
Mathieu Venant a signé 2 tomes des BD de Chasseurs de Dragons, chez Delcourt et nous attendons impatiemment son troisième tome.

Mathieu VENANT, pouvez-vous vous présenter?
J'ai 39 ans et je suis né en Dordogne, à Bergerac...comme Cyrano.
Comment, et quand ont commencé votre passion et vos activités artistiques ?
Je n’ai pas arrêté de dessiner à l'âge où les gamins arrêtent. Je lisais des bd, comme Astérix ou Spirou, ce genre de trucs. Un jour je suis tombé sur Métal Hurlant, je ne sais plus comment, et sur L'Incal Noir de Moebius (les Humanoides Associés) en particulier. A travers Métal Hurlant, j'ai aimé la diversité des auteurs, et la bd de ce genre...Au passage, merci Métal Hurlant !

Quels sont vos goûts en matière de musique, animation, … ?
En musique, mes goûts sont plutôt variés, mais j’écoute plutôt du rock, voir du métal…En animation, les premiers Pixar, les Miyazaki et Ralph Bakshi, rien de bien original quoi.
Quel a été votre parcours (études, formations,…)
J'ai fait une école de pub, dont je tairai le nom, pour pas leur faire de pub. Ecole que j'ai quittée 3 mois avant le diplôme pour travailler dans la pub (3 semaines), puis dans la sérigraphie sur tee shirt. Un jour, une annonce dans un journal demandait des dessinateurs pour faire de l'animation. Et c'est comme ça que j'ai appris sur le tas...c'est le cas de le dire.
Comment décririez-vous votre personnalité ?
Je suis une tête de con.
Quelles sont les qualités indispensables pour exercer votre métier ?
Déjà il faut aimer la solitude...et avoir au moins une main.
Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui aimeraient travailler dans l’animation ?
Je ne suis pas assez sage pour donner des conseils.
D’où puisez-vous vos idées, inspirations ?
D'un peu partout, difficile à dire, des films bien sur, des navets américains…En fait j'en ai tellement bouffé que ça vient tout seul. J'ai du me transformer en navet moi aussi. Mais dans l'animation, avant le story board, pas mal de gens ont bossé le scénario, les personnages, les décors et les objets. Une bonne partie de l'inspiration vient de là. La musique aussi, est un puissant vecteur d'images pour moi.
Qui sont vos modèles, mentors, sources d’inspirations ?
Je n’ai pas vraiment de modèle. Franquin est là, je ne peux pas dire le contraire...Les cartoons de la Warner aussi bien sur ! Sinon, dans un autre registre, j'aime vraiment Torpedo, Jordi Bernet. J'aime beaucoup le dessin en noir et blanc, des auteurs comme Risso et Franck Miller.
Quels outils, quel matériel utilisez vous pour créer ? (Ordinateur, logiciels, papier / crayon…)
Je bosse à l'ancienne, moi, avec de vieux trucs qui s'appellent papier, pinceau et encre de chine....avec une touche de technologie ultra moderne, j'ai une table lumineuse.
CHASSEURS DE DRAGONS
Quand et comment êtes vous arrivé sur le projet CHASSEURS DE DRAGONS?
Quand, je ne m’en souviens plus, je n'ai pas la notion du temps. Plutôt comment, alors. J'avais travaillé sur la première saison des Chasseurs de Dragons, la série au story board. Artur Qwak et Guillaume Ivernel, quand ils ont cherché du monde pour leur film, ont regardé ce qui avait été fait sur la série. Ce que j'avais fait ne leur a pas déplu... Alors ils ont du se dire, aller on va se l'essayer celui là !
Comment s’est passée la rencontre avec Arthur Qwak, Guillaume Ivernel ?
Je connaissais Arthur Qwak depuis un moment à travers ses bd et les séries d'animation. J’avais travaillé avec Valérie Hadida sur la série. Alors que dire sans avoir l'air de faire du lèche bottes ? La rencontre, pour moi en tout cas fut ce que j'appelle une rencontre. Professionnellement, ils sont tous les trois parmi les plus doués que j'aie pu approcher.

Vous avez été story-boarder sur CDD. Arthur, et Guillaume avaient commencé le story-board. Pourquoi et comment avec vous pris le relais ? Qui vous a choisi pour cette fonction, pourquoi ?
Le story board sur un long métrage est un gros travail, en matière de volume, alors combiné a celui de réalisateur, il devient difficile de faire les deux dans le temps imparti. Arthur Qwak avait déjà fait une bonne partie du story board quand j'ai commencé, mais il leur fallait des bras pour faire ce qu'ils n’avaient plus le temps de faire. C'est eux qui m'on choisi...et parce que je suis docile et pas chiant.
Combien de temps avez-vous travaillé sur le story-board ?
Un peu plus de 4 mois je crois, toujours cette notion du temps.
Vous n’avez pas toujours été seul à faire ces dessins, qui vous a aidé ? Comment vous êtes vous réparti le travail ?
En plus de moi, d’autres gars ont été recrutés de force: Jean Marc Kissler, Philippe Leconte, Gille Cazaux... On avait chacun sa séquence que nous donnaient Arthur et Guillaume en fonction de nos affinités.

Pouvez-vous nous décrire une de vos journées de travail ?
Alors… J'essaye de me lever, une fois fait… Je bois un café… Et je m’y mets... Original, non ?
Vous n’aviez jamais travaillé sur un long métrage. Est-ce que cela vous a posé problème ?
Pas de problème particulier… A part, peut être…qu'ils m'ont martyrisé... 4 mois de travail pour pas plus de 10 minutes de film... Plus de la moitié des dessins et idées à la poubelle ! Ça c'est sur que ça t'apprend l'humilité.
Vous êtes vous adapté rapidement et facilement à ce travail, au sein de cette équipe ?
Adapté facilement au travail ? On ne peut pas dire ça. Il m'a fallut au moins un bon mois avant de pouvoir entrevoir ce que ce dragon à deux têtes de Qwak et Ivernel avait dans ses caboches. Déjà une ce n’est pas fastoche, alors deux ensembles, en même temps ! Curieusement, ces deux têtes n'ont tenu qu'un seul discours. Je les soupçonne d'être des clones.
Qu’avez-vous appris de cette expérience personnellement et professionnellement ?
Que c'est comme ça que je voudrais pouvoir toujours travailler...avec des gens motivés, qui savent ce qu’ils font et qui savent ce qu'ils veulent. Et professionnellement, au story board, si tu n’apprends rien au contact d'un gars comme Arthur Qwak et bien ou t'es bouché ou t'es Kubrick.

Quelle a été votre part de liberté, de créativité à ce poste sur le résultat final du film ? Avez-vous pu apporter des touches personnelles ? Avez-vous occupé d’autres fonctions que celle de story-boarder ? Avez-vous participé au scénario, au design?
Ma liberté était surtout visuelle, et sur le jeu des "acteurs"... Tout en gardant les directions du scénario, j'avais la possibilité de proposer tout un tas d'idées grotesques, pour tenter de soutirer un sourire à mes tortionnaires. Des gags, quoi. Sinon, non merci, je n'ai fait que du story board sur le film, ce qui n’est déjà pas si mal avec le recul.
Pouvez-vous nous décrire étape par étape la création d’une scène d’animation ?
D'abord, on est sensé lire le scénario, puis sensé regarder et s'imprégner des dessins préparatoires. Jusque là, facile. Ensuite les ennuis commencent... On fait ce qu'on appelle "un pré déc.", entendez un pré découpage, on met en gros les cadrages et les idées en place. Là, les réalisateurs te disent : « c'est très bien, mais...c'est pas du tout ce qu'on veut ». Alors tu recommences, et là, ils te disent : « c'est très bien, on va garder ce plan là » (sur 150) « mais le reste, ce n’est pas ce qu'on veut ». Et ainsi de suite, jusqu'à ce que, plan après plan, cela fasse une scène, ou que tu meures de désespoir.

Ensuite, si tu as survécu, on fait ce qu'on appelle "le cleannage", entendez mettre au propre, pour que tout le monde puissent lire le story board sans qu'on ait besoin d'expliquer ce qui se passe.
Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est un plan américain ?
Je suis un très mauvais élève théorique, je crois que c'est un cadrage au dessus de la ceinture. Quelle pudeur ces américains !
Comment sont ensuite utilisés vos story-boards par le reste de l’équipe ?
C'est comme un livre de cuisine en fait. C'est ce qui fait le lien entre l'équipe technique et ce que veulent les réalisateurs. Rien n'empêche de rajouter des composants dedans, mais la direction du plat est là.
Y a-t-il eu des scènes ou des personnages qui ont posés plus de problèmes que d’autres ?
Lesquels, pourquoi ?
Oh oui, les scènes que j'ai faites. Et parce que c'est moi qui les ai faites.

Pourrait-on envisager un Chasseurs de Dragons 2 ? En feriez-vous partie ?
Ah ça, ça ne dépend pas de moi. Mais dans les mêmes conditions, je suis partant pour un deuxième tour de manège. A croire que je suis maso !
Sur quels projets et avec qui aimeriez-vous travailler par la suite ?
Mes projets à moi bien sur, en BD, un bouquin aussi...et j'aimerais bien bosser sur un truc genre navet américain, avec de bonnes répliques, du rock, des flingues et des méchants trés cons et trés méchants. Mais ici, c'est la France. Pas de flingues, si tu fais pas trois gugusses qui se la racontent dans une cuisine parisienne ou une étude ethnologique sur le Club Med, et bien tu fais pas des masses de films.
Et avec qui ? J'ai le choix ? Alors, avec Kusturica, cela me plairait plutôt. Mais Chaplin n’arrête pas de me téléphoner de l'au delà. J'hésite encore... Et bien sur, les deux compères de Chasseurs de Dragons, je suis leur jouet de toute façon.
Et si vous étiez un chasseur de dragons ?...
Je ne serais pas un chasseur de dragons. Je serais un dragon.
Interview réalisée et publiée par Christine BLANC
Merci à Daphné Turquier - Editions Delcourt
Merci à M.B. pour son aide
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