Sauver
sa maison d’un promoteur véreux quand on n’a que 10
ans, c’est déjà pas facile. Mais sauver un monde
entier de la destruction quand on ne mesure que 2
millimètres, c’est carrément « mission impossible »
!
Pourtant, les spectateurs d’Arthur
et les Minimoys vont pouvoir
s’apercevoir que la valeur n’attend ni le nombre
des années… ni la taille !
Tout comme pour la
création du film. De prémisses intimes et délicats
créés par Céline et Patrick Garcia, Luc Besson est
parvenu a créer un véritable univers unissant la
magie de l’animation aux prises de vue réelles,
avec sa patte si caractéristique, nerveuse et naïve
à la fois.
C’est encore sous le charme du film
que Inter-activities a eu le plaisir de pouvoir en
discuter avec son directeur artistique, Patrice
Garcia, lors de l’avant-première toulonaise. Un
petit entretien pour un grand artiste à l’origine
des Minimoys…
Quelles sont les origines d’Arthur
et les Minimoys ?
Patrice
GARCIA) A l’origine, Arthur, c’était un recueil de
lettres d’amour écrites par Céline Garcia, avec des
images de petits lutins. Céline a inventé toute cette
histoire à partir de souvenirs de son enfance, de
parents, d’amis, de voisins. En fait, monsieur
Davido, c’était un voisin qu’on avait à l’époque, et
Bétamèche s’appelle en réalité Julien, un petit
garçon de cinq ans aujourd’hui, etc. L’histoire
existait donc avant qu’on propose ce livre de lettres
d’amour. Et c’est en les lisant que Luc et la maison
d’édition d’Europa, Intervista, nous ont proposé d’en
faire un film. Un pilote a été alors fabriqué pour
savoir si le projet était envisageable, et combien ça
allait coûter. Tout est aussi parti de petites photos
faites dans mon jardin avec des personnages en papier
découpé posés dans l’herbe, photographiés et
retravaillés avec Photoshop. Comme vous le voyez, ce
grand projet est né de toutes petites choses…

Comment s’est passée la rencontre
entre Luc Besson et les Minimoys ?
En fait, quand Besson a vu les images,
il a adoré le tout premier personnage d’Arthur.
C’était pourtant une toute petite aquarelle sur
papier, un peu mal foutue –et ce devait être pourtant
la couverture des premiers livres. Ce petit
personnage lui a plu, a évoqué chez lui quelque chose
de tendre.. dans ce monde de brutes. Il a donc flashé
et c’est ainsi qu’il a pris le parti de dépenser un
peu d’argent pour voir si c’était faisable en film.
Je pense tout simplement qu’il a été touché par cet
univers, tout comme les gosses qui ont découvert les
premières couvertures de livres. A partir de là, Luc
a décidé, avec sa puissance de tir industrielle du
cinéma, de jouer le jeu. Les choix techniques du
pilote étaient complètement à l’opposé du résultat
final – vous le découvrirez probablement dans les
bonus du dvd-, mais cela a prouvé qu’une telle
approche, hybride, était tout à fait envisageable,
une 3D, certes, mais avec une patine intéressante à
mon goût.

Où avez-vous puisé votre inspiration
pour les personnages d’Arthur,
des minimoys aux séides ?
Dans les choix de départ, j’ai été
très inspiré par le travail de Patrick
Woodroffe,
un peintre anglais, qui avait travaillé sur ce
principe de petits bonhommes qu’il fabriquait et
qu’il mettait en situation pour un ouvrage qui
s’appelait
Hallelujah
Anyway
et j’avais trouvé cela intéressant. Ce fut ma
première source d’inspiration. Ensuite, j’ai vu des
films et j’ai lu des livres sur cet univers, ce monde
de féérie qui fait partie de ma culture et j’en ai
fait un mix. Quand on se retrouve à travailler sur un
projet comme celui-ci, on doit digérer beaucoup de
choses d’Europe de l’Est, de Bilal, etc, de sorte à
arriver à un univers cohérent, ayant une résonnance
pour chaque spectateur.

Pour le grand public,
Arthur a
tout d’abord été un succès d’édition.
En fait, le livre a été écrit
après
le scénario. Il y a d’abord eu un séquencier d’à peu
près 80 pages fourni par Céline Garcia, qui a été
livré après un long moment d’attente car c’était une
grosse machine qui devait être lancée. Luc a récupéré
ce séquencier, a écrit un scénario et suite à cela il
a écrit les deux premiers tomes d’Arthur
qui ont amené le film.
Quand on regarde les
couvertures des livres, on s’aperçoit que le design
des personnages a changé.
Ca a changé, ça a évolué. Certains
personnages ont été créés très vite, tandis qu’il a
fallu quatre ans pour Sélénia. Et ce n’est même pas
moi qui ait trouvé sa forme définitive, mais un des
membres de Buf. Cette Sélénia est vraiment une chipie
!

Le casting vocal du
film est très impressionnant.
C’était un véritable jouet pour Besson
et je crois qu’il s’est fait plaisir en travaillant
avec les artistes qui ont participé à cette croisade.
Le fait de faire appel à des stars pour le doublage
de dessins animés fait partie du système, et je crois
qu’il est parti de là pour pouvoir travailler avec
Bashung, Farmer, Lavoine… On aurait pu prendre
d’autres voix, mais c’était vraiment son désir de
faire ainsi.

L’histoire se déroule
aux Etats-Unis, dans le Connecticut. Pourquoi ce
choix pour un film imaginé en France ?
Je pense que
c’était un
choix de Luc de basculer tout cela vers les Etats
Unis. On a longtemps réfléchi pour savoir si on
restait en France ou pas. Mais vu qu’on travaillait
sur un produit destiné au marché international, il
valait mieux s’ouvrir cette porte vers l’Amérique,
sachant que les Américains sont très frileux par
rapport aux pays étrangers. Dans le même temps, je
sais que l’Amérique des années 50 amuse beaucoup Luc
Besson, et il a donc basculé du côté qui l’amusait.
Un film en 3D entièrement animé en
France: une première à souligner!
Oui, et c’est à espérer que cela se
reproduise. L’animation française, ce sont en général
de petites et moyennes productions. Quand on en
arrive à ce genre de choses, c’est du gros. On était
jamais allé là dans la production française de
l’animation. Besson et Europa ont mis tous leurs
moyens pour mener ce projet à bien. Tout le monde
était d’accord sur le fait que cela allait ouvrir des
portes à ce regard particulier qu’on a sur
l’animation en France. Il était très intéressant que
ce travail soit, au final, très respectable pour que
les gens puissent considérer l’animation française
comme un cinéma à part entière. Ce qu’on a pu
observer sur
Kirikou ou d’autres films. Notre démarche
n’avait rien de prétentieux du tout. C’était
simplement se dire qu’on pouvait aller encore plus
loin. Et Europa avait les capacités pour que ce
produit existe. C’est un rêve que le monde de la
production puisse voir l’animation sous un autre
angle. L’animation japonaise ou américaine, c’est
très bien, mais il y a l’Europe…Europa.

Une animation produite par la société
Buf Compagnie, à qui l’on doit également l’animation
de Silent Hill
et The Prestige.
Buf Compagnie, c’est la société qui
s’est occupée de finaliser toute la partie Minimoys,
mais aussi toute la partie live du film, avec les
comédiens, qui a subi un traitement numérique. C’est
eux qui ont modélisé, refabriqué les décors en 3D et
animé. C’était un travail énorme avec des centaines
de personnes. Les gens de Buf et Compagnie ont été
exemplaires et ont beaucoup donné sur cette
production. Nous avons eu plus de 100 graphistes à
l’ouvrage, et cela a beaucoup tourné car les gens se
sont épuisés et ils ont été obligés de les changer.

Quels furent vos choix
artistiques quant à la technique d’animation utilisée
?
En fait, je ne voulais pas qu’il y ait
de motion capture car c’est lourd à récupérer comme
information. L’idéal s’est révélé être de tourner
d’abord avec des comédiens. D’entrée, c’était
positionné comme cela, y compris sur le pilote. Nous
voulions que des comédiens qui insufflent le jeu, les
mimiques, des petites finesses afin de faciliter le
travail de l’animateur qui se retrouve confronté
sinon à un exercice purement technique. Il fallait
donc qu’on nourrisse les animateurs. On a filmé des
acteurs sur un grand plateau, cadrés comme les
personnages allaient apparaître à l’écran. Et sur
leurs ordinateurs, les gens qui faisaient la 3D
repassaient ce film en petit sur leur écran, et à
côté, ils redessinaient à leur manière les mouvements
et les attitudes des comédiens.
Comme les Disney des
années 50…
Exactement. Et ça nourrit l’animateur
qui se passe sa scène en continu et ne fait
qu’accentuer tel ou tel trait. On a aussi fait cela
pour gagner du temps parce que si on laissait les
animateurs dans une sorte de création dans le jeu,
cela aurait été beaucoup plus long. Il a donc fallu
canaliser les équipes techniques pour qu’elles soient
sur la même longueur d’onde.

A quels logiciels avez vous
fait appel pour l'animation 3D?
Ce ne sont que des logiciels maison
qui ont été utilisés pour ce film.
Arthur,
c'est une saga en quatre tomes dont deux seulement
ont été portés à ce jourà l'écran. Peut-on espérer
une suite?
Il y aura une suite, normalement.
Besson vient de l’annoncer. Et sa fabrication est
sensée commencer l’année qui vient. Deux autres films
normalement.
Arthur et les Minimoys
a mis cinq ans pour voir le jour. Devra-t-on attendre
autant ?
Non, parce que tout ce qui a pris
beaucoup de temps à être fabriqué est là dans les
ordinateurs ce qui va réduire le temps de
fabrication.
Merci à Roselyne, Patrice & Alain