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INTERVIEW DE MATHIAS MALZIEU - DIONYSOS

Album et Livre: La Mécanique du Coeur

 

« Sois imprudent, et surtout donne,

Donne-toi sans compter »

 George Meliès à Little Jack

 

 

La mécanique du cœur a commencé par l’écriture d’un livre. Quand a germé en vous pour la première fois cette idée, et comment cela s’est il développé ? Combien de temps a-t-il fallu pour voir l’aboutissement de ces projets ? Comment et pourquoi un artiste comme vous se lance dans cette aventure ?

Dès que j’ai eu mon premier roman « maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi » entre les mains et que je l’ai relu sous sa forme définitive, sans « travailler  dessus », j’ai eu une envie spontanée de remonter dans le temps, d’imaginer l’enfance de « Giant Jack ». Est-il né géant ? s’est-il métamorphosé ? pourquoi ? comment est-il devenu un « spécialiste de la vie malgré la mort » quel a été son parcours…

Puis après m’être plongé dans l’enfance de Giant Jack, je me suis demandé, au delà du personnage, quel était mon sujet, de quoi je voulais parler en priorité. Je venais de traiter le deuil, le passage à l’âge adulte et là j’avais envie de parler de la passion amoureuse, son merveilleux, sa cruauté et du rapport à la différence et d’une certaine forme de rejet. C’est là que m’est venu (après de longs mois de tâtonnements) l’idée d’un personnage avec une horloge à la place du cœur, un « handicapé de l’amour » à qui on sauve la vie le jour (le plus froid du monde) de sa naissance mais qui n’aura pas le droit à l’amour.

Entre l’idée de départ et la finalisation du livre et du disque, deux ans et demi à peu près (avec au milieu la tournée Monsters in love, le Zénith symphonique, la préparation et la promo du live, ainsi que des participations aux disques d’Olivia Ruiz et Cali qui m’ont beaucoup appris et apporté) se sont écoulés.

Je me lance dans ce genre d’aventure pour un motif très simple : l’envie ; le goût de l’aventure, de la surprise et du partage artistique, humain et même social avec le groupe et tous les gens qui participent à ce projet.

 

Qu’avez-vous voulu faire passer comme messages dans ce livre et dans l’album ? A qui est il destiné ? Qu’apporte t’il à l’album et vice versa ?

Je ne parlerai pas en termes de message, mais j’ai eu envie de raconter une histoire, le genre d’histoire que j’aime qu’on me raconte, avec des sentiments humains entremêlés avec une dimension fantastique où tout est possible. Un décloisonnement ludique entre conte et récit à caractère autobiographique.

Ce livre et ce disque sont destinés aux curieux au sens gourmand du terme, qu’ils lisent Brautigan, écoutent Tom Waits ou pas du tout, qu’ils aient 10 ans ou 90…

Le livre vit sa vie seul, on peut le lire sans connaître le disque et vice versa. Par contre, si on veut faire la démarche de s’occuper des deux, des connections s’opèrent, c’est comme un mille feuille. Les personnages prennent vie musicalement sur le disque, ils « bougent », alors que dans le livre on en apprend plus sur le plan psychologique. Le film en préparation sera une nouvelle étape à la croisée des deux.

 

Quelle en est la part autobiographique ? Il semble que cet album soit aussi destiné à rendre hommage à certaines personnes ? Lesquelles et pourquoi ?

Pour moi, toute création a une part autobiographique. Ce livre l’est en terme d’émotion, c’est mon expérience amoureuse, et du rejet de la différence. Après je ne raconte pas ma vie, je me sers seulement de ce que je peux ressentir comme matière première à récit, que je mélange à mon imaginaire pour « cuisiner » un récit à mon goût.

Ce livre rend hommage à celle qui m’a donné l’impulsion, la force et l’envie de me jeter dans cette aventure de dingue, mais ce n’est pas un simple hommage. Disons que c’est ma vitamine C artistique. Puis j’ai disséminé dans d’autres personnages d’autres proches, et quelques personnes qui m’ont fait du mal également. Pas pour me venger, car personne n’est visé directement, mais pour exorciser certaines choses.

Quand vous est venue l’idée de l’album ? Vous travaillez conjointement sur les 2 projets ? Comment expliquez-vous que le livre qui était le point de départ ait été terminé après l’album ?

D’abord l’histoire, puis l’envie de faire la bande originale du livre « comme pour un film », puis je passais du livre aux chansons, et je revenais au livre. Les connections ludiques s’entretenaient naturellement, j’avais l’impression de construire la maison de mes rêves à coups de mots, de sons, de mélodies, de rythmes, climats, retournements de situation…

J’ai fait une pause dans le travail sur le corps du texte du livre pour enregistrer l’album, mais l’histoire en termes de structure, de personnages et d’intention était statuée. J’ai terminé ensuite, avec l’album dans les oreilles, la rédaction du texte.

 

Quelle place avez-vous voulu donner à cet univers du point de vue visuel? Avez-vous voulu toucher un public à l’origine fan de l’univers de Tim Burton ?

Pour moi, le visuel est une porte d’entrée, une façon d’accueillir les éventuels lecteurs ou éditeurs, c’est donc très important, et très amusant à concevoir lorsqu’on se fabrique un univers.

Exactement, j’ai voulu piquer tous les fans de burton, sa femme, sa maison et aussi les clés de sa bagnole (lol)…

J’aime Burton et oui, cette pochette est proche (un peu trop) de son univers, mais je l’aime bien quand même. Le long métrage sera l’occasion de s’en éloigner.

 

Pouvez-vous nous parler de votre ami Joan Sfar ? Et de Stephane Berlat ? Qu’ont-ils apporté à ce projet ?

Joan a fait l’esquisse de la pochette, puis a été relayé par Karim Friha. Il m’a apporté comme d’habitude sa vision brillante et enthousiaste, son élan. Stéphane a été énorme sur le clip (même si là aussi, je le conçois, on est encore un peu trop proche de Burton). C’est un type qui apporte un recul et une vision personnelle éclairante sur mon travail. Je compte bien qu’ils soient là sur le long métrage pour la suite des aventures.

 

On parle de votre album comme une Bande Originale du Livre… Est-ce comme un acte manqué, ne pas avoir pu faire la BO d’un film ? Des murmures laissent entendre des projets d’adaptation sur grand écran. Où en êtes-vous ?

Oui, je travaille avec Luc Besson pour l’adaptation 3D, je me régale, j’apprends beaucoup à son contact comme j’apprends au contact de mon éditrice. J’ai confiance en eux, j’apprends mon métier d’artisan : raconteur d’histoire.

 

Choisiriez vous un film d’animation 3D, ou en prise de vue réelle ? Pourquoi ?

La possibilité de mise en scène surréaliste et fantastique m’a toujours donné envie de me tourner vers l’animation pour cette histoire (pas facile de faire geler Edimbourg en 1874 en prise de vue réelle). J’aime cet outil qu’est l’animation, c’est de la magie, presque du chamanisme que de faire vivre des statuettes. C’est un jeu d’ombres chinoises sophistiquées, c’est fascinant.

Avez-vous abordé cet univers (histoire, chants, « acteurs/chanteurs », images, vidéos)  comme une comédie musicale ? Vous est il venu à l’idée d’adapter cet album en comédie musicale ?

Non, pas vraiment, c’est plutôt un conte musical. Le film aura certains moments chantés « comme dans une comédie musicale » mais ce n’en sera pas une à proprement parler. Je n’ai pas envie de me coincer dans un exercice de style, je veux pouvoir utiliser l’outil « chant » quand bon me semble, pas de manière systématique.

 

Sur quels critères avez-vous orienté votre casting de chanteurs ? Pouvez-vous nous dire pour chaque chanteur pourquoi il a été choisi pour tel morceau ?

L’esprit avant tout, et la connexion subjective de ce que je connais de leur univers artistique et humain. Encore une fois, c’est l’envie spontanée plus que l’intellect qui parle (et heureusement…). 

 

Les chansons sont très différentes les unes des autres. Pourquoi ce choix stylistique ? Les guests ont-ils pu ajouter des touches personnelles aux compositions ? Si oui, pouvez-vous nous citer quelques exemples ?

J’aime le chaud, le froid, l’Islande, ces volcans brûlants au sommet enneigé qui plongent dans l’océan…c’est une histoire de passion, d’aventure, de tendresse, il y a donc un peu tout ça dans les styles représentés, l’énergie tendu du punk rock, la mélancolie du folk, le côté –très illustratif- robotique des rythmiques hip hop avec des samples de vieilles horloges pour le personnage principal…

Le parti prix des invités fut une occasion géniale de nous surprendre artistiquement, humainement et socialement. Bien sûr qu’ils ont ajouté des touches personnelles aux compositions, sinon, on ne les aurait pas gardé (lol) genre « oh c’est moins bien avec Jean Rochefort, mais bon, on va le garder quand même »… c’était extraordinaire, Noël en mai à chaque venue d’un nouveau personnage en studio !

 

Avez-vous eu des difficultés à choisir ou convaincre certaines personnalités à participer à votre projet ?

Je les ai rencontrées, j’ai raconté l’histoire, puis leur personnage et quand j’ai eu le oui de principe, la chanson… Logistiquement, c’était très très compliqué, humainement et artistiquement, un régal, un vent de fraîcheur incroyable. Tous les artistes présents sur le disque nous ont gratifiés de moments inoubliables pour le groupe.

 

 

 

 

Interview réalisée et publiée par Christine BLANC

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Merci à Damien Fischetti - Barclay - Universal & Claire Fercak - Flammarion

 

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