Il y a une légende qui raconte qu'il
y a bien longtemps, dans l'ombre d'un monde
fantastique, une Fée donna naissance en quelques
coups de baguette magique à un petit garçon nommé
Arthur et à une princesse, Sélénia. Nous avons, par
magie et par enchantement pu parler avec cette Fée.
Elle s'appelle Céline Garcia, et nous sommes tombés
sous le charme de sa candeur. Elle est
co-scénariste et inspiratrice de l’histoire
d’Arthur Et Les Minimoys. Plasticienne, Céline
collabore depuis une vingtaine d’années avec son
époux Patrice.Cet entretien fut un rare et touchant
moment d'émotions, et nous souhaitons le partager
avec vous...

Céline, pouvez-vous nous parler de
votre parcours ?
J’ai commencé en tant que scénariste dans la BD
avec Patrice. Il faut dire que nous avons presque
toujours travaillé à deux. Ensuite, nous avons eu
un petit garçon, Gabriel. Puis j’ai repris mes
études aux Beaux-Arts et depuis je suis
plasticienne. Et au gré de nos différents projets
communs à Patrice et à moi, nous en sommes venus à
Arthur.
Quel est votre univers ?
Mon univers, c’est plutôt le monde
souterrain des lutins, des fées, des trolls. J’ai
une grande admiration pour toute cette mythologie
qui me parle plus que la science fiction par
exemple. C’est la raison pour laquelle je ne
participe pour ainsi dire pas aux projets SF de
Patrice car c’est un univers que je n’arrive pas
saisir. J’adore les films comme Star Wars et Alien,
mais je suis totalement incapable d’écrire sur ces
sujets-là car je n’ai pas cette fibre. Je suis
plutôt du côté terrien, ancré, et plus dans le
passé que dans le futur. Et puis, j’ai la chance
d’avoir gardé un regard d’enfant, ce qui fait que
j’aime raconter des histoires de nounours, de
poupées, etc… Mon univers à moi, c’est donc plus
l’univers de l’enfance avec tout le côté
merveilleux que cela peut sous-entendre. J’ai du
mal à rentrer dans des choses un peu plus sombres.
Du projet initial de lettres d’amour au
film, quelle a été votre implication dans
l’aventure d’Arthur ?
C’est moi qui avait écrit ces lettres que nous
avons proposées. C’était une envie, au travers de
l’univers créé par Patrice, avec ces petits êtres
dans le jardin, de raconter de mini-histoires sous
forme de lettre d’amour autour de ces petits
personnages. Et lorsque nous avons proposé cela à
Intervista, Pascal Parisiot, qui dirige cette
maison d’édition, a montré ce livre à Luc qui a
tout de suite eu un flash sur les personnages de
Patrice. Il nous a demandé de venir le rencontrer
et nous a dit qu’il avait envie d’en faire un film.
A nous, alors, de lui raconter une histoire. On est
rentré à la maison un peu secoué par la proposition
car on ne s’attendait pas du tout à cela. «
Qu’est-ce qui nous tombe sur la tête ? » C’était
terrible sur le moment car on se demande si on est
à la hauteur de cela. Et finalement on s’est dit :
« qu’est-ce qu’on risque à proposer une histoire.
Si elle plaît à Luc, tant mieux, sinon tant pis. »
C’est donc ce que j’ai fait. J’ai repris un
personnage d’une histoire que j’avais écrite et je
l’ai développé autour d’Arthur. Mon travail par
rapport au film a donc été d’apporter un premier
jet, un premier séquencier avec Arthur, sa
grand-mère, une course au trésor à travers un
univers fantastique qui est celui des lutins. Il
est vrai qu’à l’époque ils ne s’appelaient pas les
Minimoys. C’est Luc qui les a appelés comme cela
car il voulait en faire une race bien déterminée.
Pour moi, au départ, ils n’avaient pas de nom.
C’était simplement le monde souterrain, avec une
quête plutôt souterraine elle-aussi, pour arriver
jusqu’au trésor. En en discutant avec Luc, il l’a
alors replacée à la surface, dans le jardin, alors
que moi j’étais dessous. Luc a aussi ajouté des
personnages qui lui tenaient à cœur. La rencontre
des deux a donné l’histoire que vous connaissez
aujourd’hui.

Chacun y a mis de sa propre vie, et de son
entourage. Patrice nous a parlé de Julien par
exemple.
C’est mon filleul, le fils de ma petite sœur. On
s’est toujours beaucoup inspiré de notre entourage le
plus proche pour nos projets. D’ailleurs, pour une
des BD de Patrice, les personnages étaient nos
parents et nous qu’on avait pris en photo et on
s’était éclaté à mettre nos visages dans la BD !
C’est notre façon de travailler.
Est-ce que Gabriel est présent ?
Absolument, car toutes ces lettres d’amour que j’ai
pu écrire au début s’adressaient à lui
essentiellement. Et lorsque j’ai repris Arthur, j’ai
tout simplement raconté ce que j’ai vécu au travers
de mon fils. La grand-mère, c’est la mienne. Et ce
petit garçon un peu introverti, un peu réveur, mais
aussi un peu casse-cou, aventurier, du genre « je
mets les mains dans la terre », c’est bien sûr
Gabriel. Je crois cependant que ce sont des traits
communs à pas mal de petits garçons qui ont la chance
de pouvoir jouer dans un jardin. Ils rentrent vite
crottés ! Mais Gabriel reste pour moi mon sujet de
prédilection.
Dans ces conditions, est-ce que Sélénia est
un personnage de votre entourage ou votre vision de
la princesse de conte de fée ?
Sélénia, c’est la princesse guerrière. C’est loin
d’être la princesse en robe brillante avec de jolis
diadèmes. Dans notre travail à Patrice et à moi, on a
toujours mis en scène des princesses plutôt
guerrières. Et c’est d’autant plus vrai que Sélénia
est en plus celle qui veut être plus forte que les
garçons. Mais cela, c’est plus un souvenir de ce que
j’ai vécu dans mon adolescence, mon côté un peu
garçon manqué. De tout manière, je crois que tous les
personnages que je travaille ou dont je parle sont en
lien direct avec ce que j’ai vécu, avec mon entourage
ou mes souvenirs. Ils viennent de ce qui m’amuse, ce
qui me fait rire, des amis de mon fils, qui viennent
à la maison, que je vois grandir et bouger. Tout cela
vient de mon observation. Sélénia, c’est aussi un
personnage que Luc a beaucoup aimé, auquel il s’est
énormément attaché et à qui il a donné une part de ce
qu’il connaît. Je crois savoir qu’il l’a fait
ressembler à l’une de ses filles. Cette histoire a
beaucoup parlé à notre côté papa-maman. Mon côté
maman a beaucoup parlé, mais je crois que cela a
réveillé en Luc ce côté-là, en plus de ses propres
souvenirs d’enfance. C’est cela qui est génial sur ce
projet !
Sélénia n’aurait-elle pas un petit côté
Leeloo, du Cinquième Element ?
Là, je ne m’avancerai pas car nous n’en
avons pas parlé avec Luc. C’est vrai qu’elle
ressemble d’une certaine façon à Leeloo, mais je
crois surtout qu’elle ressemble aux personnages
féminins de Luc en général, ces femmes battantes, ces
femmes d’apparence fragile, mais qui à l’intérieur
sont des guerrières. C’est un trait récurrent chez
ces héroïnes, féminines à l’extérieur, mais qui
bouent à l’intérieur. Pour moi, il y a du Leeloo dans
Sélénia, mais on peut y reconnaître du Nikita, et
même une forme de Jeanne d’Arc.
Comment se passe le travail en couple ?
Avec Patrice, c’est extraordinaire. On
s’apporte beaucoup. On a découvert au début de notre
rencontre qu’on avait beaucoup de choses en commun,
notamment au niveau de nos imaginaires, et depuis le
début, on se raconte des histoires tous les deux. Des
histoires de guerriers, de fées,… C’est d’ailleurs
comme cela que tout a commencé. J’avais 19 ans, on
est allé boire un thé près de chez nous et on a
commencé à se raconter l’histoire d’un lutin qui est
devenu le héro de notre première BD. C’est vrai qu’on
partage beaucoup de choses. Patrice me demande
souvent mon avis sur ce qu’il fait et vice versa.
Lorsque j’ai envie de raconter une histoire, je la
lui raconte à lui d’abord, et si elle lui plaît, si
elle le touche, pour moi, c’est déjà gagné. Si je
peux partager cela avec lui, c’est génial. Mais il
est vrai que travailler à deux ce n’est pas toujours
évident car on peut avoir l’impression que l’autre
vit des choses plus fortes que vous. C’est ainsi que
Patrice a été beaucoup plus présent que moi sur
Arthur, ce qui fait que je l’envie un peu. Mais en
même temps, il me ramenait des tas de choses et il me
racontait tout, ce qui fait que je n’étais jamais
bien loin.
Vous qui êtes à la fois scénariste et
plasticienne, qui êtes donc passée par toutes sortes
de formes d’expression, quel bilan tirez-vous de
cette énorme expérience cinématographique ?
C’est une question difficile. Cela m’a très
certainement ouvert de nouveaux horizons et m’a donné
envie d’aller plus loin. De continuer à raconter des
histoires et d’aller plus loin dans ce que j’aime
raconter. Cela m’a donné confiance, aussi. Mais la
chose qui m’a le plus touchée dans cette expérience,
ce sont les larmes de joie de ma sœur quand nous
sommes allés à l’avant-première de Toulon, le 10
décembre dernier. Il est vrai que j’ai beaucoup de
chance car Luc est certainement l’un des plus grands
réalisateurs qu’on ait en France, quelqu’un qui aime
prendre des risques, aller au delà de ce qui lui est
proposé et qu’il m’a fait confiance. J’en suis très
fière et je ne le renie absolument pas. Mais au-delà
de la rencontre et du partage avec Luc, ce qui
m’arrache une larme et un sourire à la fois, c’est ma
famille, ce qu’ils ressentent au travers de tout
cela, mon papa qui me prend dans ses bras, qui ne me
dit pas un mot tandis que je sais ce qu’il a dans son
cœur. C’est cela qui me pousse, qui me fait vivre.
C’est aussi mon fils, qui avait 9 ans quand on a
démarré, qui était un petit bout de chou, et qui en a
aujourd’hui 15, pour 1m 83 ! Lui qui me regarde avec
son air fier et qui me fait son sourire en coin de
l’air de dire : « c’est bien maman ».
Est-ce que cette expérience vous a donné
envie de travailler avec d’autres réalisateurs ?
Pour moi, rien n’est acquis. Je suis encore moins
sûre demain de refaire quelque chose car cette
proposition tenait déjà du miracle. Continuer le
rêve, ce serait continuer à raconter des histoires
pour le cinéma. J’espère qu’un jour quelqu’un aura
envie de faire appel à moi, mais je pense en même
temps avoir les pieds sur terre, et je me dis que
pour pouvoir continuer il faut se battre comme tout
le monde car c’est un milieu où il y a beaucoup de
gens de grand talent. Aujourd’hui, Arthur vit, Arthur
existe en dehors de moi, il fait le tour du monde, il
visite des pays où je n’irai jamais. Pour ma part, il
faut rester humble, rester zen.
Quelles autres personnalités pourraient
donner vie à votre univers ?
Je pense avant tout à Jean-Jacques Annaud. Rien que
de rencontrer un tel monsieur, ce serait déjà
extraordinaire ! Maintenant, seul lui pourrait me
dire si mon univers pourrait se rapprocher du sien.
Si je continue le rêve, après avoir travaillé avec
Luc Besson, travailler avec Jean-Jacques Annaud, ce
serait « voir Venise et mourir » ! Je ne sais pas si
j’aurais le courage de faire ce genre de chose, mais
qui ne risque rien n’a rien. On est toujours sûr du
non, le oui est un cadeau, un miracle.
Quel est LE Jean-Jacques Annaud qui vous a
touché ?
Le Jean-Jacques Annaud que j’aime, c’est celui qui
travaille le silence. Celui qui est capable de poser
sa caméra, de filmer et de nous faire rentrer dans un
univers sans qu’il y ait besoin de texte, de mot.
Celui qui est capable de nous prendre et de nous
transporter au travers de sa caméra dans un univers
unique. Prenez la Guerre du Feu : il prend le temps
d’observer, de s’arrêter sur les choses. C’est
fabuleux d’être capable de raconter des histoires au
travers du silence. Un silence qui n’est jamais
vraiment un silence, car on entend des bruits de
fond, on entend la vie autour. Mais il n’a pas besoin
de mots ou de grande phrase. J’admire cela. Il faut
être très fort pour raconter les choses sans les
dire.
Qu’aimeriez-vous lui dire si vous le
rencontriez ?
Ce serait « Merci ! ». Parce que c’est ce genre de
monsieur qui donne envie de raconter. Parce qu’il a
un univers, une narration et une façon de raconter
les choses qui sont d’une pureté et d’une clarté
indiscibles. Alors, oui, merci monsieur Annaud de
nous raconter sans nous dire !
Comment réagiriez vous face à lui ?
Rires. Je serais dans mes petits souliers. Si vous
voulez voir quand je me transforme en petite fille,
avec le rouge aux joues, les genoux qui tremblent,
les yeux baissés qui regardent par terre, ou en train
de chercher un endroit ou ficher le camp… Mais c’est
aussi de cette manière là que j’ai rencontré Luc
Besson. Avec les genoux qui tremblaient, je me
demandais : « Mon Dieu qu’est ce qu’il va me dire,
comment cela va se passer ? ». Alors on croise les
doigts en priant très très fort d’être à la hauteur…
Comment Luc Besson a-t-il réagi devant cette
émotion ?
C’est quelqu’un de génial à ce niveau-là. Il
a été très touché par mon émotion et m’a souri tout
de suite en me disant que tout allait bien se passer.
Ce n’est pas quelqu’un qui pourrait profiter de cette
situation d’intense émotion. Au contraire, il va être
à l’écoute et va vous rassurer. Vous avez
l’impression d’être en face d’une personne que vous
n’auriez jamais imaginé rencontrer, vous ne faites
que bafouiller, vous ne trouvez plus vos mots, vous
avez un QI de moule, et il rattrape très vite cela
presque en vous prenant la main et en vous disant que
tout va bien. Alors vous respirez et c’est génial :
tout se passe dans la douceur. Au-delà du projet,
vous partagez aussi un moment avec une personne
incroyable.
C’était à quelle occasion ?
C’était le jour où il nous avait donné
rendez-vous pour parler de ce fameux livre et de ce
que lui avait envie de faire exactement. On arrive là
en plus avec l’appréhension de ce qu’il pourrait vous
dire. Est-ce qu’il a aimé, est-ce qu’il n’a pas aimé?
Et en fait, c’est quelqu’un de très gentil ! Ca a
l’air idiot de dire que quelqu’un est gentil, mais
pas du tout. C’est quelqu’un d’accueillant et qui
vous écoute. Et même si ce que vous lui racontez ne
lui plaît pas, il ne va pas vous faire peur en tapant
du poing sur la table. Non, c’est quelqu’un qui ne
vous surprotège pas parce que vous êtes sensé être un
professionnel ou tout au moins un adulte. Mais il est
très respectueux et il ne vous enfoncera jamais un
couteau dans le cœur.