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- : :  Tristan ROULOT - Scénariste des GOBLIN'S : : -

 


          
 
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Monsieur Tristan ROULOT bonjour et merci d’avoir accepté cette interview.

Mais c’est moi !

Depuis quand avez-vous pris conscience de votre passion pour l’art de la BD ? Comment cette vocation s’est elle déclenchée ?

Fin de licence de droit. Ca faisait déjà un bout de temps que je cherchais une vocation quelconque… et un bout de temps que je lisais de la bd. Mon premier scénario s’est construit très vite, en revenant de la fac à vélo. C’était un tissu de poncifs, mais j’en avais pas conscience, Angoulême allait trembler sur ses bases ! Il m’a fallu encore deux ans avant de me lancer, en découvrant ce métier tout en terminant mon cursus.

 

 

Pourquoi avoir choisi ces études que vous semblez désormais regretter ? Quel est l’influence de votre famille dans ces choix d’orientations ?

Ah non, mais aucun regret, j’aurais rien pu faire de mieux à l’époque ! D’ailleurs, ma famille m’a toujours laissé faire ce que je voulais… le souci étant que je ne voulais rien. J’étais plutôt un garçon mélancolique et lymphatique, du genre à passer ses journées à écouter The Cure, je couvais sans doute une bonne dépression en fait. À la sortie du bac, j’ai hésité entre philo et droit, j’ai pris celle où il y avait des débouchés. Et puis, c’était une matière dont j’attendais beaucoup, que j’imaginais très chevaleresque. En fait, on te demande juste d’apprendre des pavés de 800-900 pages écrits tout petit et de les recracher par cœur. Grosse déception sur le moment. Néanmoins ce que j’ai appris durant toutes ces années me sert encore aujourd’hui. Le droit, c’est l’arme blanche du XXème siècle (avec son corollaire : le recommandé avec accusé de réception).

Vous êtes journaliste depuis 8 ans désormais. Pouvez-vous nous en dire plus ? Pour qui et sur quoi travaillez-vous ?

Pfou ! Des tas de trucs, ça va des nouvelles technologies à l’histoire, en passant par les magazines pour enfant et la vulgarisation scientifique, et pas mal de critiques de jeux vidéos... En ce moment je bosse aussi pour des magazines de hack, mais chtttt !  Les enfants, si vous lisez ça, hacker, c’est mal, les gens qui font ça vont en prison avec 300.000 euros d’amende !

Entre le journalisme et la BD que préférez-vous ?

Ah non mais rien à voir, d’un coté il y a un travail, certes intéressant et rémunérateur, de l’autre une passion.

Comment organisez vous une journée de travail de journaliste et une journée de travail de scénariste ? Comment conciliez-vous les 2 ?

C’est un problème que je n’ai clairement pas résolu. Je vis dans une barque pleine de trous et je passe mes journées à écoper.

 Vous êtes scénariste depuis les débuts des Goblin’s. Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs en quoi consistent les fonctions d’un scénariste ?

Tout d’abord, avoir des idées : c’est la partie la plus terrifiante. Ensuite trouver le meilleur moyen de les transmettre, de les raconter. À mon sens, le métier de scénariste est à la croisée de celui d’architecte et de conteur, on trace des plans, mais au lieu de le faire pour construire une maison, il  va s’agir de raconter une histoire.

 

 

Comment sont nés les Goblin’s ? Comment a commencé cette aventure ?

Une idée, un jour, dans l’avion : un village de goblins qui se faisait détruire à chaque fin de page et qui tentait chaque fois de s’en sortir. Une sorte de bip bip et le coyote, version heroic fantasy. J’ai aussitôt griffonné une dizaine de petites histoires stupides et le concept n’a pas évolué depuis, ce qui n’est pas le cas des gags, heureusement.

Pouvez vous nous parler de votre relation à Tolkien, à cet univers d’Orques, nains, Goblin’s, humains, Hobbits et  autres créatures ?

J’ai découvert Tolkien complètement par hasard, vers 12-13 ans, je devais être en vacances en Bretagne, il pleuvait depuis des jours, un genre de crachin qui rend humide jusqu’à l’intérieur de ton lit, bref la Bretagne. Mes journées oscillaient entre manger des corn flakes au Banania, lire des magazines « Tintin » (ils en offraient 2 au marché pour l’achat d’un Ouest France) et dormir, quelque chose d’assez sinistre dans mon souvenir. Et là ma mère me ramène un poche, que lui avait conseillé la libraire, un truc qui marchait bien auprès des ados. Le seigneur des anneaux, tome 1. Finalement j’ai avalé les trois tomes en deux jours, sans fermer l’œil ou presque, comme un vrai mort de faim, complètement happé par la quête des hobbits. J’avais toujours été accroc aux légendes Arthuriennes, aux grandes quêtes avec des chevaliers, des duels, de la magie, mais là c’était encore mieux. Je ne m’en suis pas vraiment remis depuis, en fait 

Jouez vous ou avez-vous joué aux jeux de rôles ?

Suite à ça, les années de collège ont été consacré à la découverte des livres dont vous êtes le héros, puis Donjons et Dragons, l’œil noir, Stormbringer etc. ça a duré deux ans à ne faire et ne penser qu’à ça. Forcément ça ne pouvait pas durer et le groupe a explosé en début de troisième, et j’ai pu découvrir qu’entre-temps, mon corps avait changé.

Comment s’est passée la collaboration avec Corentin  Martinage ? Qu’est ce que ce partenariat vous a apporté personnellement et professionnellement ?

Ah ben bosser avec Corentin, c’est le rêve, on s’entend à merveille, nos talents se complètent, et puis il y a cette totale confiance en l’autre qui fait qu’on ne se prend jamais la tête sur des choses inutiles. Je crois qu’il y a tellement d’interactions entre nous quand on travaille ensemble qu’il devient impossible de dissocier vraiment qui fait quoi. Disons que je suis préposé aux chutes, et lui est le marionnettiste qui rend tout ça vivant.

Pourquoi s’acharner sur les Goblin’s ? Quel cruel plaisir retirez vous à les faire massacrer, mutiler, s’auto anéantir…

Aucun, c’est juste pour l’argent en fait.

Pouvez-vous nous expliquer les apparitions de personnages de Disney, puis South Park, Comics Marvel au fur et à mesure des tomes ? Est-ce un clin d’œil particulier à quelque chose de précis, de l’ironie….

Ça fait parti des petites récréations qu’on s’accordent, des petits plaisirs gratuits et sans conséquence (sauf pour notre éditeur qui s’arrache les cheveux pour demander les autorisations à tout le monde après). Et puis tout ça fait parti de la culture populaire, c’est marrant de le mettre hors contexte.

Comment rencontre-t-on dans une capitale, dans un lieu aussi anonyme qu’une rame de métro une personne avec qui l’on va s’associer pour créer plusieurs tomes de BD ?

Là, cherche pas, c’est le destin, j’ai jamais parlé à quelqu’un dans le métro, sauf pour indiquer aux japonaises quelle ligne prendre pour aller au Louvres.

 

 

D’après vous qu’est ce qui a séduit le Lanfeust Mag chez vous et vos planches ?

Nos planches étaient lamentables, même pas encrées (on les avaient photocopiées en forçant sur le noir), et les dialogues avaient été collées à l’arrache dans le train. Donc je pense que c’est grâce à notre physique qu’on est rendu là aujourd’hui.

Vous avez connu des débuts galères avec des projets avortés. Comment expliquez-vous que cela ne fonctionne pas toujours. Quels obstacles avez-vous rencontrés personnellement, professionnellement ?

Ca n’a pas fonctionné tout simplement parce qu’on n’était pas encore au niveau. Bien sur, nous on était tellement éblouis par la mèche de cheveux du héros emportée par le vent en case 8, qu’on ne voyait pas à quel point les dialogues étaient lourds, le trait épais, les expressions stéréotypées, etc etc etc…

Que conseillez-vous aux jeunes qui veulent travailler dans ce milieu ?

Je ne vais pas faire comme tous les vieux pros qui disent « tombe de la planche garçon », même si c’est vrai : au bout de 200 planches, on sait faire de la bd (enfin j’espère, nous on est à 150 environ).  Maintenant c’est dur de se motiver, alors que personne ne s’intéresse à votre travail, même si avec l’arrivée des blogs BD, il y a mille façons d’arriver à se faire lire et pas seulement par mamie, très enthousiaste bien qu’un peu gâteuse. Bref, je m’égare, voila mon conseil miracle pour se faire éditer : « Ne focalisez pas sur ce que vous avez réussi à la perfection dans votre planche, mais plutôt sur ce que vous avez raté : c’est ce que l’éditeur regarde en premier. »

Ces projets sont ils réellement abandonnés ou les gardez vous au chaud ? Aurons-nous un jour la chance de les découvrir ?

Je sais pas, je crois pas, c’est vraiment naïf quand même. Très frais, mais tellement naïf…

Sur quels projets travaillez-vous et travaillerez vous ?

Un projet de guérilla urbaine décalée, dans un style à la Snatch… Et puis d’autres séries de gags, et des choses diverses et variées, un bouquin aussi qu’il faut que je termine…. Pfffff, pas assez d’heures dans une journée quand on se lève à midi…

Êtes-vous partis pour une série illimitée d’albums ? ou avez-vous d’autres projets, envies. A quel rythme peut-on espérer les prochains tomes ?

Concernant les gobz, c’est illimité : tant qu’on s’amuse, on continue !

 

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