|

|
|

|
|
|
|
|
|

|

|

|
|
|
|
|
|
|
|
- : : Nolween EAWY : : -
|
|
|
Que vous ayez
déjà lu du Nolween Eawy ou pas, vous allez découvrir une personnalité hors
norme. Car derrière les pages de ses recueils de nouvelles se cache une personne mystérieuse
à l'esprit torturé. Jeune écrivain
antillaise vivant en France, Nolween Eawy se livre sans langue de bois, au
travers de cette (psy)-e-interview.
Mais qui est
elle vraiment? Victime d'une enfance douloureuse, aujourd'hui elle est à la fois
mère attentionnée et adulte en souffrance.
Nolween Eawy,
une artiste qui se cherche? Peut être dans le registre de la peinture, comme
elle le déclare elle-même, c'est une artiste en devenir qui cherche la technique
et son propre style. Mais elle a déjà, au niveau de l'écriture, un style
bien affirmé, qui ne peut laisser indifférent. Déjà auteur de trois recueils de nouvelles,
le genre est parfois cru, glauque et malsain. Très souvent dérangeant, aussi.
Elle sait jouer sur les cordes sensibles de ses lecteurs, en créant un
univers sombre. Vérité ou fiction? Il est difficile pour le lecteur de faire la part des choses.
Et c'est justement ce qui déroute, ce qui met mal à l'aise. Qui est cette jeune
femme de trente ans, capable de semer le doute entre sa réalité et son imagination?
Son vécu et sa fiction? Car lorsqu'on connait la vérité, sa réalité, comment ne
pas ressentir ce profond sentiment de malaise? Nolween Eawy, ou plutôt, son
double, Marie Catherine Idel l'avoue, il y a une part de vécu dans ses récits.
Et cela ça fait froid dans le dos.
Vous
allez découvrir ou redécouvrir une, ou plutôt deux personnes. Marie Catherine et
Nolween. Une qui a souffert. L'autre pour qui aujourd'hui, la survie passe par la thérapie de l'écriture. Et c'est
aussi devenu une passion, au grand plaisir des fidèles fans.
L'interview est composée
dans sa première partie, d'une sélection de questions posées par les amis,
proches ou fans de Nolween Eawy. Merci pour leur implication et leur
soutien.
Laurent Luna
Quelles sont tes sources d'inspiration pour créer tes
récits ?
Tant de choses. Un fait
divers, une série télé, un rêve, un flash, un instant. Je ne cherche
jamais l’inspiration, elle vient à moi et devient au fil du temps une
histoire. Mes phobies sont aussi une source d’inspiration intarissable
car j’ai peur de tout (rires).
Charlotte Boyer
Si tu
n'avais le droit d'écrire plus qu'une seule nouvelle pour toute ta vie
(et rien d'autre !), quel serait le thème ? Et pourquoi pas, son titre ?
« La mort d’une inconnue»
serait un titre magnifique pour une belle fin. La fin d’une
schizophrénie, d’une dualité sans fin. J’ai créé un personnage
littéraire qui prend le pas sur tout le reste. Alors écrire une nouvelle
sur la mort de sa créatrice serait l’apogée de mon œuvre.
Edith Bonno
Tes
histoires ressortent-elles de ton imaginaire d'enfant ?
Absolument, en grand
partie. Ce n’est pas un hasard si je choisis des enfants comme
personnages principaux. Chacun d’eux est une part de moi et de mes
phobies. Une bonne part de ma réalité rejoint la fiction. Mes peurs sont
celles de mes personnages. Il y a des thèmes récurrents comme la peur du
noir, de l’inconnu, des autres ou de soi-même qui reviennent souvent.
Ecrire est une thérapie pour ne pas finir dingue.
Emilie Grenon
Pourquoi avoir choisi un
genre psychologique et noir comme style d'écriture ?
J’ai écrit sans me soucier du style littéraire. Les
critiques m’ont casés dans ce genre, comme d’autres me casent dans
l’horreur ou le fantastique. Je n’ai pas cherché à me donner un style
particulier. C’est ce genre qui ressort car je m’attache beaucoup à la
psychologie de mes personnages. Les lecteurs sont dans leurs pensées,
leurs tergiversations et élucubrations. La pensée humaine est sans
limite et surtout très effrayante. La noirceur va avec l’état d’esprit
de ma plume. Je ne sais pas écrire des choses joyeuses qui finissent
dans un rayon de soleil. Le monde va mal, ma plume se doit de l’écrire
tel quel.
As-tu déjà essayé ou prévu d'écrire dans
un tout autre genre?
As-tu songé à ou prévu d'adoucir ton style?
Ou au contraire de pousser l'horreur encore plus loin au fil du temps?
Tout cela à
la fois (rires). Changer de genre, pousser le vice au paroxysme. Un
écrivain qui ne fait pas d’expérience est un écrivain mort. Oser,
tenter, changer c’est tout cela la passion des mots. Je tente l’exercice
du roman actuellement avec difficulté. Passer du format court au long
est un labyrinthe rempli de pièges si on n’a pas de boussole. Je n’ai
aucune boussole. Je tente aussi de vaincre cette forme d’autocensure qui
me caractérise. Aller au-delà de mes propres peurs. La vérité sans
voilage par-dessus. Pour l’instant je piétine. Seul le temps décidera de
la direction à prendre.
Avec 3 livres de nouvelles, as tu eu des
difficultés pour te détacher de tes personnages? T’accompagnent-t-ils
toujours ou ont ils définitivement quitté ton esprit une fois sur le
papier?
Mes
personnages ne me quittent jamais. Ce ne sont pas des acteurs qu’on
renvoie chez eux une fois le film terminé. Ils sont mes créations, une
part de moi. Mes démons intérieurs. Mon enfer permanent. Mes pensées
obscures. Leurs inventer des histoires ne les fait pas disparaître bien
au contraire. Ils restent dans l’ombre à attendre leurs prochaines
aventures. Ce sont mes enfants. Une mère ne se débarrasse pas de ses
enfants. Elle les amadoue avec des bonbons au miel et ferme les yeux sur
leurs bêtises et atrocités.
Aglae De Saint Mars
Ta sista :) ! Est ce que un jour je
pourrai être le personnage d'un de tes livres ??
(Rires) Je
te reconnais bien là. Tu es la petite lumière de mon existence. Tu me
prouves que le monde n’est pas si affreux que cela. Tu es un ange
réincarné. Le mal n’existe pas chez toi. Je veux te tenir éloignée de
l’horreur qui m’entoure et de mes histoires. Te garder comme une bouffée
d’air frais. Une issue de secours. Le monde est laid et court à sa
perte, mais il existe des gens bien dans ce foutoir. Tu es un sacré
espoir pour l’humanité. Je ne te mettrais pas dans mes livres, parce que
je t’aime fort. Je ne voudrais pas t’écrire un malheur ou une vilaine
fin.

Astrid Desmarécaux
Moi, je suis impatiente de lire le
prochain Nolween Eawy car j'ai adoré tes deux bouquins ... c'est pour
quand ton prochain livre ???
Mon recueil
« Le père noël est mort » est d’hors et déjà disponible. C’est une
petite fierté de mon cru, pour vous faire patienter un peu. D’ailleurs,
après l’écriture de ma nouvelle « Noël acidulé », j’ai bien cru
abandonner ma plume. Cette nouvelle est au-delà de mes espérances. Le
genre d’histoire qu’on écrit qu’une seule fois dans une vie. Après un
coup de pied au derrière, je poursuis l’aventure et travaille sur un
autre recueil de nouvelles « Déjà vu ». Je donnerai ma version de ce
phénomène. L’impression d’avoir déjà vécu un moment, une discussion,
d’avoir déjà visité un lieu etc... Je travaille en parallèle sur mon
roman. Il s’agira d’une trilogie sur les disparitions de masses. La
théorie du complot me plaît beaucoup. Ce sera un travail de longue
haleine, donc je n’ai pas de date de sortie prévue. Tôt ou tard en tout
cas.
Christine Blanc
/ inter-activities
As-tu pensé que tes nouvelles puissent
être adaptées à la TV ou au cinéma? Aimerais-tu que cela arrive?
Oui et non.
Une dualité qui m’oppresse. Rester libre et indépendante. Ne pas avoir
de rêve littéraire. Ne pas rentrer dans le marketing à outrance et les
rêves de grandeur. Des gens me disent que j’ai une écriture américaine
faite pour la télé ou le cinéma. Un genre à la « Quatrième dimension »
et autres « contes de la crypte ». Alors je me dis parfois pourquoi
pas ? J’ai des amis metteurs en scène, cinéastes et même comédiens qui
ne demandent que cela. Mais je n’ose pas. Cette idée m’effraie trop pour
l’instant. La télé et le ciné ont le don d’anéantir une œuvre en
s’obstinant à la rendre tout public. Rares sont les films aussi bien que
leurs versions livres. Mais qui sait un jour … très vite ou jamais.
Tu as de multiples
activités. Peux- tu nous en parler ?
Je suis une
touche à tout. Je passe mon temps à espérer qu’après la mort, il existe
une façon de renaître pour tout recommencer autrement. Dans le doute, je
veux tout tenter et tout faire. Hélas, les journées ne durent que 24h et
le temps passe si vite. J’aurais voulu être infirmière, vétérinaire,
comédienne, peintre, guide touristique, scénariste, décoratrice et même
maître feng-shui (rires)…. Hélas, la vie nous demande de choisir. Alors
quitte à choisir, je prends la voie de l’art. L’écriture sous toutes ses
formes. J’ai une formation d’écrivain public et juridique, je veux me
spécialiser dans le secteur du conseil littéraire. Mais aussi faire des
ateliers d’écritures et des interventions dans les écoles,
bibliothèques, associations et maisons de retraite. L’art-thérapie me
plaît aussi beaucoup. La thérapie par les mots, le dessin ou le théâtre.
Je compte m’y intéresser dès l’an prochain. D’ailleurs, je compte bien
m’inscrire en atelier théâtre à la rentrée prochaine. Dépasser ma
solitude et ma timidité serait un vrai challenge. Je suis multi
facettes. Le théâtre est le meilleur endroit pour cela. Et enfin la
peinture. Pour l’instant, je me cherche encore dans ce domaine. J’ai
déjà fait quelques expos appréciées. Je me laisse encore une année pour
trouver mon style propre. Un style plus proche de mon univers
littéraire. Je suis aussi maman. Le plus beau métier du monde. Il me
faudra plusieurs vies pour venir à bout de mes projets.
Quelles difficultés
rencontres- tu dans ta vie d’artiste ?
Le temps
est mon premier ennemi. Un artiste a besoin de temps pour créer et se
faire connaître. Hors le temps est un sablier qui s’écoule trop vite. Je
vais avoir 30 ans et l’impression de n’avoir pas fait ce qu’il fallait.
Un compte à rebours est lancé et je ne parviens pas à le ralentir.
Comment arriver à mon but quand le temps joue contre moi ?
Dompter ma
créativité qui part dans tous les sens. Je n’arrive pas à me concentrer
sur quoi que ce soit. Je veux toujours me lancer d’autres projets et
idées. Finir les choses est un sacerdoce. Je suis ma propre ennemie.
S’adapter
aux lois du marketing. Un écrivain en promotion peut vite sombrer dans
la dépression tant les barrières sont nombreuses et les filons légions.
Le talent ne rentre pas en compte. Seuls les passe-droits et les
recommandations ont de la valeur. C’est désespérant. Etre lu est déjà
difficile, quand les professionnels du livre inventent des règles
pyramidales cela devient impossible. Entrer dans l’arène demande un
courage et une ténacité qui me font parfois défaut.
La dernière
difficulté est que je n’ai aucune confiance en mes capacités. Je suis
convaincu que je suis nulle dans tous les domaines. Si je n’avais pas
des gens qui me sortent de mes pensées sombres, je resterais dans mon
lit et n’en sortirais jamais. Difficile de convaincre les autres, quand
on n’y croit pas soit même.
Peux-tu nous parler de
ton parcours ? Etudes, formations, expériences ?
Mon
parcours est un cahot sans fin. Mon cv fait honte à l’ANPE. Il témoigne
d’une grande instabilité personnelle et professionnelle. Je suis passée
de la livraison de pizza à agent d’insertion en passant par secrétaire
médicale et animatrice commerciale. Moi j’appelle cela de la curiosité,
les autres nomment cela instabilité. J’ai abandonnée l’idée de me
trouver un travail de bureau comme tout le monde. Mes études sont un peu
plus linéaires. Des études de secrétariat, puis de droit, une session
journalistique et une spécialisation d’écrivain public. J’ai tout de
même étudié l’hôtellerie-restauration et l’éducation spécialisée. J’ai
réussis les concours en question, mais me suis désistée au début des
formations. Je sais vite quand je me trompe de voie. Cela m’évite de
perdre quelques années (rires). Au final, j’ai du créer mon entreprise
d’écrivain public. La France déteste les gens comme moi. Rester des
moutons sur une unique voie c’est tout ce qu’ils demandent. Moi je
prends des chemins multiples et me dédouble pour ne pas me perdre
(rires). Me mettre à mon compte est difficile, mais c’est un choix qui
me correspond.

Qu’est ce qui t’a
conduit à ce que tu es aujourd’hui ?
Ma mère à
fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Nos rapports conflictuels ont
donnés naissance à mon double écrivain. Les gens qui ont croisé ma route
et m’ont brisé aussi. Il faut se servir du malheur pour en faire quelque
chose de positif. Ou alors, reste l’option du cyanure ou de la
pendaison. Je choisis le positif. Après, d’autres ont connu bien plus de
malheurs que moi.
Comment s’organisent
tes journées de travail ?
Quel
travail ? Rien de ce que je fais n’est du travail. Dès lors que cela le
deviendra , j’arrêterai tout. Pour répondre, je suis désorganisée au
possible. Mais je gère très bien ce bordel apparent. En faisant tout au
dernier moment … mais bien (rires). Quand on est maman de deux petites
filles, gérer son temps est une utopie. On pioche du temps libre ici et
là. Il n’y a pas de miracle . Les mamans qui travaillent savent toujours
s’en sortir, je ne déroge pas à la règle. Je vénère mes week-ends tout
simplement. Je félicite l’invention du tableau liège et de l’agenda.
Mais surtout du pc. Je ne tiens pas à perdre mon temps en griffonnant
mes livres sur des bouts de papiers (rires). Je suis un écrivain moderne
qui sait ou ranger ses idées. Je pense néanmoins être un oiseau de nuit.
J’écris le plus souvent entre 23h et 4h du matin. Le seul moment où le
calme règne.

Ecoutes-tu de la
musique lors de tes activités artistiques ?
Non. Cela
surprend toujours les lecteurs, car j’ai pris l’habitude de mettre des
paroles de musique au début de mes nouvelles (ou des citations). Les
gens pensent que la musique m’accompagne. C’est faux. J’ai besoin d’un
silence absolu quand j’écris. Je mets ma musique à fond avant ou après.
Mais surtout pas pendant. Mais quand j’écris, je sais toujours quelle
chanson reflète l’ambiance du texte.
Qu'est ce que tu écoutes alors
à ces moments là ?
J’ai une
grande instabilité musicale (rires). Je suis antillaise vivant en
France. Cela met le bordel dans mes choix musicaux. Mais plus je
vieillis et plus je m’oriente vers la soul, la world music et le jazz.
Ayo, Sade, Corinne Bailey Rae et Nneka ont ma préférence. Le zouk est la
nostalgie de mon île. Je vais surprendre les lecteurs mais je n’écoute
guère de métal et de hard rock. Il est vrai que j’utilise beaucoup cette
musique en début de mes textes. Mais je n’ai aucun cd de ce genre (sauf
Korn qui est unique en son genre). Les paroles de ces musiques reflètent
bien mon univers littéraire, mais ne tournent pas dans ma radio. A vrai
dire ça me casse les oreilles (rires).
Quels sont tes goûts
en matière d’arts ?
Salvador
Dali met en peinture ma vision du monde. Pour cela, il a mon respect
éternel. Il sera toujours vivant à travers ses œuvres. Picasso est un
doux dingue comme je les aime. Les gens hors du temps, des modes et des
convenances, ont ma préférence.
As-tu des mentors,
muses ?
Stephen
King est mon mentor absolu. Ses livres ont changé ma vie tout
simplement. Nadine Monfils est une grande dame dans tous les sens du
terme. Une écrivaine qui m’a montré la voie. Et enfin Yoshvani Médina
est une sorte de mentor dans la passion de son art. Il donne tout pour
le théâtre. Il a une folie très vivante et communicative. Je voudrais
faire de même avec ma plume. Je ne devrais pas le citer car c’est mon
ex-beau frère ... mais c’est une belle rencontre. (Rires). N’allez pas
le lui dire!
Comment répartis-tu
tes diverses activités : écriture, peinture, promos…
Je ne
répartis pas, je m’y noie avec désespoir. Le temps encore une fois me
fait défaut. Je dois mettre de côté l’un pour me consacrer à l’autre. Un
numéro de jonglage épuisant. Au final, j’ai toujours l’impression de ne
pas faire assez. De ne jamais rien finir correctement.

Quel est le
commentaire de lecteur qui t’a le plus touché positivement ?
Le
commentaire d’Allan Dujiperou. Chroniqueur et critique littéraire pour
Fantastinet. Ma toute première critique d’un professionnel du livre. Je
m’attendais à une descente en flamme, mais pas du tout. Cela m’a permis
d’y croire et de persévérer. J’en ai pleuré de joie.
Et celui qui t’aurait
éventuellement blessé.
Je fuis les
forums littéraires depuis que des parasites aigris s’y installent et ne
trouvent rien d’autre à faire que de ruiner le travail des autres. La
qualité littéraire est subjective. Certains aiment et d’autres pas. Les
avis du genre « c’est de la merde, t’es nulle à chier, va te pendre
avec ton torchon » ne sont qu’agressions de lâches derrière leur pc qui
ont sûrement empêché les futurs Stephen King de venir à nous. J’enrage à
l’idée de savoir que de belles plumes ont tout abandonné à cause de ce
genre d’énergumène. J’en ai été victime et ai bien failli tout
abandonner. Mon torchon en question est une nouvelle qui a fini texte
gagnant d’un concours de jeunes auteurs. Le monde des écrivains est un
milieu de requin et pas seulement du côté des éditeurs. Il est difficile
d’y avancer sans armure et moyen de riposte. Pas étonnant que de jeunes
écrivains n’osent pas se faire lire de peur des représailles. La
critique est un art de vivre chez certains soit disant « bien-pensant».
La culture c’est comme la confiture, moins on en a et plus on l’étale.
Cela n’a jamais été aussi vrai. Zemmour et autre Naulleau représentent
bien cette nouvelle vague de médisants sans aucun respect du travail et
de l’effort. Le lynchage public peut anéantir un bon auteur. L’avis des
uns n’est pas celui de tous. J’en suis la preuve. Je suis encore là,
n’en déplaise à certains.

Nolween Eawy est ton
nom d’auteur. Pourquoi ne pas signer sous ton vrai nom ? Comment as-tu
choisi celui-ci ?
Marie-Catherine, de vrai prénom ne sait pas écrire et n’a aucun intérêt
littéraire. Elle est quelconque et personne ne la voit dans la rue. Elle
est la bienséance et le sourire hypocrite. La personne que la société
m’oblige à être pour respecter les convenances. Je devais devenir une
autre pour écrire. Laisser « l’autre » s’échapper pour m’exprimer. Nous
avons tous une face cachée. Nolween est la mienne. Nolween d’ailleurs
est le prénom de ma fille aînée. Un hommage et une façon de lui dire de
ne jamais finir comme moi. Elle ne doit pas se mentir en se regardant
dans le miroir. Moi, je me mens depuis trop longtemps et m’étouffe au
fil des ans. Eawy est le nom d’une forêt près de Rouen. Je passais
souvent à côté et m’imaginais m’y perdre sans espoir de retour. Les
forêts sont des lieux effrayants et magiques à la fois. Tout peut y
arriver. Cela résume bien Nolween Eawy. Je suis schizophrène comme tout
écrivain qui se respecte (rires). Si je dois n’en choisir qu’une,
Marie-Catherine ne me manquera aucunement.
Aimerais-tu être
quelqu’un d’autre ?
J’ai déjà
enclenché une réponse. J’aimerais faire disparaître Marie-Catherine
définitivement. D’ailleurs, il est écrit Nolween Eawy sur ma carte
d’identité et sur mes papiers administratifs et même sur ma boîte aux
lettres. Il n’y a que mon banquier qui ne veut rien savoir (rires).
Marie-Catherine est une accumulation d’erreurs et de mensonges. Nolween
Eawy est une accumulation de bienfaits. Une délivrance. Le choix est
vite fait. Ma mère m’en veut énormément d’ailleurs. Un déni de soi il
paraît. Je suis un régal pour les psychologues (rires). Tout
schizophrène doit bien se décider à n’être qu’une seule personne un
jour. Je choisis la plus intéressante des deux.
Comment t’es venue
cette activité d’écriture ?
Une
thérapie pour éviter l’asile d’aliéné. C’était écrire ou finir comme ma
mère. J’ai pris l’option de la survie. Il fallait trouver un moyen
d’évacuer le bordel dans ma tête. Quand je réalise les horreurs que
j’écris, je comprends que j’ai fait le meilleur choix.
Qu’est ce que cela
t’apporte ? Est-ce une passion, un besoin, un exutoire ?
Rien.
Triste à dire pour un écrivain. Je ne cherche pas la reconnaissance
absolue, ni le succès. Je veux juste me débarrasser d’un trop-plein de
déchets cérébraux. Les lecteurs récupèrent tout cela en me lisant. Ils
me disent que je leur permets d’évacuer leurs trop-pleins de
frustrations et de colère grâce à mes mots. Un échange de bons procédés.
Tout le monde est content.

Idem pour la
peinture ? Comment t’es venue cette activité ? Depuis quand est-ce une
passion ?
Je suis une
stressée de la vie. L’impatience me ronge. Il fallait une méthode pour
dompter ma concentration et mon impatience. La peinture me met rudement
à l’épreuve, cela m’enrage copieusement et c’est une bonne thérapie. Il
faut de la détermination, de la patience, être pointilleux. Tout ce que
je ne suis pas. C’est un travail différent de l’écriture. Contrairement
aux mots, aucune erreur n’est permise. Un mauvais coup de pinceau est
difficilement rattrapable. Ma sœur peint depuis des années et m’a
conseillée de tenter la peinture pour me calmer. Cela m’a vite
passionné. Quand je peins, le monde n’existe plus. Cela met mon cerveau
au repos et c’est tout ce que je demande (rires).
Comment définirais-tu
ton style d’écriture ?
Glauque,
sinistre, triste, nauséabond … croquant, acidulé et chocolaté. Tout
dépend si l’on voit le verre à moitié vide ou plein.
Et ton style de
peinture ?
Débutant,
laxiste, pas au point (rires). Mais je m’améliore. Dès que j’aurai
trouvé un style propre je ferai des étincelles.
Quel matériel
utilises-tu pour peindre ?
Un matériel
basique pour éviter de pleurer mes économies quand je gâche une toile.
Toiles en coton, peinture acrylique et fluo. Le matériel du peintre pas
certain de lui.
Combien de toiles
as-tu à ton actif ?
Une
quinzaine environ. Elles ont des styles très académiques et variés. Je
tâtonne, je tente, je teste … parfois ça plaît tant mieux. Une fois la
révélation trouvée, je peindrai jusqu'à ce que mort s’en suive.

En vends- tu souvent,
et dans quel cadre ? Expos, site internet, connaissances…
J’ai
commencé à faire connaître mon travail sur le web. Face à la qualité des
peintres qui se présentaient sur les mêmes sites, j’ai vite déprimé et
compris que j’avais encore du travail. En même temps, j’ai croisé aussi
des artistes reconnus qui peignaient des horreurs sans intérêt. L’art
est subjectif (rires). Une gérante de galerie d’art m’a proposé une expo
collective car finalement je n’étais pas si nulle et de fil en aiguille
j’ai continué les expos pour avoir les avis des passants. J’ai eu
quelques ventes. Mais j’ai décidé de prendre une année sabbatique pour
réellement faire des peintures qui me ressemblent et pas des essais à
l’aveuglette. Peut-être mettrais-je mes toiles en couverture de mes
livres un jour, afin d’être une artiste complète.
Que conseilles-tu aux
artistes en herbe qui comme toi cherchent à se faire connaître ?
Y croire
avant tout. Quand on débute c’est difficile de croire en la qualité de
son travail. On n’ose pas, on hésite. Il faut foncer et frapper à toutes
les portes, même celles qui semblent inaccessibles. Les autres y
croiront à notre place si nécessaire. Ne pas ménager ses efforts, car
sur le long terme cela finit par payer. Ne pas céder à l’épuisement et
au ras-le-bol. Ne pas s’effondrer au moindre échec. Demain sera un autre
jour. Ne pas trop en mettre sur vos épaules malgré tout. Petit à petit
l’oiseau fait son nid. Au fil du temps et des contacts les barrières
s’abaisseront. Seuls les plus tenaces parviennent au bout du chemin et
ils sont peu nombreux. Je ne sais pas si j’en ferai partie. Le long
terme n’est pas mon fort.
Tu ne caches pas trop
avoir une enfance qui a laissé des traces. Peux-tu, veux-tu nous en
parler ?
Je ne veux
pas blesser mon entourage qui ne se doute pas de l’ampleur de la
blessure. Ma vie privée est déjà étalée dans mes livres. Si on lit entre
les lignes, tout y est dit. Disons que mon enfance est semée d’abandon,
de violence, d’échecs et de tendances suicidaires. Je ne parviens pas à
crever l’abcès, mais j’ai pardonné à certains. La maturité fait voir les
choses autrement. Ceux qui vous font du mal ont eux aussi leurs démons
intérieurs. La rancœur mène trop vite à la tombe. De toute façon, j’ai
déjà tué tout ce petit monde dans mes histoires (sourire).
Quelle part de vécu et
de fiction y a-t-il au travers de tes livres ?
40% de
vécu, 30% de psychose et 30% de fiction. Un vrai folklore pour
psychiatres et asile de doux dingues. J’espère juste ne pas finir aussi
mal que mes personnages. Mes filles qui sont très équilibrées,
contrairement à moi, m’en préservent.
Quel est le profil de
tes lecteurs ?
Il y a six
mois, je t’aurais dit les 16- 25 ans. C’était ma cible lors de la
publication de mes ouvrages. Sur le terrain, je dirais plutôt de 13 à 25
ans et de 50 à 80 ans. Les trentenaires me détestent, je ne sais pas
pourquoi (rires). C’est peut-être le genre littéraire qui veut cela,
tout comme je n’explique pas pourquoi les personnes plus âgées adorent
me lire. Elles sont particulièrement intéressées par ma façon de
raconter la vie. Elles ont un rapport avec la mort très différent de la
notre. Une façon macabre et apaisante à la fois. Ils me disent souvent
« c’est tellement vrai ce que vous écrivez », c’est un public
exceptionnel. Il y a environ 80% de femmes qui me lisent. Il faut dire
que j’ai une façon très féminine d’écrire malgré l’horreur de mes
propos. Mes histoires sont très axées sur la violence envers les petites
filles et les femmes. Elles sont aussi des tortionnaires plus
redoutables que mes personnages masculins. Le public ressent sûrement
cela. Origine antillaise et française en majorité. En même temps, mes
champs de prospection s’arrêtent à ces nationalités (rires). Au niveau
des classes sociales, plutôt la classe moyenne, voire ouvrière. Je ne
sais pas pourquoi non plus. Il me faudrait un expert pour m’éclairer.
.jpg)
Avec qui aimerais-tu
travailler, quel serait le projet de tes rêves ?
Si j’avais
déjà la réponse, il ne me resterait plus qu’à graver moi-même ma pierre
tombale. Avoir un projet de fin de vie est sinistre je trouve. A quoi
bon continuer de vivre, s’il n’existe aucun autre objectif et but ? J’ai
des rêves par millier. Comme les enfants qui croient encore que tout est
possible. J’ai plein de rêves dans mes projets et pleins de projets dans
mes rêves. Je ne sais pas voir à long terme, c’est un vrai problème.
Sinon, à
plus court terme j’aimerais faire des ateliers d’écriture avec des
personnes âgées. Ce sont des personnes qui ont tant à transmettre, mais
personne ne prend la peine de les écouter. Moi, j’ai envie de le faire
et d’échanger à travers les mots. Avec un gros câlin à chacun à la fin,
afin de les remercier d’être là pour nous rappeler notre passé et notre
avenir.
Quels messages
cherches-tu à faire passer au travers de tes écrits ?
En fait,
chacun y voit un message personnel. Je fais remonter des choses enfouies
en chacun de nous. Leur dire que l’enfance est précieuse et que trop de
salops en abusent et l’anéantissent. Trop d’horreurs dans ce monde qui
ne laisse pas de place à l’innocence. Victime ou bourreau le monde n’est
pas fait pour eux. Je maintiens l’innocence de mes filles à tout prix.
Elles ont le temps de grandir et j’interdis à quiconque de les forcer à
aller trop vite. Elles croient au père noël et à la petite souris des
dents. Elles ont droit à l’erreur et aux bêtises de leur âge. La
recherche de la perfection chez nos enfants donnera les adultes déviants
de demain. Je suis bien placée pour le savoir.
As-tu envie de dire
quelque chose à ta famille, tes lecteurs, tes fans, ou au monde entier ?
Je vous
emmerde (rires). Plus sérieusement j’aurais des millions de choses à
dire. Parfois un simple merci suffit. Pour les autres qui se
reconnaîtront je vous emmerde et c’est sincère.
Son
site
http://nolween-eawy.com
Page Facebook:
http://www.facebook.com/pages/Ecrivain-Nolween-Eawy-Ecrivain-public-Maboitplumes/148148390997
|
|
|
-
: : Dernieres publications : : -
|
|
|
|
Les archives
|
|
|
|
|
|

|

|

|
|
|
|
|
|
|
|

|
|

|
|