
A Malaria, pays plongé dans la pluie et l'obscurité, les Inventions
Maléfiques assurent la prospérité, sous le règne autoritaire du roi Malbert.
Les inventeurs de ces Créations Maléfiques sont les Savants Fous, classe
dominante du pays. Ils sont aidés de leurs assistants, les Igors, de
malheureux bossus dont le destin est d'obéir.
Notre Igor, un Igor pas tout à fait comme les autres, poursuit un rêve :
devenir lui-même un grand Savant Fou. Dans ce but, il se livre à de
clandestines expériences dans le laboratoire de son maître, entouré de ses
deux compères : Formolo, un cerveau en bocal plein d'idées farfelues, et
Rapidos, un lapin immortel et déjanté.
Cette année, à la Grande Foire des Sciences du Mal, Igor compte bien rafler le
Grand Prix qui lui permettrait de s'émanciper et, qui sait, de conquérir la
femme de ses rêves, Heidi. Parviendra-t-il à affronter son destin ? Et surtout
découvrira-t-il sa nature profonde, celle qui pourra tout changer pour lui,
pour ses amis et pour le Royaume de Malaria ?

Il n'y a pas que les grands artistes amériacains qui enchainent à tour de bras les succès! A peine terminée la Série et le film "Chasseurs de Dragons", Valérie HADIDA enfile son costume et s'équipe de son matériel pour donner naissance à un inventeur créateur de créatures, IGOR le plus fort de tous les inventors! Elle aura crée pour ce long métrage pas moins de 110 personnages, en qualité de "character-designer"!

Valérie HADIDA
Comment est-ce que vous êtes arrivée sur « Igor » ? Vous avez commencé à travailler sur « Igor » en même temps que « Chasseurs de Dragons », ou ça s'est enchaîné ?
Ah non, non, c'était après ; en fait, je démarrais la deuxième saison de « Chasseurs de Dragons » la série, c’était après le long métrage, j'enchainais sur la série quand on m'a appelée chez Sparx pour me proposer de rencontrer les producteurs américains : Tony Leondis, le réalisateur ; donc j'ai débarqué avec mon book et mes images de dragons, et en fait, voilà, c'est à partir de là, ils m'ont sélectionnée et j'ai commencé quelques jours après.
Donc vous avez enchaîné « Chasseurs de Dragons » avec « Igor ». Entre « Chasseurs de Dragons » et « Igor », est-ce que vous pouvez nous dire en quoi vos fonctions ont changé ou sont restées les mêmes ? De quoi vous avez été chargée sur « Igor » ?
En fait, sur « Chasseurs de Dragons », c'est un projet qui me tenait à cœur depuis dix ans, donc j'ai pu peaufiner les personnages petit à petit ; sur « Igor », au bout d'un mois on devait déjà trouver le style de l'image ; ça a été très rapide, le démarrage. On a tous travaillé sur les chapeaux de roues dès le démarrage, parce que la 3D a voulu enchaîner très vite. Donc ça n'a pas été les mêmes conditions de travail, mais sinon ça a été vraiment une super expérience. Il n'y a pas plus ou moins, c'était deux expériences différentes, mais vraiment très bien, quoi.

Différentes dans la manière d'approche ? Est-ce que vous avez fait aussi des sculptures ?
Oui, oui, oui. En fait, j'ai travaillé les personnages principaux en amont, pour aider le réalisateur et la production à valider les personnages, pour les conforter dans leur idée, j'ai proposé de faire des sculptures de « Igor » et de « Violette », et donc j'ai fait deux sculptures pour ces personnages là. Pour les autres non, mais c'est vrai que là aussi j'ai sculpté un peu pour approfondir un peu le sujet.
Est-ce que vous pensez qu'il y a des améliorations entre « Chasseurs de Dragons » et « Igor » ? Est-ce que vous, vous avez progressé, est-ce que vous avez pu apporter des choses au niveau technologique, plus poussées que pour « Chasseurs de Dragons » ?
Non, par rapport à « Chasseurs de Dragons », je n'ai pas vu une évolution ; c'est dans la même configuration, le même principe technologique. En plus, c'est vrai que moi, volontairement, sur les deux cas j'ai énormément évité par exemple les cheveux. Je sais que j'ai un vrai problème en 3D avec les cheveux, et c'est vrai qu'à chaque fois je m'arrange pour qu'ils soient très laqués ou très tenus ; il n'y a pas de cheveux libres. C'était le même principe, sauf que pour « Chasseurs de Dragons » c'était plus réaliste au niveau du rendu et de la texture ; pour « Igor », c'était un style un peu plus marionnettes. Nous nous sommes beaucoup appuyés sur les costumes, aussi. C'est la grosse différence de mon travail par rapport à « Chasseurs de Dragons », c'est que là, j'avais un travail de stylisme énorme sur les personnages principaux, puisqu'ils changeaient de costumes. C'était super intéressant d'y aller par ce biais là, aussi.

À travers les costumes, je crois que vous avez essayé de transcrire la « personnalité » des personnages ; vous pouvez nous donner un ou deux exemples de texture ou de style vestimentaire, et ce que vous avez voulu apporter par rapport à ces personnages ?
En fait, par exemple, « Igor », tout au long du film, c'est un personnage qui évolue : il est en bas de l'échelle, il est en noir ; ensuite, petit à petit il rencontre des gens. Il a à chaque fois un costume différent– à la fin il finit en président, donc il a un costume queue-de-pie, il est beaucoup plus riche et plus richement habillé. Donc à chaque fois, cela ponctue chez lui un renouvellement ou une évolution, un changement de personnalité, aussi. Ça fait partie aussi du personnage dans son évolution. Par contre, « Eva » », par exemple, a elle aussi différents costumes parce que, à la base elle est pauvre, c'est une robe créée par « Igor », et ensuite elle s'habille bien, elle est belle, on lui fait une robe longue sur mesure avec une manche plus large que l'autre, c'est plus apprêté, et puis à la fin elle a son costume d’ « Annie », où elle devient un monstre, mais elle est plus rayonnante et de plus en plus. Ça suit son évolution également. Pareil pour les autres personnages, à chaque fois il y a quelque chose qui les amène dans une autre direction, d'un autre comportement. Donc c'est très représentatif, les costumes, sur les personnages.
Le travail sur la lumière a été très important aussi?
Oui, complètement, oui. Cela fait partie intégrante de l’évolution des personnages.
On reste sur du design un peu sombre voir gothique, comme dans « Chasseurs de Dragons ». C'est vous qui amenez cet aspect stylistique là dans le film ?
En fait c'est un choix aussi du scenario. C'est à dire que je travaille sur des scénarios qui me plaisent bien et qui sont de cet ordre-là. Sur « Chasseurs de Dragons », on avait pris une piste un peu paysanne et en même temps assez asiatique, mais il n'est rien de très marqué stylistiquement. C'était vraiment un costume adapté au personnage, par rapport à leur symbole dans l'histoire. Sur « Igor », par contre, tout est créé dans une ambiance sombre. L'histoire est à la base quelque chose de sombre, mais par contre les costumes il fallait amener quelque chose d'humoristique, souligner un trait de caractère... Le stylisme, dans « Igor », est beaucoup plus important ; quant à la démonstration théâtrale des personnages elle est plus développée que dans « Chasseurs de Dragons ».
J'ai trouvé aussi des similitudes avec « L'étrange Noël de Mister Jack ». Eva ressemble un peu à Sally, avec ses coutures, ses cicatrices ; il y a une analogie entre le Docteur Flinkenstein, dans « L'étrange Noël de Mister Jack », et le Docteur Glikenstein. Il y a aussi tout ce côté sombre...
Dans le film de Tim Burton, Jack, c'est vraiment un personnage emblématique des films noirs, des films d'horreur « Frankenstein », et donc c'est « puisé » dans les mêmes bases, on va dire. Mais l'histoire est très, très différente. Moi, j'ai personnellement essayé de me distinguer de Tim Burton, que j'admire profondément, et c'est vrai qu'on voulait faire quelque chose de différent. En même temps, une femme recousue de toutes pièces, ce n’est pas forcément évident de voir une différence. Mais là, pour le coup, elle était complètement dépareillée dans le corps : elle a un gros bras et un petit bras, elle est disproportionnée, et je trouvais que l'allure était très différente – elle ressemble plus à une poupée de chiffons que le « L’Etrange Noël de Mister Jack » qui ressemble plus à une Barby. Elle est très belle Sally, elle pourrait très bien ne pas avoir de coutures.

Comment avez-vous fait pour ne pas trop tomber dans l'horreur, le gothique ? Pour que le film soit adapté aux enfants, c'est un film qui flirte un peu sur ces limites ? Comment avez-vous fait pour que le film soit visible par des enfants malgré cet univers sombre ?
En fait, ça a été l'enjeu, je pense, pour le réalisateur et le directeur artistique, c'est que ils voulaient une histoire assez comique dans une noirceur totale. Et en fait, justement, tout contrairement à Tim Burton, tout est en lumières, en couleurs. Il y a beaucoup de couleurs, dans ce film, beaucoup de clarté dans la nuit. Il y a beaucoup de fuchsia, de couleurs vives dans la nuit. Tout est éclairé, c'est assez gai, dans un contexte pas forcément gai. Je pense que ça convient autant aux petits qu'aux grands, c'est vraiment un film tout public.

On parle déjà d'une suite, « Igor 2 » ; est-ce que vous en seriez ?
Pour l'instant je ne vois pas comment cela pourrait se faire, vu que SPARX a fermé, donc je n’ai pas forcément les mêmes sources que vous...
Cela a été dit dans une interview par Tony Leondis sur Internet.
Alors moi j'adorerais, personnellement, je crois qu'on serait tous partants pour un deuxième « Igor ».
Quels souvenirs gardez-vous de cette expérience ?
Des super souvenirs. Une équipe très soudée, une équipe américaine pleine d'entrain, ils sont très stimulants au travail, et ils sont très professionnels, ils positivent beaucoup de choses, c'est vraiment un très bon contexte pour travailler.

Ça vous a donc apporté autre chose que « Chasseurs de Dragons », de travailler avec des Américains ?
Oui, complètement, parce que « Chasseurs de Dragons », comme je l'ai dit, c'est un contexte très long et très difficile voir douloureux. Même si on a été super contents de le faire, ça a été très difficile, alors que pour «Igor » je n'ai ressenti aucune douleur dans le processus à mon stade – dans le démarrage, ça a été beaucoup plus fluide...
Est-ce que vous avez un mot à nous dire sur la musique d'« Igor » ?
J'ai été surprise de découvrir la musique quand j'ai vu le film, j'étais super contente qu'ils du Jazz dès le démarrage. Je suis assez contente. Ça rend vachement bien, je trouve.

Vous connaissiez déjà le compositeur, Patrick Doyle?
Non pas encore.
Et par rapport à studios Disney, Pixar, DreamWorks, ou Blue Sky, vous restez toujours sur une méthode de travail à la française, ou vous avez du utilier des techniques plus internationales, plus poussées ?
Dans mes deux expériences, ce qui a plus surtout aux Américains, c'est que j'ai travaillé vite et bien. Aux États-Unis, que ce soit pour un Pixar, un film Disney ou autre, les temps de travail sont très différents ; ils ont un développement beaucoup plus long, qui peut s'étaler sur un an, voire deux ans et même plus. Nous on a dû faire ça très, très vite, dans des conditions de série télé, mais par contre je pense qu'ils sont venus aussi chercher cette « french touch » dans ce sens-là, aussi. C'est des idées nouvelles et beaucoup plus rapides à venir. C’est en tout cas mon sentiment.
Quand vous dites « très, très vite », vous aviez combien de temps pour travailler sur « Igor » ? Vous avez commencé et terminé quand ?
J'ai commencé en octobre et j'ai fini en mars ; donc ça fait à peu près cinq ou six mois. Il y a eu 110 personnages, plus la supervision des modèles 3D de ces personnages.
Vous n'êtes donc pas allée jusqu'au bout du processus qui s'est terminé en juin ?
A la supervision des personnages, si. Après, le texturing, tout ce qui est rajouts sur les personnages, non. Ça, après, c'est le directeur artistique qui suit jusqu'au bout, jusqu'à la fin du film, il suit le processus. Moi j'ai été en amont, et en général on ne reste pas, on n'est pas engagé sur toute la longueur du projet.
Avez-vous déjà un prochain contrat ?
Non, pas encore. Pour l'instant, j'ai fait des développements de projets de séries, de la pub.

Si vous pouviez choisir votre prochain projet, ça serait avec qui et sur quoi ? (Dans vos rêves les plus fous !)
Dans l'idéal, soit un nouveau scénario avec un projet peut-être plus adulte, avec des personnages plus semi réalistes. Sinon, j'adorerais retravailler avec Guillaume Ivernel et Arthur Qwak. Tout ça, ça me convient ; je n'ai pas un seul rêve, je peux en avoir plusieurs.
Vous m'avez parlé de la fermeture des studios ; c'est Sparx qui ferme, c'est ça ?
Je crois qu'ils ont déjà fermé. Malheureusement, toute l'équipe est éparpillée dans différents studios, maintenant.
Et si DreamWorks ou Pixar ou Disney vous contactait pour un autre projet, vous seriez partante ?
Oui, mais tout dépend du contexte, des scénarios.
Quels critères faudrait-il que le scénario remplisse pour vous convenir ?
Déjà, un truc nouveau, qui amène une nouvelle image au dessin animé ; un réalisateur qui a un sens de l'image, qui veut aller plus loin. Que ce soit en France, aux Etats-Unis ou ailleurs, on a envie, chaque fois, de monter d'un cran ou d'avoir un challenge différent.
La 3D relief, par exemple ?
Oui pourquoi pas, bien que pour moi cela ne change pas grand-chose. Déjà sur « Chasseurs de Dragons », on aurait pu faire du relief si on avait été informé plus en amont. Au niveau de mon travail, c’était déjà bon.
Interview réalisée et publiée par Christine BLANC - Tous droits réservés
Merci à Bénédicte DUBOIS, encore mieux que parfaite!
Merci à Toi Vincent, pour la transcription, je ne t'oublie pas... Mon coeur non plus. Bien au contraire...
