C’est en 1992 qu’Infograme sort chez Atari le
premier opus du jeu vidéo Alone in the Dark. Ce
sont les nouvelles de l’écrivain américain Howard
Phillips Lovecraft, (considéré comme l'un des pères
de la littérature fantastique et d’épouvante du
vingtième siècle) qui vont inspirer les concepteurs
du jeu. La même année, il remporte plusieurs
récompenses en France et au Japon, dont le Tilt
d’or du meilleur jeu d’aventure. Alone In The Dark
est le premier opus d’une longue lignée (le
cinquième est en développement) du genre Survival
Horror, dans lequel le joueur est plongé dans un
univers hostile. Et tout comme les saga qui s’en
sont inspirées (Resident Evil et Silent Hill),
Alone In The Dark se voit lui aussi bénéficier
d’une adaptation cinématographique.
Mais si le cinéaste Uwe Boll n'en est pas à sa
première adaptation de jeu vidéo (ayant déjà à son
actif celles de House Of The Dead en 2003 et Blood
Rayne en 2005 pour lesquels il fut producteur et
réalisateur), il n’en est pas de même pour les
trois compositeurs qui ont travaillé sur ce projet.
Une première expérience dans le monde de la musique
de film qui ne ressemble pas vraiment à ce que l’on
peut lire d’habitude dans Cinefonia. Si le chemin
vers l’enfer est pavé de bonnes intentions, les
trois compositeurs Allemands Oliver Lieb, Reinhard
Besser et Peter Zweier en ont fait les frais.
LE MAL SORT DE L’OMBRE
Messieurs, pouvez-vous nous présenter votre
parcours avant d’arriver sur le projet d’ALONE IN
THE DARK ?
Reinhard
Besser J’ai étudié
la guitare classique à FranCBort. A vingt ans je
démarrai ma carrière de professionnel. J’ai joué
dans divers groupes, et à la fin des années
soixante dix, j’ai commencé à travailler comme
musicien de studio. J’ai joué de la guitare et de
la basse pour des centaines d’enregistrements,
beaucoup de tubes, pour Boney-M, Supermax... Au
début des années quatre vingts, j’ai fait une
tournée aux Etat-Unis avec le chanteur Tony Carey,
l’ancien joueur de synthétiseur de Richie
Blackmoore et j’ai fait la première partie de la
dernière tournée européenne de Queen, avec le
groupe Craaft. En 1985 j'ai ouvert mon premier
studio d'enregistrement à FranCBort et j’ai produit
des jingles publicitaires, de la pop-music et de la
musique de films.
Peter
Zweier J’ai commencé lorsque j’avais 12
ans à jouer de la batterie, et à la fin des années
quatre vingts, je me suis beaucoup passionné pour
les synthétiseurs, les boites à rythmes, les
samples et les séquenceurs. J’étais fasciné par les
nouveaux sons et toutes les possibilités qu’ils
offraient. A partir de 1989 j’ai été impliqué dans
différents techno projets comme Klangwerk et en
1991 LDC. Puis en 1992, Torsten Fenslau avec qui
j’avais travaillé sur Klangwerk m’a proposé de
produire et composer avec lui l’album Serenity.
Après plusieurs années, un grand nombre de remix et
les grands bouleversement de l’industrie du disque
(téléchargements, logiciels de gravure…), j’ai eu
envie de faire quelque chose dans la musique de
film.
Oliver
Lieb J’ai été dans la musique électronique
et dans la production avant d’avoir 20 ans. Tout
m’intéresse en la matière : Techno, House, Electro.
Au cours de ma carrière, j’ai eu le plaisir de
produire plus de 200 singles avec des remixes pour
Faithless, Moby, Snap, Yello, Mory Kante.
Comment êtes-vous arrivé sur
le projet d’ALONE IN THE DARK ?
RB) C’est mon studio
d’enregistrement de l’époque Herold & Besser qui a
été choisi pour faire le montage audio. Nous
travaillions depuis plusieurs années avec Uwe Boll
et nous avons fait le montage audio final de tous
ses films. Au début, nous nous occupions juste du
son et du mixage. En 2002, j’ai commencé à écrire
la musique de ses films, BLACKWOODS d’abord, suivi
en 2003 par HEART OF AMERICA et HOUSE OF THE DEAD.
A l’époque, j’ai pu disposer d’une grande liberté,
pour composer ce qui me semblait être le mieux pour
le film. Pour la musique d’ALONE IN THE DARK, la
situation a changée lorsque mon associé, Herold, a
commencé à interférer systématiquement sur tout ce
qui concernait l’aspect musical, ce qui a conduit a
une baisse de qualité de la musique.
PZ) J'ai reçu quant à moi un appel de la société de
post production allemande qui m'a demandé si
j’étais intéressé pour composer ce qu’ils
appelaient une partition pop (Pop score).
La musique du film est-elle liée d’une
façon ou d’une autre à celle du jeu ?
RB) Nous
avons écouté la musique du jeu, mais nous avons
trouvé que ce n’était pas exploitable dans le film.
Alors nous avons décidé de faire quelque chose de
nouveau et de différent.
OL) Je suis un véritable accro des jeux vidéos et
je peux vous répondre catégoriquement : non ! Il
n’y a eu aucune intention de la part du réalisateur
ou du producteur d’aller dans ce sens… Je pense que
pour de bon scénarios ou de bonnes musiques, c’est
un jeu trop démodé, comparé à ce qui pourrait se
faire actuellement comme par exemple des jeux comme
: Max Pain, Deus Ex ou encore Quake 4 qu’il serait
bien plus intéressant d’adapter au cinéma !
Pourriez-vous nous décrire votre vision du
film ?
OL) Lorsque
j’ai vu le film ce n’était qu’une version
préliminaire, sans effets spéciaux. Il ne paraissait
pas excellent, mais comme point de départ cela
paraissait intéressant.
Nos perceptions à Peter et à moi (dans la mesure où
nous travaillions ensemble) étaient complètement
différentes de ce qu’il en est maintenant…Chaque idée
un peu novatrice à été bloquée par la production. Et
le résultat final ne correspond pas du tout à ce que
nous avions l’intention de faire.
RB) Pour être honnête,
je pense que ce film n’est pas un candidat aux
Oscars, c’est simplement un film d’horreur, sans
réelle intrigue.
PZ) À mon sens ce film ne présente aucun intérêt!
Mais cela m’aura toutefois permis d’acquérir une
expérience en musique de film.

Y A-T-IL UN PILOTE DANS
L’AVION ?
Quelles consignes avez-vous eues de la part
du réalisateur?
RB) Malheureusement le
réalisateur Uwe Boll n’a pas donné l’impression de
s’occuper vraiment de l’aspect musical. Il a laissé
la supervision musicale au co-producteur, mais ces
gens n’ont pas les compétences pour prendre en main
ce type de travail de manière professionnelle. J’ai
souvent du changer ma musique, après leurs réunions,
et il a été très frustrant pour moi d’aller dans une
direction, qui me paraissait mauvaise. Ainsi le
résultat aurait pu être bien meilleurs, si j’avais pu
travailler directement avec Uwe, parce que lui
comprend mon approche musicale des scènes.
On peut entendre différents styles de musique
dans le film : techno, symphonique, « Mediaventures
». Comment ont-ils été organisés ?
RB) Mon travail a été
d’écrire, arranger, enregistrer et produire la partie
orchestrale de la musique. Avant de démarrer, Peter
Zweier et moi avons discuté avec le co-producteur de
quelles scènes devaient avoir une musique symphonique
avec orchestre, et celles qui auraient une musique
Pop. Alors, nous avons commencé à travailler chacun
de notre coté, sur des démos, et nous nous
rencontrions régulièrement pour écouter ce que
l’autre équipe avait composé. Le problème, c’est que
cette organisation a été perturbée par le producteur
et le superviseur musical. Toutes les équipes, y
compris celle des designer sonores ont commencé à se
mettre en colère et a être perturbés devant
l’attitude et le manque de professionnalisme de ces
gens. Malheureusement Uwe Boll est resté en dehors de
tout cela. J’ai pu lui en parler plus tard, il m’a
dit qu’il ferait plus d’efforts dans ce sens pour ses
prochains films.
Dans mon studio, nous avons finalisé la post
production audio, incluant aussi les effets spéciaux,
le bruitage, et le mix THX.
PZ) Oliver Lieb et
moi-même avons été chargés de la partie électronique
de la musique du film. Nous avons travaillé comme une
équipe. Nous avons par exemple composé le thème
principal le Slaters Theme. Nous avions aussi des
contacts très réguliers avec Reinhard qui lui, était
chargé de la partie classique.

Quelle a été votre posture face à cette
situation ?
RB) Il y a
beaucoup de scènes longues, ou des gens courent à
travers des tunnels pour résoudre des énigmes. Sans
la musique, cela aurait été encore plus ennuyeux,
très plat. Alors j’ai essayé de mettre de la tension
dans ces scènes en utilisant des loops ethniques et
des sons orchestraux mystérieux. Par exemple, j’ai
utilisé des instruments ethniques comme la flûte ou
les percussions pour créer une ambiance particulière.
Cela a été très difficile d’en arriver là, car le
prétendument nommé « superviseur musical » n’avait
pas la moindre idée de ce qu’il faisait, en bloquant
souvent nos bonnes idées ou encore en conduisant la
musique dans une mauvaise direction. La plupart des
scènes d’action sont accompagnées de musique Pop,
parce que cela semblait mieux convenir. D’autres
scènes qui se déroulent à l’extérieur ont des
sonorités orchestrales typiques de films d’action.
Nous avons essayé de différencier les musiques pour
donner plus d’emphase selon que l’action se déroulait
en intérieur ou en extérieur. La musique que l’on
peut entendre dans le film est le résultat d’une
multitude de compromis. Nous avions enregistré
beaucoup de musique symphonique et de beaux morceaux
d’ambiance ce qui aurait rendu la partition plus
signifiante. Malgré cela le superviseur de la musique
et le co-producteur ont préféré leurs propres
mauvaises idées.
Sur l’édition DVD, c’est Berndt Wendlandt qui
est crédité comme compositeur. Quel a été son rôle?
RB) D’après
ce que je sais, Berndt Wendlandt a simplement rajouté
certains sons au clavier après que Peter, Oliver et
moi-même avons fini la production. Nous n’avons
jamais travaillé avec lui. L’information qui figure
sur le DVD est mauvaise.

Que vous a apporté, dans votre carrière,
cette première expérience de composition de musique
de film ?
OL) A
l’époque de la production d’ALONE IN THE DARK, je
pensais vraiment m’installer à Los Angeles et devenir
compositeur de musiques de films. Mais après cette
première expérience, et ce que j’ai pu découvrir des
coulisses d’un tournage je suis sûr maintenant d’une
chose : je n’ai plus aucune envie de travailler avec
des producteurs et réalisateurs égocentriques et
arrogants!
Dans quelles conditions avez-vous travaillé?
RB) Nous
étions nous même plein de tensions, de stress et
d’angoisse durant notre travail sur ce projet, parce
qu’Herold a terriblement manqué de professionnalisme.
Cela nous a mené vers un procès car nous n’avons pas
été payés. Je me suis aussi séparé d’Herold, qui
n’est plus mon associé depuis. J’ai quitté mon studio
et j’en ai crée un nouveau. Le nouveau est bien plus
grand, avec cinq studios d’enregistrement, nous
sommes bien plus créatifs et nous travaillons dans
une tellement meilleure ambiance! Nous nous amusons
beaucoup de nouveau et cela est très important pour
rester créatif.

Il n’y a pas eu d’album de la musique du
film, savez-vous pourquoi ?
OL) Je ne le sais pas…
Je pense que les responsables ne savaient pas comment
produire des bandes sons. Rien qu’en voyant ce qu’ils
ont fait du film, je ne préfère pas imaginer ce
qu’ils auraient pu faire avec un album !
Qu’est ce que vous souhaitez rajouter
concernant cette expérience?
OL) Comme la
plupart des personnes impliquées, je ne peux rien
dire de positif concernant ce travail. Alors que nous
en étions au beau milieu de la production, il nous a
été proposé soit de travailler en étant moins payé
que convenu, soit de prendre la porte. Et de toute
façon, nous attendons toujours d’être payés. A
l’évidence producteur-réalisateur du film, cherchait
des gens qui s’impliqueraient dans un projet à
moindre coût. Je trouve qu’ils sont allés trop loin
dans leur arrogance, et dans leur prétention d’en
savoir plus que les gens du métier. C’est une honte
que des gens comme lui, aient pu utiliser l’argent et
le talent des autres pour satisfaire leurs caprices
sur un film qui n’intéressera finalement pas grand
monde. Ils auraient mieux fait de jouer et de faire
leur musique eux-mêmes.
RB) Boll n’a jamais payé GEMA. J’attends toujours ma
paye. Lorsque vous travaillez avec Wolfgang Herold,
il vaut mieux demander à être payé d’avance. Je ne
travaillerai plus jamais pour lui.
PZ) Travailler sur ce film a été pour nous la pire
expérience de notre vie !
Pouvez-vous nous parler de votre actualité?
RB) Quitter
mon studio et me séparer de mon ancien
partenaire-associé m’a demandé beaucoup d’énergie,
l’année dernière. J’ai finalement ouvert le nouveau
studio en novembre dernier. Depuis nous travaillons
pour un grand nombre d’annonceurs publicitaires comme
BASF, Goesser, Ehrmann, Ford, Opel…). J’ai terminé
d’enregistrer la musique d’un documentaire très
intéressant Breaking The Rules .
OL) Depuis juin 2005, j’ai crée deux nouveaux labels
: le premier s’appelle Maschine, et peu après un
second que j’ai nommé Monofleur. Je travaille
actuellement sur l’élaboration de nouvelles sonorités
minimalistes. Un tout nouvel album publié par
Maschine vient d’ailleurs de sortir. Il s’appelle
Rekleiner. Les deux premiers albums de Monofleur,
étaient consacrés, l’un aux hollandaise de 16bit
lolitas et l’autre à Jimmy van M. Le troisième Every
était de moi. Actuellement je suis en train
d’organiser les prochaines sorties de disques pour le
reste de l’année et de travailler sur un prochain
album pour Maschine qui devrait sortir fin octobre.
Par ailleurs j’ai démarré récemment une émission de
radio mensuelle sur internet sur www.protonradio.com.
Cela s’appelle Maschine Sounds, et j’y présente des
trucs que j’aime, les dernières nouveautés de mes
labels et les mixes de mes amis…
ALONE IN THE DARK - LE MAL SORT DE L'OMBRE

Nationalité : USA - 2004
Titre original : AONE IN THE DARK
Genre : Fantastique
Réalisation : UWE BOLL
Avec : CHRISTIAN SLATER STEPHEN DORFF TARA REID
Musique : BERN WENDLANDT
Public : Certains scènes peuvent heurter la
sensibilité du jeune public
Durée : 95 minutes
Disponibilité : DVD
24 May 2006
Prix public conseillé :
Prix: 19,99 Euros
Synopsis :
Lorsque son meilleur ami trouve la mort sur
l'île de shadow Island, située au large de Boston, le
détective Edward Carnby, spécialisé dans le
paranorma, décide de mener sa propre enquête. Pour
cela, il fait équipe avec Alice Cédrac, une brillante
anthropologue, experte en langues anciennes. la clé
de l'énigme se trouverait sur de mystérieuses
tablettes gravées d'inscriptions non déchifrées à ce
jour. une découverte qui va bientôt orienter leurs
investigations vers l'existence de créatures de
l'ombre sur le point de conquérir le monde...
Caractéristiques techniques DVD
DVD 9 - Zone 2 - PAL
Format image : 2.35 - 4/3 , couleurs
Audio : Français Dolby Digital 5.1
Anglais Dolby Digital 5.1
Sous-Titres : Français
Suppléments :
Les coulisses du tournage: Du virtuel au réel. L'art
d'adapter un jeu vidéo au cinéma.
Les effets visuels: la création d'un environnement
futuriste en images de synthèse (9 min - vost)
Comparaison des storyboards: avec deux séquences du
film dont la poursuite.
Une séquence animatique: la création d'une animation
par ordinateur.
Six vidéo clips 'Heavy metal' (23 min) dont ' I wish
I had an angel'