Quelques jours avant la parution de son troisième livre, "L'Enarque", Daniel Gauthier s'est livré à une véritable e-interview marathon pour répondre aux questions - nombreuses mais pertinentes- de ses lecteurs et d'inter-activities. Signe que son second livre, "Retour à Auschwitz" a été une excellente source d'inspiration les participants à cette e-interview.
Il faut reconnaitre que la lecture de "Retour à Auschwitz" est agréable, simple, efficace, captivante.
Daniel Gauthier, diplômé d'HEC et professeur agrégé d'économie et de gestion est également consultant en marketing pour de grandes entreprises. Il réussi avec brio à nous faire croire en cette histoire mêlant habilement des éléments de fiction à des faits historiques et politiques graves, problématiques philosophiques actuelles, passions amoureuses, amitiés trahies, mélange des cultures et des générations...
Daniel Gauthier a su puiser dans ses recherches documentaires, ses expériences professionnelles, ses souvenirs de famille, ou à l'occasion de ses séjours en Amérique, des thématiques et des faits réalistes, qui, savamment orchestrés avec des éléments fictifs, donnent naissance à ce polar palpitant.
J'espère que comme moi, vous trouverez plaisant de poursuivre l'aventure en sa compagnie, avec cette interview. Il à été généreux, nous l'en remercions. Nous lui souhaitons le succès qu'il mérite et des lecteurs toujours plus nombreux.
Monsieur Gauthier, nous vous retrouverons avec plaisir sur inter-activities si
vous souhaitez nous parler de "L'Enarque". Promis, nous serons moins gourmands
de votre précieux temps! ;-)
Merci à Marc, Michel, Guy, Corinne, Carole et Melisande pour leur participation et la qualité des questions qu'ils ont soumis à l'auteur.
En guise de mises en bouche, voici quelques citations qui devraient vous convaincre de la malice et du tempérament de l'auteur.

"Mentir, c'est facile, c'est se souvenir de ses mensonges qui est difficile - et aussi de ceux à qui on les a servis. "
"La fréquentation des grands écrivains est un plaisir sans pareil - c'est moins cher que le sexe et ça dure plus longtemps. "
"Les énarques sont des escrocs - mais des escrocs légaux. "
"La femme occidentale recherche à la fois l'homme ancien et l'homme moderne - la quadrature du cercle."

Marc Brousse
Quel ressort vous a incité à écrire ce nouveau roman ?
J’avais toujours eu envie d’écrire sur la « question juive », l’antisémitisme… Un jour, un ami me raconte qu’il enquêtait sur la spoliation des Juifs de Bordeaux pendant l’Occupation et les biens non restitués – de véritables fortunes se sont construites ainsi. Il reçoit un coup de téléphone le menaçant de s’en prendre à ses enfants s’il continuait son enquête. Il a arrêté, j’ai continué (discrètement).
La trame de ce roman se déroule essentiellement dans le coeur du Limousin, quelle en est la raison ?
Mon père était jeune résistant à Saint-Victurnien, au sein d’un groupe rattaché au formidable maquis de Georges Guingouin – 25 000 hommes en armes à la Libération ! Je me suis servi des anecdotes qu’il m’a racontées, enfant. De l’histoire des Juifs de Limoges, aussi, que j’ai découverte sur le Net – avec ces vrais héros qu’ont été le Rabbin Deutsch et Robert Gamzon, qui a fini par diriger l’« Escadron Marc Haguenau », libérant notamment la ville de Castres. Saint-Victurnien, Limoges, Oradour sur Glane sont situés à quelques kilomètres : il y avait là un matériau formidable pour un romancier…
L'un des protagonistes, Jeffrey, est un jeune Américain accompagnant son grand-père ; qui plus est votre roman est ponctué de nombreuses référence à la culture américaine ; pourquoi ?
Le sujet du livre est relativement dramatique. Créer ce personnage de jeune Américain naïf et peu tourné vers la culture, découvrant tout en même temps un pays étranger et son grand-père, permettait d’introduire un décalage, parfois des effets comiques - accentués par le fait que Jeffrey étant le narrateur, le lecteur n’est pas dupe… Ce qui au final rend la lecture plus divertissante, je pense.
Quant aux références à la culture américaine, les choix de Jeffrey et de grandpa effectués, elles coulaient de source.
Un autre des personnages s'avère être un proche parent de Marcel Proust ce qui peut paraître étonnant ! Est-ce un écho à ce qui est l'un des aspects essentiels de la démarche de Marcel Proust : « Retrouver le bonheur du passé, les émotions passées, le souvenir de sa jeunesse, etc. »?
Pur hasard !
Je cherchais un personnage de « haut niveau », capable de donner la réplique à grandpa dans certaines discussions historiques – voire philosophiques -, ce que Jeffrey était incapable de faire… Le personnage d’Etienne Proust a surgi brusquement de mon clavier et c’était parti !
Donc, désolé, pas de références à la démarche du grand Marcel Proust.
Vous réservez une place importante à la Shoah ? Est-ce que votre propre famille a été marquée par ces événements?
Absolument pas - en tout cas pas directement : mes parents avaient des amis juifs et nous parlions parfois avec eux de leurs proches assassinés par les nazis.
Puis j’ai vu une exposition photo sur les camps dans mon lycée et ces images n’ont cessé de me hanter depuis – exactement comme pour Jeffrey… D’où mon intérêt constant pour la Shoah et, plus généralement, la « question juive ».
J’ajoute que j’ai passé deux étés en Pologne en 80 et 81 et, comme Jeffrey, je ne suis jamais senti la force de visiter Auschwitz.
Qui vous a inspiré le personnage de Barbara ?
Une ancienne petite amie, maoïste à l’époque, à la fois très séduisante, très engagée, très « artiste », très habile et… très déterminée.
Sur un plan formel, comment écrivez-vous vos romans :
- partez-vous d'un plan d'ensemble ?
- est-ce que tous les éléments de l'intrigue sont en place dès la première ligne ?
- vous laissez-vous aller à des digressions non prévues initialement ?
- comment écrivez-vous ? à la main ? à l'ordinateur ?
J’écris à l’ordinateur, après une idée (assez vague) des personnages principaux, quelques éléments d’intrigue et quelques recherches…
Pour « Retour à Auschwitz », je suis parti des personnages de Jeffrey et de son grand-père, de la thématique de la spoliation des Juifs pendant l’Occupation et de l’idée d’une sorte de « road movie » qui les verrait évoluer tous les deux… Du Limousin, aussi…
Donc pas de plan d’ensemble, pas de synopsis…
D’où des digressions effectivement non prévues au départ – et des situations où les « héros » sont parfois pris dans des pièges dont j’ai beaucoup de mal à les sortir !
Qu'est-ce qui vous pousse à écrire ? Etre aimé ou séduire ? Laisser une trace ?
J’aurais tendance à répondre : « Ni l’un ni l’autre… »
Ce que je me dis à moi-même : j’écris pour éveiller la curiosité de mes lecteurs, les faire réfléchir, les pousser à effectuer leurs propres recherches – ce qui peut paraître fou pour un auteur de polars, mais c’est ainsi !
Cela dit, les motivations profondes d’un individu sont toujours compliquées – moi y compris : je pense aussi écrire pour que mes enfants soient fiers de leur père, tout simplement (ce qui correspond assez bien à la partie : « être aimé et séduire » de votre question).
Quant à « laisser une trace », je n’y rêve pas une seconde : il y a trop de grands écrivains, trop de concurrence !
Envisagez-vous d'aborder d'autres styles que le polar ?
Pas pour l’instant, mais je n’exclus pas d’écrire un jour un essai ou un roman de littérature « classique ».
Quelles sont vos principales sources d'inspiration dans la littérature classique et policière ?
Je n’ai écris que des « thrillers » - donc pas de source d’inspiration chez les « classiques ».
En littérature policière, mes préférés ont les « grands anciens », les « fondateurs du genre », auxquels je voue une admiration sans bornes : Dashiell Hammett, Raymond Chandler, Jim Thompson, Horace Mac Coy, James Cain, Chester Himes, Eric Ambler…
Lisez-vous les écrivains contemporains ? Lesquels ?
Je lis beaucoup les écrivains indiens d’aujourd’hui (impossible de les citer, ils ont tous des noms à coucher dehors !). Des penseurs français comme Michel Serres, Edgar Morin, René Girard… Des essais en tous genres…
Mon romancier français préféré est Philippe Djian et je place VS Naipaul, un écrivain anglais d’origine à la fois indienne et sud-américaine, au dessus de tous.
Je lis peu de polars français, finalement : par contre, des russes, des américains, des chinois…
Votre prochain roman ?
« L’énarque », à paraître dans quelques semaines : un polar qui traite de notre belle justice et de nos belles prisons…

Michel Martin
Pensez-vous que le « thriller » soit un « genre » adapté pour des interrogations aussi graves que : la Shoah est un génocide parmi d’autres ? remet-elle en cause le concept de civilisation, au sens « occidental » ? le peuple allemand est-il responsable de la Shoah ?
Pour moi, la bonne littérature est à la fois divertissement et ouverture sur le monde…
Partant de là, le polar n’est pas forcément le genre le plus adapté pour des thématiques « engagées » ou « approfondies » :
le rythme, le suspense, peuvent pousser le lecteur à survoler, voire « zapper » les parties « digressives » ; ces dernières peuvent aussi irriter le lecteur – en ralentissant l’action…
J’essaie de trouver un équilibre, une « respiration » entre ces deux types d’écriture – sans vraiment savoir si j’y réussis…
Donc je n’ai pas de réponse satisfaisante à votre question : le temps jugera !
Quel public pensez-vous toucher : les amateurs de polars ? les passionnés de la deuxième guerre mondiale ?les passionnés de la « question juive » ?
Professeur de marketing, consultant, la première question que j’aurais dû me poser est en effet : « Quelle est ma cible ? »
Mais bon, le cordonnier est toujours le plus mal chaussé…
Pour répondre à votre question, je dirais que les publics visés par « Retour à Auschwitz » sont les amateurs de polars et les passionnés de la « question juive » – je suis les deux à la fois !
Pourquoi n’avoir pas plus insisté sur les « collabos » ?
Comme beaucoup d’auteurs, j’ai fait lire mon manuscrit à des amis. Certains m’ont demandé d’insister sur les méfaits de la Collaboration - que quelques « intellectuels » (voir la récente « affaire Céline») tentent de réhabiliter aujourd’hui…
Je leur ai répondu que la partie « thématique » du livre était suffisamment étoffée à mon sens, qu’il y a déjà quantités d’ouvrages sur le sujet « Résistance/Collaboration » - et qu’il en paraîtra encore.
Vous citez le nom de Mitterrand : est-ce un hasard ?
Tout le monde sait aujourd’hui que Mitterrand a été un haut dignitaire du régime de Vichy, qu’il a maintenu des liens pendant des décennies avec des collaborateurs de haut rang, etc.
Mais, pour les raisons que je viens d’invoquer, je n’ai pas voulu insister sur son rôle : son nom est apparu par hasard (mais est-ce vraiment le hasard ?).
N’avez –vous pas peur de représailles de la part des « spoliateurs de Bordeaux », même aujourd’hui ?
Comme je l’ai indiqué au tout début de cette interview, certaines personnes n’ont pas hésité à utiliser la menace pour que la spoliation des Juifs de Bordeaux reste bien cachée…
J’imagine donc que la parution de « Retour à Auschwitz » a de quoi les rendre nerveux !
Cela dit, il est trop tard pour s’en prendre à moi : de leur point de vue, le mal est fait, et il ne faut surtout pas donner trop de publicité au livre – sans compter qu’une action violente, quelle qu’elle soit, serait « signée» et qu’on retrouverait vite les auteurs !
Guy Verdenaud
Précisez-moi le rôle que joue le retour en voiture à Auschwitz dans l'intrigue, rôle important puisqu'il en est le titre.
Il s’agit essentiellement de la problématique des rescapés : certains ont témoigné dès leur sortie des camps, d’autres ont choisi le silence, quelques uns le déni de leurs origines (pour protéger leurs descendants), d’autres encore ont accepté de parler, mais de longues années plus tard…
Grandpa, lui, finira par témoigner – après avoir fondé une nouvelle famille, non-juive.
Et c’est bien son « retour à Auschwitz » qui l’amènera à parler.
Vous êtes-vous appuyé sur des documents historiques montrant la spoliation des Juifs dans le Sud-Ouest pendant la 2ème guerre mondiale ?
A la bibliothèque de Bordeaux, j’ai consulté un rapport officiel d’une commission municipale – demandé par Alain Juppé – qui donne très précisément les chiffres, les circonstances, etc. de la spoliation des Juifs en Gironde.
Malheureusement, il se termine en disant en substance : « La grande majorité des Juifs ont recouvré leurs biens à la Libération… », sans chercher à aller plus loin.
Ce qui signifie que certains spoliés (ou leurs ayant-droit) n’ont rien récupéré du tout !
Mais c’est une autre histoire – que je me suis efforcé de raconter dans « Retour à Auschwitz».
J'ai bien aimé la dualité grand-père/petit fils dans votre roman. De quels proches vous êtes-vous inspiré ?
Jeffrey : c’est beaucoup moi à son âge – mais en plus grand, plus costaud, et aussi plus « américain » ! Il y a un peu de mon fils, également, qui a 18 ans.
Grandpa : c’est en partie mon père – mais en partie seulement, le reste est inventé.
Quant aux relations entre ces deux personnages, ce sont celles que j’aurais rêvées avoir eues avec mon propre père !
Combien de temps a été consacré aux recherches historiques ?
N’étant ni juif, ni historien, je me suis documenté longuement sur l’histoire du peuple juif.
Ensuite sur la Shoah, la deuxième guerre mondiale, la spoliation des Juifs, la Résistance à Bordeaux et dans le Limousin…
Au total, je dirais une année de recherches, environ : sur le Net d’abord, puis en lisant des ouvrages recommandés par le Net, en retournant sur le Net pour peaufiner les détails, lisant à nouveau, etc. Plus des visites sur le terrain : à Saint-Victurnien, Oradour sur Glane, Limoges et Bordeaux.
Suivez-vous un rythme régulier ? Un livre par an par exemple, ou est-ce complètement aléatoire et en fonction de l'inspiration ?
C’est totalement aléatoire – en fonction de mon inspiration et de mon moral !
En ce moment, je ne me sens pas la force d’écrire un nouveau livre : je suis absorbé par la promotion de « Retour à Auschwitz », la rédaction de « L’énarque » m’a coûté beaucoup d’énergie…
Quels sont vos liens avec les personnages du livre ?
Pour les « gentils » (Jeffrey, grandpa, Barbara, Etienne Proust…), j’en ai déjà parlé.
Pour les « méchants » (Pasquier, le « groupe de Bordeaux »…), ce sont de caractères purement fictifs – bâtis néanmoins sur des personnages croisés lors de mes recherches.
Melisande Lecadre
Pourquoi "Let it be" (dernière phrase du livre) ?
Pour deux raisons, je pense :
le narrateur, Jeffrey, comme tous les jeunes de son âge, écoute beaucoup de musique (ici, les Beatles) ;
En outre, Jeffrey n’est pas mécontent que Pasquier se retrouve en prison et sera probablement condamné à la perpétuité.
Christine Blanc pour inter-activities
Sur votre profil Facebook nous pouvons lire qu’une de vos citations préférée est : « Deviens qui tu es » (Pindare, Saint Augustin, Nietzsche). Et vous, qui êtes-vous, monsieur Gauthier ?
Tout d’abord, soyons clair sur la signification de cette phrase…
Je pense que chacun d’entre nous, très tôt dans sa vie, se construit une sorte de « personnage » auquel il croit dur comme fer et qu’il donne aux autres en image – pour trouver sa place dans la société, tout simplement.
Nous passons ensuite notre vie à essayer de nous dépatouiller de ce « personnage » : certains arrivent à quitter ce « faux-moi » et deviennent « qui ils sont vraiment », d’autres jamais…
J’en ai pris conscience en m’apercevant que les mots jaillis du clavier venaient souvent d’un « moi inconnu » (c’est une constatation banale, que font beaucoup d’écrivains) – et donc que je n’étais pas vraiment qui je croyais être.
Qui suis-je, donc ?
Je suis conscient que ma réponse va sans doute sembler prétentieuse, que « ça ne se fait pas », etc.
Je la donnerai quand même, parce que c’est ma vérité.
Je me vois aujourd’hui comme un « écrivain engagé » (mais pas au sens sartrien, de porteur d’une idéologie), une sorte de « chevalier moderne», défenseur de « justes causes » - dont les armes sont la pensée et les mots…
Quel est votre parcours ? Études, expériences… Quels impacts cela a-t-il eu dans vos écrits ?
Après mon bac, j’ai passé une année dans un lycée américain, puis hésité entre des études pour devenir ingénieur agronome et prof de philo – pour finir par faire HEC !
Puis j’ai exercé divers métiers, parfois en parallèle : moniteur de ski, « révolutionnaire professionnel », cadre, consultant, chef d’entreprise, prof de marketing…
Ces différentes expériences ont impacté directement « Cauchemar rouge », mon premier livre (qui traite du terrorisme français d’extrême gauche au début des années quatre-vingts) et « L’énarque », mon troisième, plus centré sur un univers « business ».
Mon expérience US a nourri quant à elle (partiellement) « Retour à Auschwitz »…
Comment décririez-vous votre caractère, votre personnalité ? Et que disent de vous vos proches, vos amis/vos critiques s’il y en a ?
Très intelligent par certains côtés, beaucoup moins par d’autres (mais c’est le lot de beaucoup d’humains), hypersensible (c’est la caractéristique n°1 des écrivains), refusant obstinément (depuis très longtemps) de faire partie d’un groupe socioculturel donné, d’une « tribu » (ce qui est difficile à vivre), à la fois ouvert et intolérant, amical et « ours », immodeste et manquant de confiance en lui, bon vivant et « intellectuel »…
Bref, beaucoup de paradoxes et de contradictions - qu’il serait trop long d’analyser ici…
Quand et comment avez décidé de vous lancer dans l’écriture ?
« Bâtir une maison, fonder une famille, écrire un livre »…
J’ai suivi ce programme à la lettre : d’abord gagner ma vie, puis fonder une belle famille.
Ecrire ensuite.
J’ai toujours voulu écrire - su que j’allais écrire. Ma vie a été organisée dans ce but : multiplier les contacts, les expériences, voyager, observer, lire, tenter de comprendre le monde – pour me mettre à écrire, quand enfin je serais « prêt », quand j’aurais des « choses à dire »…
En 2002 (j’avais 53 ans), j’ai décidé de faire le grand saut : soit je continuais à être un écrivain « dans ses rêves » - et j’avais raté ma vie -, soit je me mettais au travail…
Et j’ai commencé à écrire « Cauchemar rouge ».

Qu’attendez-vous de l’écriture ?
Faire de bons livres - et être lu !
Qu’est-ce que cela vous apporte ?
Incontestablement le plaisir de l’écriture et de la recherche (historique, philosophique, sociétale).
La découverte de soi – j’en ai déjà parlé.
Une nouvelle conception du monde, grâce à la recherche philosophique, également.
Ecrire et publier, pour vous, est-ce un long parcours semé d’embûches, un accomplissement, un besoin existentiel ?
Les trois à la fois !
Ecrire est un plaisir et un accomplissement, mais c’est aussi anxiogène – surtout lorsqu’on débute et qu’on n’est pas sûr de soi, ce qui est mon cas.
Se faire publier est un vrai parcours du combattant. Le milieu littéraire français est très hermétique, très fermé : directeurs de collection, lecteurs, critiques littéraires, auteurs, sont souvent les même personnes - et « ces gens-là », consciemment ou non, ne veulent pas faire entrer les concurrents !
(Une fois publié, faire parler de soi est tout aussi difficile, pour la raison que je viens de décrire…)
Enfin, écrire est clairement un besoin existentiel, comme je l’ai indiqué en réponse à une de vos questions précédentes.
Combien de temps avez-vous mis de l’idée d’écrire « Retour à Auschwitz » à sa publication ? A-t-il été aussi facile, ou plus ou moins que votre premier roman ?
Environ deux années de recherche et d’écriture, puis six mois avant la publication.
« Retour à Auschwitz » a été à la fois plus facile et plus difficile à écrire que « Cauchemar rouge ».
Plus facile car je maîtrisais mieux les techniques d’écriture que pour mon premier roman.
Plus difficile car « Retour à Auschwitz » a nécessité beaucoup plus de recherche que « Cauchemar rouge ».
Pouvez-vous nous parler d’une de vos journées type ?
Mes activités professionnelles et familiales me laissent quelques heures par jour pour écrire - je ne me plains pas : c’est déjà beaucoup…
Schématiquement, lorsque le travail de recherche est terminé, commence alors le travail d’écriture : pour le « premier jet », je m’efforce d’écrire 5 pages « Word » par jour, ce qui représente presque le double en format « livre » - sans trop prêter attention au style.
Parfois, comme je l’ai dit au début de l’interview, j’ai « coincé » mon héros et n’arrive pas à le sortir du piège : débute alors un longue période (parfois plusieurs semaines) où je joggue, demande l’aide de mes enfants… avant que la situation se débloque et que je puisse recommencer à écrire.
Le premier jet achevé, je le laisse « dormir » un mois ou deux, pour l’« oublier » et pouvoir le relire ensuite avec un œil (presque) neuf.
Je rédige alors le second jet, en m’attachant en particulier au style et aux suppressions des éléments peu utiles (presque 20 % du premier texte).
J’imprime cette version et la diffuse assez largement autour de moi.
J’attends ensuite les retours - avec impatience et anxiété !
Je tiens compte des remarques et critiques de mes lecteurs et entame une nouvelle rédaction.
Encore un aller-retour avec mes proches.
Puis c’est l’envoi aux éditeurs…
Il y a enfin deux relectures des épreuves avant la publication.
Quels messages souhaitez-vous véhiculer au travers de vos écrits ?
Comme je l’ai indiqué plus haut, chacun de mes trois livres présente une thématique centrale différente – et donc des messages différents.
Y’a-t-il des clins d’œil littéraires (Proust), politiques (Mitterrand), … des messages cachés, des témoignages, des hommages ?
Il n’y a aucun clin d’œil, désolé ! Pas de messages cachés non plus.
Les anecdotes sur la Résistance à Saint-Victurnien, la visite d’Oradour, sont de la bouche de mon père et je l’en remercie.
J’ai voulu également rendre hommage à Marcel Proust, aux authentiques héros qu’ont été Georges Guingouin, le Rabbin Deutsch et Robert Gamzon, ainsi qu’à l’historien américain Robert Browning pour son livre remarquable, « Des hommes ordinaires ».
Cultures américaine, européenne, israélite se côtoient, s’entrechoquent dans votre thriller. Sur nos écrans, armées, gouvernement, peuples se livrent une guerre acharnée, sur fond de religions, d’intérêts politiques, musées vandalisés, objets d’arts pillés… Comment réagissez-vous à l’actualité ?
La violence a toujours existé…
Je ne suis pas un spécialiste de géopolitique, mais pour simplifier - et sans vouloir du tout manier le paradoxe -, je dirais que la période actuelle est de loin la moins meurtrière de l’histoire : qu’on pense à la Seconde Guerre Mondiale, par exemple !
J’espère ne pas me tromper, mais peut-être assistons nous aujourd’hui à la longue marche de l’humanité vers la démocratie.
Cela dit, une conflagration au Moyen-Orient n’est pas à exclure. Et quand on connaît la puissance des armes de destruction massive d’aujourd’hui, il vaut mieux que j’aie raison !
Avez-vous été contacté pour une adaptation cinématographique de vos écrits. Que penseriez-vous d’un tel projet ?
J’essaie d’avoir une « écriture Remington » (du nom donné au style des premiers écrivains de polars, les Américains…) : peu de descriptions, beaucoup de dialogues, des phrases courtes, du rythme avant tout…
Je pense que mes romans s’adapteraient facilement au cinéma (beaucoup de personnes m’en ont fait la remarque) – même s’ils n’ont pas été écrits dans ce esprit.
Mais non, hélas, personne ne m’a (encore) rien proposé de tel !
Et je serais enchanté qu’un de mes livres soit porté à l’écran - si vous avez le contact avec Steven Spielberg, n’hésitez pas !
Que conseillez-vous aux écrivains en herbe pour les aider à percer ?
Consacrer beaucoup de temps à la relecture du manuscrit – par soi-même et par les autres - et à sa réécriture.
Consacrer ensuite beaucoup d’argent à la recherche d’un éditeur : le manuscrit doit être photocopié, relié et envoyé à des dizaines et des dizaines d’éditeurs - tout ça coûte fort cher !
Sinon, se faire éditer à compte d’auteur (attention aux arnaques !) et prendre un attaché de presse (attention aux arnaqueurs et au porte-monnaie !).
Quel est le rôle de « Facebook » dans la promo de vos livres ?
A la sortie de « Retour à Auschwitz », j’ai consacré beaucoup de temps et d’énergie à « Facebook ».
Ça m’a permis de faire parler du livre, de rencontrer de nombreux lecteurs - et des journalistes comme vous !
Faites-vous des conférences, participez-vous à des salons ?
Pas (encore) de conférences.
J’ai participé à deux salons du livre à Val d’Isère et à celui du B’Nai B’Rith à Paris.
« Retour à Auschwitz » est également sélectionné pour le Festival du Cinéma de Liège, en avril prochain.
Pour les prochains salons ou dédicaces, je tiendrai vos lecteurs informés. Promis !

Que ressentez-vous face à vos lecteurs ? Avez-vous l’assurance de l’enseignant ou le doute de l’artiste ?
Plutôt le doute de l’artiste…
Où et comment se procurer vos livres ?
Sur le Net, essentiellement, ou en les commandant chez n’importe quel libraire – je ne suis pas très connu et mal diffusé.
Vos livres sont-ils traduits et vendus dans d’autres pays ?
Hélas non !
Vos élèves lisent-ils vos livres, en discutent-ils avec vous ?
Même réponse…
Quelle est en général la réaction de vos lecteurs (jeunes et plus âgés) ?
Pour « Retour à Auschwitz », l’âge ou le sexe n’ont pas eu d’influence : c’est surtout l’intérêt pour la « question juive » qui a fait la différence, je pense.
Pour « Cauchemar rouge », ce sont plutôt les hommes ayant vécu Mai 68, de près ou de loin, qui ont aimé le livre…
Cela dit, c’est très étonnant de discuter avec ses lecteurs : chacun a été sensible à tel ou tel aspect du livre… Chacun a lu un livre différent !
(Ce qui prouve en passant la richesse de la lecture : un voyage en soi, en compagnie d’un auteur…)
Pouvez-vous nous parler de vos prochains projets ?
Beaucoup de « projets » : un autre polar, un roman d’anticipation, un essai sur l’Ecole (je suis un prof heureux – et révolté), un autre sur le rugby dans le monde (avec la littérature, le rugby est mon autre passion)…
On verra bien…
Un scoop, une anecdote à nous confier ?
Une anecdote en passant : comme je voulais que les détails techniques sur les matériels d’écoute utilisés par Jeffrey (en 1989) soient authentiques, j’ai contacté des vendeurs de ce type de produits sur e-bay - deux d’entre eux m’ont scanné des pubs de l’époque et expliqué les modes d’emploi !
Une dédicace ?
J’ai confiance dans la jeunesse d’aujourd’hui : tôt ou tard, elle se mettra à lire.
Mais quand ?
Une dernière question, pour terminer. Comme nous avons commencé cette interview avec une citation, en voici une qui vous semble chère aussi : « Heureux celui qui meurt en ayant trouvé sa vérité » (Proust). Etes-vous heureux, monsieur Gauthier ?
Vous alors, avec vos questions ! Je vais m’efforcer d’y répondre…
Je pense avoir trouvé, au moins partiellement, ma vérité. Mais j’ai encore si peu accompli…
Je sais ce qui me reste à faire – travailler, travailler ! Donc, en route pour le bonheur…Ce qui compte dans le fond, c’est le chemin, non ?
