11 February 2007
L'AGE DE GLACE 2 - Entretien avec John POWELL
A
la fin de L'AGE DE GLACE, Manny le
mammouth , Sid le paresseux et Diego le tigre
à dents de sabre formaient en quelque sorte
une famille. Dans L'AGE DE GLACE 2, la vie
est beaucoup plus douce depuis que les glaces
fondent et que la température remonte. Le
trio rencontre de nouveaux personnages, qui
pourront peut-être les rejoindre et agrandir
la petite communauté... Alors que Manny
essaie de se faire à l'idée qu'il est le
dernier de son espèce, il rencontre Ellie,
une demoiselle mammouth. Il pense que,
désormais, plus rien ne peut faire obstacle
au Grand Amour... sauf qu'Ellie a quelques
petits problèmes d'identité: elle pense être
un opossum. Plus grave encore, un immense
barrage de glace qui retient l'océan est sur
le point de se rompre sous l'effet du
réchauffement et menace d'engloutir leur
petit coin de paradis. L'humour, l'action, et
l'emotion sont au rendez vous dans ce second
opus de L'AGE DE GLACE. Et pour accompagner
cette bande de joyeux drilles, il fallait un
compositeur qui n'ait pas peur de mouiller sa
chemise! Et c'est à Cannes lors du festival
2006 que nous avons rencontré John
Powell, venu se
réchauffer sous le soleil de la French
Riviera! C'est avec passion, humour et
engouement qu'il nous à parlé de ce rêve
d'enfant qu'il a pu réaliser en composant la
musique de L'AGE DE GLACE 2!
L’AGE
DE GLACE 2 est votre deuxième film après
ROBOTS avec Blue Sky. Qu’est ce vous
intéresse dans le fait de travailler dans
l’animation ?
John Powell: J’ai toujours eu une adoration
pour l’animation. Petit déjà, je dévorais les
Chuck Jones et les Disney. J’admirais le
travail de Carl Stalling qui a beaucoup
apporté à la musique de dessins animés. Quand
j’ai grandi, j’ai toujours voulu travailler
dans ce domaine et mon rêve s’est réalisé
quand Hans Zimmer s’est mis à travailler sur
LE PRINCE D’EGYPTE. Et c’est grâce à cela que
j’ai pu faire FOURMIZ avec Harry Gregson
William. J’aime tellement l’animation que je
m’éclate à composer pour elle, et je
pense que cela s’entend dans
ma musique. Quand j’ai quitté Médiaventures,
je me suis mis à la recherche d’un nouveau
terrain de jeu et c’est alors que j’ai
entendu parler de ROBOTS produit par la Fox.
Je suis allé voir Chris Wedge à New York, car
j’avais adoré l’AGE DE GLACE 1. L’un de mes
cartoons préféré est un cartoon de 1953, de
Chuck Jones intitulé « Much ado about nutting
». C’est l’histoire d’un écureuil qui
recherche des noix à Central Park. Il
commence par trouver des noisettes et il
essaye d’en transporter le maximum. Puis il
trouve des noix et il essaye d’en transporter
le maximum. Et il finit par trouver des noix
de coco ! Quand j’ai vu l’AGE DE GLACE, et
notamment Scrat, j’ai immédiatement adoré et
je me suis dit que c’est exactement ce que je
voulais faire. C’est exactement ce que j’ai
dit à Chris et je pense qu’il a compris qu’il
ne s’agissait pas pour moi simplement d’un
film de plus, que j’avais une dévotion
passionnée pour cet art. C’est ainsi que j’ai
été engagé sur ROBOTS et que j’ai pu faire
tout un tas d’experiences folles avec le Blue
Men group. Cela a tellement plu à Chris qu’il
m’a engagé sur le deuxième AGE DE GLACE.
J’adore les studios Blue Sky, c’est une
merveilleuse compagnie. Ce sont des gens
vraiment créatifs et ils ont des studios
magnifiques à White Plains. Je suis impatient
de retravailler avec eux.

Votre partition pour L'AGE DE GLACE 2
semble être un mélange de musique symphonique
traditionnelle et de petites touches «
exotiques ». Qu’en pensez vous ?
Il fallait prendre en compte le fait qu’il
s’agissait d’une suite. La musique du premier
opus a été composée par David NEWMAN. J’ai
donc du partir de cette base. Dans sa
musique, il avait lui aussi utilisé
l’orchestre symphonique et lui avait ajouté
des flûtes et des tambours amérindiens. Pour
ce deuxième opus, il n’y avait pas de
personnage humain. De ce fait nous n’étions
plus obligés de puiser exclusivement dans ce
répertoire traditionnel. J’ai quand même
réutilisé ces instruments car je trouvais
qu’ils sonnaient bien à l’orchestre. Mais je
me suis aussi laissé aller à des emprunts
plus originaux. Pour ce faire, j’ai travaillé
avec Randy Thom le créateur des effets
sonores du film. Il m’a fait une compilation
de tous les sons qu’il avait utilisé. Je
savais qu’il y aurait beaucoup de moments
durant lesquels on entendrait des bruits de
glace : craquements, grondements…et j’ai
voulu que les sonorité s de ma musique
s’intègrent dans ce « paysage » sonore. Je me
suis passé ses sons en boucle et j’ai écrit
ma musique en fonction de cela. C’est amusant
d’essayer de trouver des instruments qui
puissent s’insérer dans ce paysage sonore.
J’ai aussi utilisé une sorte de banjo
pakistanais, un kamachi et des dulcimers.
Tous ces instruments fonctionnaient très bien
car ils ont un son très aigu. Ce qui fait de
ces touches exotiques ont des raisons très
pragmatiques.
On sent bien ce contraste entre des
sonorités larges et graves à l’orchestre et ces
touches musicales délicates.
C’est vrai. En dehors du gros son d’orchestre,
je voulais créer quelque chose de plus intime.
Est ce que ce contraste est pour vous
lié au fait qu’il s’agit d’un dessin animé ?
Pas nécessairement. J’ai l’habitude d’utiliser
beaucoup de contraste dans ma musique. Pour moi
le contraste crée une tension et la tension
c’est ce qui fait avancer une histoire.

On vous sent aussi à l’aide dans les
grandes scènes d’action dignes des films en
prise de vue réelle que dans le Mickey Mousing
propre à l’animation.
Quand j’étais chez Dreamworks, Jeffrey
Katzemberg demandait à Hans de ne pas faire de
Mickey Mousing et cela s’est ressenti dès LE
PRINCE D’EGYPTE . Même si cela a un peu changé
depuis SHRECK, Jeffrey était en train de créer
une nouvelle compagnie et cherchait à apporter
un nouveau style à l’animation différent de
Disney. Je pense que c’est une bonne chose, car
cela permet de ne pas être condescendant vis à
vos du public. A l’inverse, le danger est
d’avoir une musique trop puissante ou trop
effrayante pour les jeunes enfants. Si l’on n’y
prend pas garde, une scène d’action de dessin
animé peut sonner comme ALIEN. Pour éviter
cela, j’aime passer à des rythmes du genre
salsa ou autres. On a toujours de l’énergie
mais sans jamais véhiculer de crainte. J’ai pas
mal expérimenté ça avec Harry. C’est un point
essentiel pour adapter la musique au public.
Quand j’ai fait la musique de l’AGE DE GLACE 2,
mon fils de 5 ans n’était jamais très loin, ce
qui fait que j’ai toujours été très attentif à
ses réactions et j’ai fait des changements en
fonction de ses remarques.
En ce qui concerne le Mickey Mousing, certaines
scènes de l’AGE DE GLACE 2 se situaient dans la
grande tradition de l’animation et il me
semblait que le Mickey Mousing était le style
idéal pour accompagner ces scènes. Mais j’ai
pris mes précautions et j’ai demandé aux
créateurs du film s’ils seraient d’accord que
je fasse cela. Ils m’ont dit qu’il n’y avait
aucun problème et j’ai été très heureux de le
faire. Pour cela j’ai fait un peu comme Alan
Sylvestri dans : QUI VEUT LA PEAU DE ROGER
RABBIT ?

C’est une merveilleuse façon de lier la
modernité et la tradition, à l’image de Scrat,
à la fois personnage en 3D et personnage de
cartoon.
Exactement, si ce n’est que Scrat n’a pas de
musique… Sauf à la fin. Chris Wedge qui a
réalisé le premier opus et qui a produit la
suite, a toujours été très attaché à ce
personnage. Il a été très clair sur le fait
qu’il ne fallait pas rompre la tradition à
moins d’avoir une bonne raison. Et de fait, à
la fin, Scrat meurt, arrive au paradis. C’était
l’occasion de lui donner une musique à la
hauteur de l’évènement. Et bien sur dès qu’il
revient à la vie, la musique s’arrête.
Pouvez vous nous parlez de la citation
de l’adagio de Spartacus dans « The pearly
gates » ? Cela est il en rapport avec le fait
que David Newman a lui aussi cité une œuvre
classique dans sa partition, « Les Comédiens »,
de Kabalevsky ?
Je ne me souviens pas de cette citation dans
L’AGE DE GLACE. La raison de cette citation est
très simple. C’est l’une de mes œuvres
préférées. Pour moi elle constitue l’expression
ultime de ce qu’est l’Amour.
Quand j’ai vu les images de Scrat arrivant au
paradis, j’ai tout de suite pensé à cette pièce
mais nous avons du la retravailler pour
l’intégrer dans le film. La scène commence
ainsi avec une petite musique de mariage, qui
s’enchaîne avec une immense explosion
d’adoration. C’est vraiment dans la tradition
de Scrat. Soit il n’a pas de musique du tout,
soit de la musique classique. Mais en aucun cas
il n’a une musique originale. Ca le met un peu
à part des autres personnages et ça le rend
plus traditionnel. S’il y avait un AGE DE GLACE
3, nous ferions exactement la même chose !
Comment décririez vous le générique du
film ?
C’est un mélange de Khatchatourian et
de musique country ! (Rires) Un mélange de «
Danse du Sabre » et de Willie Nelson. C’est un
morceau étrange dans l’esprit du style
Americana avec une forte orchestration dans le
style de la grande musique russe. C’est un
excellent exemple de la façon dont j’ai voulu
m’amuser sur ce film.
Comment avez vous utilisé le thème du
générique ?
Il s’agit plutôt d’un thème de film plutôt que
d’un thème de personnage. Je l’ai utilisé pour
faire la transition entre deux chapitres. Le
premier thème de personnage qui apparaît dans
le film survient à la fin de cette ouverture.
C’est le thème de Sid qui sera développé dans
la scène où tous ses congénères viennent
l’adorer. Il y a aussi un thème pour Manny,
mais c’est un thème d’amour que l’on retrouve
dans toutes les scènes qu’il partage avec
Ellie.

Il y a une grande richesse sonore dans
votre musique, tant au niveau des
orchestrations « à la russe » que du
contrepoint. Est-ce en réaction à la richesse
visuelle que permet l’animation avec tous ces
personnages s’agitant dans tous les sens ?
Le fait qu’il s’agit d’un film
d’animation n’a rien à voir là dedans. Cela
vient simplement du fait que Chris et moi avons
les même goûts en la matière. Néanmoins, il est
vrai que l’animation permet vraiment ce genre
de musique débordante de joie et je me suis
tout naturellement tourné vers de grandes
références classiques :les musiques de ballet
de Khatchatourian, Tchaïkovsky, Ravel,
Sibelius, et bien sur Villa-Lobos et
Rimsky-Korsakov.
Mais par dessus tout, je pense à Prokofiev.
D’ailleurs j’ai appelé une des musique de L’AGE
DE GLACE 2 « Peter and the Sloth » en référence
à Pierre et le Loup (Peter and the Wolf).J’ai
réalisé à quel point le cinéma a été influencé
par cette œuvre. On y trouve tout ce qu’on doit
savoir à propos de l’écriture de la musique de
film et de l’orchestration. On y trouve
également tous les sentiments et la façon de
les exprimer à travers le tempo et
l’orchestration. C’est toute mon enfance et
c’est ma bible. J’ai fait beaucoup de films
dans lesquels je n’ai pas pu utiliser ce savoir
et je suis ravi d’avoir pu le faire sur L’AGE
DE GLACE 2.
Ce bonheur se ressent à l’écoute de
votre partition.
Je suis comme Scrat devant un gland. J’ai
vraiment eu de la chance de pouvoir travailler
avec des gens aussi créatifs et j’ai été
heureux de soutenir leur travail à travers la
musique, à travers un moyen d’expression qui se
situe au delà des mots comme l’animation l’est,
visuellement. C’est cette perpétuelle
explosion, au delà des mots que j’aime dans
l’animation. En prise de vue réelle, on a
toujours peur d’en faire trop. En animation, on
en fait jamais trop. C’est de la pure
imagination qui explose à l’écran.

Pouvez vous nous parler de la création
de la chanson de Sid ?
Ils m’ont montré cette séquence montée avec une
musique rock d’AC/DC. Puis ils m’ont demandé si
je pouvais trouver une autre façon de la mettre
en musique. L’idée était de montrer que Sid
n’est pas respecté par ses amis et que là il
recevait un respect débordant.
Les créateurs du films ne savaient pas comment
montrer cela clairement. Il y avait une sorte
de question-réponse entre Sid et la foule de
ses admirateurs. Je me suis souvenu d’une
musique traditionnelle indonésienne, une
cérémonie qui impliquait une centaine de
personnes qui chantaient de façon de plus en
plus intense. Cela devenait un peu comme du
Steve Reich. Cela sonnait de façon complexe
mais c’était en fait relativement simple. Je
leur ai présenté cette musique indonésienne et
tout le monde a adoré. Nous avons donc fait
appel à la voix de Sid, John Leguizamo et nous
lui avons demandé de faire toutes sortes de
sons et d’onomatopées, puis j’ai réuni un
groupe de 4 chanteurs particulièrement bons sur
le plan rythmique. Je leur ai aussi demandé de
faire toutes sortes de sons de dire des choses
insensées et j’ai rassemblé tout cela pour
travailler dessus. Ensuite ce sont les équipes
de Blue Sky qui ont animé sur cette musique.
Puis nous sommes passés à 40 chanteurs pour
donner plus d’ampleur !
Y aura t-il un AGE DE GLACE 3 ?
Oh, je l’espère
vraiment, mais pas avant quelques années…

