée de
première, je dois dire que je n’ai pas cette vision.
J’ai juste une vision artistique qui consiste à
chercher à ce que tout ce qui est fabriqué soit
regardable par tout le monde avec une qualité
maximale compte tenu d’un timing et d’un budget. Je
ne suis d’ailleurs pas sûr qu’on puisse parler de
première. Il n’y a rien de nouveau dans le fait de
filmer des maquettes et d’y injecter des personnages
en 3D. Ca fonctionnait déjà très bien sur Le Seigneur
des Anneaux, avec des maquettes gigantesques. A mes
yeux, il n’y a rien de vraiment innovant. C’est juste
le fait qu’il y a eu de vrais risques de pris afin
que le final ait un niveau de qualité jamais atteint.
A aucun moment on peut dire que l’incrustation se
fait mal. Bien sûr, il reste des défauts comme dans
tous les films, mais cela reste d’une cohérence sur
la longueur du film qui reste hypra acceptable. Et
s’il y a une première avec Arthur, elle est bien là,
dans le fait d’aller au bout du process de
fabrication et d’optimisation de la qualité en
fonction des conditions de production.
Pouvez-vous nous en dire plus sur les choix
artistiques par rapport à l’animation des personnages
?
Il fallait monter une équipe d’animateurs et
aller très vite. Très tôt, on s’est posé la question
de savoir comment tous les animateurs vont pouvoir
travailler sur le même jeu de comédien. L’option a
donc été de tourner avec des comédiens, ce qui allait
devenir la charpente pour l’animation. Les acteurs
ont donc joué chaque scène à fonc, puis chaque
animateurs, quel qu’il soit, va pouvoir travailler à
partir d’un même matériel dirigé par Besson. Après,
chacun va y mettre sa propre patte, mais la charpente
transpirera toujours jusqu’au bout. Et comme les
animateurs sont venus d’un peu partout, cela
permettait d’être plus efficace et plus rapide, sans
trop se poser de question. De cette façon, cela nous
a éviter de partir dans une organisation complexe de
l’animation, avec des directeurs de l’animation et
autres… Il fallait à tout prix qu’on vérouille
l’animation. On laissait un peu de liberté, mais avec
une certaine contrainte de jeu.
Il s’agit de jeu, mais aussi de danse…
En effet. Nous avons fait appel à de vrais
danseurs, ou encore à des personnes spécialisées dans
le combat à l’épée pour le combat de Sélénia. Tout a
été tourné avec de vraies personnes, selon le même
cadrage que dans le film final.
Quand on arrive chez les Minimoys et qu’on
voit le village en plan large avec tous insectes
allant dans tous les sens, on sent comme un parallèle
avec le New York du Cinquième Element.
C’est plutôt l’expression du mouvement, de
la vie. Il n’y a pas vraiment de parallèle délibéré.
Et au niveau de Sélénia, par rapport à Leeloo
?
Vous savez, on a proposé des Sélénia avec des cheveux
mauves, verts, et plein d’autres pistes. Et
finalement, elle a les cheveux rouges parce que son
frère, Bétamèche, qui a été validé beaucoup plus tôt,
était rouquin. Il était donc dans la logique des
choses de lui donner ces cheveux rouges. En plus,
lorsque j’ai rencontré pour la première fois Mila
Jovovitch sur un plateau, elle avait les cheveux de
toutes les couleurs ! Plus sérieusement, et au delà
du conscient et de l’inconscient, je dirai qu’elle
est dans la droite ligne des personnages féminins
validés par Besson. En tant que designers, nous avons
essayé autant que possible de s’extraire de certaines
références, mais à un moment, les choses nous
échappent et la logique du processus est allée dans
ce sens.
Le montage, très rapide, est caractéristique
du style Besson.
Oui, et parfois, je trouve même que cela va
trop vite. Il y a des passages du film comme la
bataille des moustiques, qui devient presque
hermétique à cause de cette vitesse, mais ce n’est
que mon avis. Après, il est vrai que les enfants
d’aujourd’hui sont prêts à ce genre de montage
cut-cut. Mais les plus petits pourront avoir du mal
avec cela.
Avez-vous une émotion particulière que vous
avez ressentie lors du processus de création du film,
que vous voudriez partager avec nous ?
Il y en a eu beaucoup. Mais je pense que lorsque les
maquettistes sont arrivés pour construire l’univers
des Minimoys, c’était vraiment génial car enfin, cela
commençait à sortir du papier, de la 2D. C’était là
et ça prenait forme, ce qui faisait de ce moment
quelque chose d’émouvant.
Arthur a été abondamment couvert par les
médias. Mais y a-t-il un aspect du film qui n’a pas
été suffisamment évoqué à votre goût et sur lequel
vous voudriez attirer notre attention ?
La poésie de ma femme. Elle écrit des choses
fabuleuses qu’elle est prête à jeter, et elle me
scotche. Si elle écrivait enfermée dans une pièce, je
prendrais tout ce qui tomberait de sa table pour le
divulguer au monde entier !
Quels sont vos projets ?
Pour l’instant, je n’ai pas été rappelé pour
le prochain Arthur. Sinon, j’ai un projet de série de
marrionnettes pour les enfants, et un truc sur
l’environnement, sur les forêts, afin d’aider les
enfants à avoir un regard sur un arbre, une fleur,
des choses simples.
Etes-vous sensible à l’art de Myiazaki ?
J’adore ! J’adore sa façon de voir les
enfants. C’est un maître de l’animation qui a une
sensibilité extrême, et quand il montre des enfants,
il a des gestes justes. Il vous emporte dans son
monde, il vous emporterait n’importe où. Et il a un
vrai rapport à la nature, que ce soit dans Mon Voisin
Totoro ou dans le Château dans le Ciel.
Et vous aimeriez travailler dans ce sens,
donc ?
Ce n’est pas que j’aimerais. Cela se fait
tout seul. Je ne me pose pas la question. C’est une
mouvance personnelle. Les peintures personnelles que
je fais sont très panthéistes. Je ne peux pas faire
autre chose. J’ai même écrit un séquencier avec une
sorte de rencontre du troisième type, mais avec rien
d’extraordinaire, pas d’extraterrestre ou autre.
C’est plutôt la rencontre et l’acceptation de
l’autre, qu’on ne comprend pas, qui est complètement
différent. Mais il se passe des choses au delà des
mots qui font que l’autre est magnifique, que l’être
humain est magnifique. Je suis plus dans cet
optimisme suicidaire !…