02 April 2007
Le Secret de Térabithia - Entretien avec Aaron Zigman
Entrez
avec nous dans la forêt… Chut… Ecoutez bien,
n’entendez-vous ? Allez, suivez nous et venez
découvrir Le Secret de Térabithia.
Le film est adapté du roman de Katherine
Paterson, écrit en 1977. Auteur d’une
quinzaine de livres, elle raconte ici
l’histoire de deux adolescents mal dans leur
peau qui s’évadent dans un monde de leur
invention. Dans les rôles des deux enfants,
on retrouve Josh Hutcherson, le garçon
aventurier de Zathura et Annasophia
Rob, l’agaçante macheuse de chewing-gum de
Charlie et la
Chocolaterie.
Jérémie NOYER - Le Secret de Térabithia
n’est pas votre première collaboration avec
Disney.
Aaron
ZIGMAN - J’ai travaillé en tant
qu’orchestrateur sur Mulan. Le compositeur
était Jerry Goldsmith, disparu il y a peu, et
qui était l’un de mes compositeurs préférés.
Pour ce film, j’ai arrangé et orchestré la
version finale de Reflection de David Zippel
pour Christina Aguilera, une chanson qui a
participé à lancer sa carrière. J’ai aussi
participé à Pocahontas en arrangeant pour Alan
Menken la chanson If I Never Knew You en
version pop. J’ai repris ses arrangements
orchestraux et les ai reconstruits pour la
chanteuse Shanice. Enfin, j’ai également
participé en tant que pianiste à
l’enregistrement de la chanson I’ll Try avec
Jonatha Brooke pour Peter Pan 2 : Retour au
Pays Imaginaire. Avec Le Secret de Térabithia,
je signais ma première partition en tant que
compositeur pour Disney !
Le réalisateur du film, Gabor Csupo,
nous a confié qu’il vous avait choisi notamment
parce qu’il avait été séduit par votre
enthousiasme par rapport à ce projet.
J’avais lu le livre il y a longtemps
et j’y ai toujours été attaché. J’aime beaucoup
tout ce qui est « fantasy ». Mais plus encore,
ce film associait un univers imaginaire à la
réalité, au drame d’une famille qui rencontre
un certain nombre de problèmes. Cela devait
faire une partition particulièrement
intéressante de par l’imbrication des deux
univers. Dans mon métier, je n’arrête pas de
faire l’aller-retour entre différents styles,
entre le classique et le moderne, et le fait
d’avoir à réunir tout cela dans un seul film
était un défi passionnant ! Tout cela a fait
que je me suis tout de suite senti très proche
de ce projet, très désireux d’y participer et
de m’y investir.
Comment cette association entre
l’ancien et le moderne s’est-elle traduite dans
votre partition ?
Gabor ne voulait pas d’une partition
orchestrale basique. Bien que ma musique soit
majoritairement orchestrale, j’ai aussi utilisé
un certain nombre d’éléments organiques et
électroniques que j’appelle des « pulsations ».
C’est ainsi que le thème de Térabithia est
écrit dans une mesure à 6/8 et j’ai utilisé un
hammer-dulcimer, un cousin du cymbalum, pour
apporter cette pulsation, souligner chaque
changement d’harmonie et donner une sorte de
rythme moderne en dessous d’une grande
orchestration symphonique classique. Ce film
m’a donc permis de faire des choses un peu
atypiques, et c’est cela qui m’a plu.
On note certaines touches « country »
dans des morceaux comme At the museum.
Il est vrai que j’ai utilisé le dobro
ici ou là, avec des notes « americana » un peu
à la Copland. C’était une façon de situer
géographiquement le film en musique, mais pour
moi, l’essentiel de ma partition est classique
et mélodique. Au cours de ma carrière, j’ai eu
l’occasion de travailler sur des styles
totalement différents et j’adore passer d’un
style à un autre, du grand orchestre, avec The
Battle, à la country avec Building the Fort, ou
encore à l’ethnique (puisque j’ai également
utilisé des instruments comme le duduk, une
flûte du Proche-Orient, pour les scènes à
Térabithia), ou même le pop. Mais mes goûts me
poussent vers la musique symphonique française
et d’Europe de l’Est, et dès que j’en ai la
possibilité, je me précipite sur ce style
plutôt qu’un autre. C’est mon véritable
langage.

Justement, Gabor Csupo nous a dit qu’il
aimait beaucoup votre façon d’orchestrer.
Je dirais qu’en matière orchestrale, je suis de
la vieille école, même si j’ai une grande
expérience du milieu du disque, de la musique
moderne. J’ai un lien très fort avec
l’orchestre et mes modèles sont des figures
comme Alex North (Un Tramway nommé Désir), Max
Steiner (Casablanca, Autant en emporte le
vent), Bernard Herrmann (le compositeur
d’Alfred Hitchcock, Ennio Morricone. Ce sont
tous des gens qui ont beaucoup de cœur, et cela
transparaît dans leur musique. Et Gabor, tout
comme moi, c’est ce que nous recherchons dans
la musique. Pour moi, le plus important, c’est
la mélodie. Je suis un compositeur de mélodies.
J’aime aussi travailler sur l’enchevêtrement
des voix dans l’orchestre. J’adore
l’impressionnisme en musique. Je suis un grand
admirateur de Maurice Ravel et Claude Debussy.
Je crois que si ces artistes étaient encore
vivants, ce serait eux qui composeraient de la
musique de film. Pas nous!
Quelle était la taille de l’orchestre
que vous avez utilisé ?
J’ai utilisé plusieurs tailles d’orchestre,
allant de 80 à 105 musiciens.

Cette ampleur saute aux oreilles,
notamment dans des pièces comme The Battle.
Mais votre partition offre également des
moments de grande intimité.
Absolument. Pour ces moments, j’ai
réduit l’orchestre aux cordes, agrémentées de
quelques bois et d’un piano solo. C’est une
large palette, avec laquelle il fut très
intéressant de jouer. Vous savez, au début,
Gabor ne voulait pas tant d’orchestre. Lors de
nos premiers entretiens, il désirait plutôt
s’orienter vers quelque chose de plus moderne.
Mais vers la fin de la production, il a admis
que l’orchestre, à travers ce mélange délicat
d’ancien et de moderne dont nous parlions tout
à l’heure, pouvait mieux aider à raconter cette
histoire.
Comment avez-vous traité les
différences entre le monde réel et Térabithia ?
Le monde réel est marqué par cette intimité que
nous évoquions, alors que les passages à
Térabithia font appel au grand orchestre. Pour
l’aspect «fantasy », ma palette était
délibérément plus étendue.

Comment avez-vous utilisé le
chœur ?
Le chœur
apparaît tant dans le monde réel qu’à
Térabithia. Il fait un peu le lien entre les
deux, comme un souvenir.
Quelles sont les paroles qu’il
chante ?
En fait, au
départ, j’ai fait venir chez moi une chanteuse
pour m’aider à écrire les paroles du chœur pour
le générique d’ouverture, et elle m’a donné des
paroles authentiquement celtiques. Puis je me
suis retrouvé seul à imaginer les paroles des
autres morceaux avec chœur, et je me suis dit
que cela pourrait être intéressant d’inventer
mon propre langage, un langage térabithien. Il
n’y a pas de sens à ces paroles. Simplement,
elles imitent les accents celtiques du premier
chœur.
On trouve également beaucoup de piano
dans votre partition. Quel est votre rapport à
cet instrument ?
Je suis pianiste de formation. C’est vraiment
mon instrument. Dès que je peux glisser un peu
de piano dans une musique de film, je le fais !
C’est aussi moi qui joue les parties de piano
de mes partitions.
Comment composez-vous ? Utilisez-vous
le synthétiseur et l’ordinateur comme la
plupart de vos collègues ?
Non, je compose toujours à la main,
sur papier à musique. Ce n’est qu’ensuite que
je passe à l’ordinateur pour faire mes démos
pour les réalisateurs. Pour cela aussi, je suis
de la vieille école !

Comment avez-vous écrit vos thèmes ?
Il y a d’abord le thème principal du
film, le thème de Térabithia, celui que Bryan
Adams a repris pour écrire la chanson A Place
For Us. Je l’ai écrit un soir dans les studios
de la Fox, pendant que je mixais une autre
musique. Il était minuit. Je me suis rendu dans
la salle où l’on avait enregistré l’orchestre.
Il n’y avait plus qu’un piano au milieu de
cette immense pièce. Je n’avais signé pour Le
Secret de Térabithia que depuis peu de temps
-une à deux semaines- et je n’avais pas encore
écrit de thème. Je me suis donc assis au piano
Steinway et je me suis mis à imaginer ces
enfants, jouant dans le vent, entourés de
toutes sortes de petites créatures magiques,
dans un monde de fantasy. Et c’est venu tout
seul ! Il y a aussi un thème romantique, quand
Leslie et Jess se balancent à la corde pour
passer la rivière. C’est un moment important
car c’est là que Jess s’ouvre à de nouvelles
idées et commence à apprécier Leslie. Je me
suis donc dit qu’il fallait un thème qui unisse
les deux enfants, et c’est ainsi qu’on le
retrouve autour de la corde ou encore quand
Prince Terrien fait son apparition. Il y a
enfin le thème du Darkmaster, et un thème pour
la mort de Leslie.
A travers votre musique, vous avez su
apporter beaucoup d’humanité et de sensibilité
à la fantasy.
C’est un compliment qui me touche beaucoup.
J’essaie de mettre de l’humanité dans toutes
mes musiques. Je n’ai jamais eu l’intention de
révolutionner le genre « fantasy ». D’autres
compositeurs ont pu le traiter tout aussi bien
voire mieux que moi. Mais je pense que j’ai pu
apporter à cet univers ma propre voix et que
cette spécificité participe de rendre ce film
unique et intemporel. Prenez le thème de
Térabithia, ou le thème de la corde. J’ai voulu
qu’ils donnent l’impression qu’ils auraient pu
être écrits en même temps que le livre, dans
les années 70, ou même il y a plus longtemps
encore, il y a une centaine d’années. Il y a
quelque chose d’universel et d’intemporel dans
ce film, et je réagis à des musiques tout aussi
intemporelles, des musiques anciennes. Peu
importent les éléments modernes que vous mettez
dans votre musique. Pour moi ce qui compte,
c’est qu’elle vous touche. Et pour moi, le
meilleur moyen d’y parvenir est de le faire à
travers des mélodies. C’est ce que les gens
retiennent, ce qui les émeut. En ce sens,
j’estime n’avoir rien fait de mieux que mes
collègues compositeurs sur le plan de
l’écriture. J’y ai simplement mis tout mon
cœur.

Aaron ZIGMAN – Crédits :
Aaron a aussi composé la musique de Raise Your
Voice de Sean McNamara, The Wendell Baker Story
d’Andrew et Luke Wilson, Dance With Me de Liz
Friedlander, In The Mix de Ron Underwood, Sexy
Dance de Anne Fletcher, et plus récemment
Flicka de Michael Mayer, 10th & The Wolf de
Bobby Moresco, ATL de Chris Robinson, Akeelah
and the Bee de Doug Atchison et The Virgin of
Juarez de Kevin James Dobson.
Mais il a commencé bien plus tôt dans la
musique, en tant que producteur, arrangeur et
compositeur pour des artistes comme Christina
Aguilera, Seal, Aretha Franklin, Oleta Adams,
Phil Collins, Tina Turner, Patti Labelle,
Chicago, The Jets, Nona Gaye, Carly Simon, les
Pointer Sisters, Huey Lewis, Dionne Warwick et
Jennifer Holiday. Il a collaboré à la musique
des films Buster de David Green, Tina de Brian
Gibson, The Birdcage de Mike Nichols, Permis de
Tuer de John Glen, Fame d’Alan Parker et des
films d’animation Mulan et Pocahontas.
Aaron Zigman a composé par ailleurs plusieurs
pièces pour orchestres symphoniques, dont un
poème musical en cinq mouvements en hommage à
Yitzhak Rabin, joué par le Los Angeles Jewish
Symphony. L’USC Symphony Orchestra a récemment
joué Impressions, une suite pour instruments à
vent.

Le
sanctuaire du rêve et de l'enfance
Le réalisateur Gabor Csupo
explique ainsi sa vision
de Terabithia, à la fois comme monde magique,
mais aussi comme lieu où les enfants peuvent
affronter leurs angoisses: " Térabithia est un
monde issu du plus pur imaginaire. C'est un
univers sans limites, où tout est possible. Ce
n'est pas seulement un endroit où les deux
enfants sont les maîtres. C'est un lieu qui les
aide à échapper aux problèmes qui les touchent,
un sanctuaire où ils peuvent prendre du recul.
Leslie et Jess se sentent exclus aussi bien à
l'école qu'au sein de leurs familles
respectives. Même si Térabithia est un refuge,
il ne leur évite pas d'affronter ce qui les
affecte : ce monde est également une métaphore
de l'amitié qui les unit, un moyen pour eux de
se renvoyer leurs sentiments et leur amitié au
travers d'un imaginaire qu'ils partagent. Le
pont est aussi chargé de symboles, c'est un
passage, une façon de dire que l'imaginaire
peut aussi avoir un vrai impact sur le réel.
Tout ce que l'on imagine existe. "
1.
I Learned from You
2. Try
3. Keep Your Mind Wide Open
4. Place for Us
5. Another Layer
6. Shine
7. Look Through My Eyes
8. Right Here
9. When You Love Someone
10. Seeing Terabithia
11. Into the Forest
12. Battle
13. Jesse's Bridge
Questions Jérémie NOYER
Merci à Tom Kid - Costa
Communication.
