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01 JUIN 2008

 

Antoine AUDAGIORI, Story-Boarder d'ARTHUR ET LES MINIMOYS

Avant d’arriver sur nos écrans, un film passe par bien des étapes. C’est notamment le cas pour un film d’animation 3D comme ARTHUR ET LES MINIMOYS. Aujourd’hui Inter-Activities est entré dans les coulisses d’EuropaCorp, pour vous présenter un acteur de l’ombre : Antoine Audagiori. Son métier : roughman, story-boarder.  Le roughman doit être un dessinateur virtuose, il est chargé des esquisses de scénario. Il doit savoir travailler rapidement et de manière très précise. C’est ce qu’on attend de lui dans des domaines comme la publicité,  la télévision ou comme préalable au story-board dans le domaine du cinéma, par exemple. Ensuite, l’étape du story-board qui  intervient elle aussi au cours de la pré production (préparation d’un film que ce soit en publicité ou au cinéma) permet d’illustrer sur papier (à la manière de planches de Bandes Dessinées) la vision d’un réalisateur, de constituer une mise en image des plans futurs. Le story-board aussi appelée « scénarimage », crée dès 1927 dans les studios Disney, est devenu une étape quasi incontournable pour préparer la mise en image d’un film sur des points cruciaux comme : les cadrages, les angles de prise de vues, la place des acteurs dans le décor ou des rails pour le travelling. Mais laissons à Antoine le soin de nous présenter lui-même son rôle pour les 3 films d’ARTHUR ET LES MINIMOYS.


 

Antoine AUDAGIORI, pouvez-vous nous parler de vous et de votre métier :

Comment, et quand ont commencé votre passion et vos activités artistiques ?

J’ai toujours dessiné depuis le primaire, jusqu’au bac. Après le bac, je ne me voyais pas en faire une carrière, un vrai métier, mais ce sont mes parents qui m’ont poussés à faire une école d’Art, plutôt que de me voir échouer dans une fac de Lettres vers laquelle je me dirigeais à l’époque. Donc j’ai toujours eu cette passion, ce désir de faire du dessin.

 

Quels sont vos goûts en matière de musique, animation, cinéma, loisirs… ?

J’aime le cinéma d’action, d’aventure, plus particulièrement la charnière fin 70, milieu des années 80, toute l’époque Zemeckis – Spielberg, les Star Wars bien évidement, dernièrement la Science Fiction. Généralement, j’aime tout, du moment que c’est fait avec du cœur.

 

Comment décririez-vous votre personnalité ?

Je ne suis pas très expansif, je suis loyal,… que dire d’autre, c’est difficile comme question. Je préfère laisser le soin aux autres d’y répondre à ma place.

 

Comment décririez-vous votre métier, quelles sont vos fonctions, vos tâches ?

Je suis roughman Storyboarder, pour la publicité la  plupart du temps et occasionnellement le cinéma, long métrage, court métrage etc. Mais cela reste toujours ciblé vers le Storyboard.

 

Quelles sont les qualités indispensables pour exercer votre métier ? Quels conseils donneriez-vous aux personnes qui aimeraient travailler dans l’animation ?

La flexibilité, compte tenu des horaires qu’on m’impose, je me fais une spécialité de travailler les week ends et les jours fériés qui sont souvent plus chargés que les jours classiques. Beaucoup de flexibilité, de la rigueur que je m’efforce d’avoir mais ce n’est pas systématique, du sérieux.

 

D’où puisez-vous vos idées, inspirations ?

Je lis beaucoup, j’achète beaucoup de livres d’Art, d’Art Books, j’essaye d’être curieux de tout.

 

Qui sont vos modèles, mentors, sources d’inspirations ?

Y’en a tellement ! Principalement en dessin, j’aime beaucoup  Travis Charest, Mike Mignola, Ashley Wood, beaucoup de designers japonais, l'ecole Capcom, tout ce qui est design de mechas, univers SF, cela me plait beaucoup. En BD européenne, les grands classiques de la bd franco belge, des 30/40 dernières années, particulièrement Franquin, Larcenet, Gibrat, mais aussi Jacques Tardi, Liberatore…

 

Quels outils, quel matériel utilisez vous pour créer ?

Je fais toujours mon dessin sur papier et crayon. Je me suis essayé un peu à dessiner sur palette graphique mais je ne suis pas à l’aise avec cet outil. Dessin papier, puis couleur quasi systématique sur ordinateur, mais il m’arrive encore parfois de colorier à l’ancienne au feutre, ou au pastel. En tout cas, plus d’acrylique, j’ai assez donné !

 

ARTHUR

 

Quand et comment êtes vous arrivé sur le projet Arthur et les Minimoys?

A l’époque, c'est-à-dire fin 2002, j’avais le même agent que Patrice GARCIA le principal directeur artistique du film. C’est comme cela qu’il m’a recruté pour la période Octobre 2002, jusqu’à Aout 2003.

 

Comment s’est passée la rencontre avec Luc Besson ? Et avec le reste de l’équipe ?

J’étais un peu tendu, de rencontrer Luc Besson vous imaginez ! Mais cela c’est très bien passé, il était très sympa, exigeant, mais sympa. Et avec le reste de l’équipe, ils sont tous adorables que ce soit Georges, Philippe, Nicolas et dernièrement Stéphane et Bob, ce sont  des crèmes !

 

Comment Luc vous a t-il présenté son projet ?

Ce n’est pas Luc mais Patrice qui me l’a présenté. Il me l’a présenté au fur et à mesure des séquences. Cela c’est fait un peu dans l’urgence, la présentation s’est faite au fur et a mesure. Il m’a donné quelques trucs, quelques recettes et conseils, puis c’était parti !

 

Quelles consignes vous a t-il été donné (directives, orientations, méthodes, outils…) ?

J’ai passé 3 jours à réaliser la première séquence d’Arthur pour une vingtaine d’images. J’arrivais du Storyboard de publicité, où je faisais ce qu’on appelle du storyboard de séduction, c'est-à-dire qu’il fallait que toutes les images soient très léchées, des lumières, des chromis très typés, très typiques, mais qui prenaient énormément de temps. J’avais du mal à sortir de ce schéma de travail pour le long métrage. Il m’a très vite fait comprendre que la cadence de travail allait s’accélérer et qu’il fallait que je trouve des raccourcis, et que simplifie vraiment ma façon d’aborder le processus de création. Ce que j’ai fait. Au bout d’un mois j’étais rentré dans le bain et j’arrivais à sortir 30 à 40 images par jour, et puis à la fin du projet c’était plustot du 80 à 90 images par jour, compte tenu de délais et dead lines imposées par Luc et le reste de l’équipe 3D et modélisation.

 

Avec qui et comment avec vous travaillé (seul et en équipe) ?

Mon principal contact c’était Patrice, je travaillais de temps en temps sur place avec les designers, sinon, je bossais chez moi, je voyais Patrice une fois par semaine et Luc,  grosso modo tous les 3 ou 4 mois. Mais mon contact quasi unique c’était Patrice.

 

Vous avez été story-boarder sur Arthur alors que Patrice Garcia avait commencé le story-board. Pourquoi et comment avec vous pris le relais ?

Il a fait quelques séquences au début du projet pour convaincre Luc. Une fois que le projet était parti, il a fait appel à une de ses connaissances, dessinateur de BD, Bruno Garetta, qui a travaillé 3 ou 4 mois sur le projet, et qui justement en octobre 2002, lorsque j’ai repris le flambeau, avait d’autres obligations contractuelles pour des albums de BD. Il a été obligé d’abandonner le projet Arthur, et c’est là que je suis arrivé.

 

Patrice Garcia vous a choisi pour cette fonction, pourquoi ?

Certainement parce que partageant le même agent que moi il a du voir certains de mes boulots à l’époque. A moins qu’il ait été dans un rush terrible et qu’il n’ait trouvé personne ! Je ne sais pas, je n’ai jamais vraiment osé le lui demander ! (rires)

 

Combien de temps avez-vous travaillé sur le story-board d’Arthur 1?

10 mois.

 

Vous n’avez pas toujours été seul à faire ces dessins, qui vous a aidé ?

Pendant 10 mois, si  j’étais tout seul. A partir de 2003, une dead line définitive a été fixée. Il fallait que tout le storyboard soit bouclé. Or il restait une quantité phénoménale de travail à faire, ce qui fait que des gars issus de la BD m’ont rejoint, Stéphane ROUX et quelques autres pour terminer et boucler les séquences en temps et en heure.

 

Comment vous êtes vous répartis le travail ?

C’était au fur et à mesure des exigences de Buf, la société qui s’occupait de la 3D. En fonction des urgences, on se les répartissait un peu au petit bonheur la chance, et on a fini par sortir du labyrinthe.

 

Pouvez-vous nous décrire une de vos journées de travail ?

Sur le premier Arthur, je voyais Patrice qui me faisait un découpage de toute la semaine de travail. Dernièrement, pour les suites d’Arthur, lors de mes vacances en Normandie, c’est avec Luc que je faisais le point tous les matins au petit déjeuner (à 7 heures du matin). Ensuite, jusqu’à midi, je faisais le bleu, c'est-à-dire que je créais ma structure  dans les cases, les structures de la composition et enfin, je passais ma soirée a mettre tout cela au propre et à passer tout cela au crayon.

  

A partir de quel matériel avez-vous commencé votre travail ?

Je n’ai jamais eu, à part dans les deux ou les trois derniers mois des deux suites d’Arthur le scénario en entier. J’ai toujours travaillé au fur et à mesure, on me donnait les séquences, je storyboardais la séquence et je passais a une séquence suivante. Voila, c’était très fragmenté.

  

Vous n’aviez pas lu les livres, avant, pourquoi ?

- Euh…je ne sais pas, parce que on me les avait pas passés, je ne sais pas (rit),  voila mais euh… c’est vrai que j’ai abordé la chose au fur et à mesure. Bon, je les ai lu après, rapidement pour voir un peu la structure des deux suites, voir ce que j’allais devoir faire…. Voila.

  

Avez-vous travaillé en équipe ?

 Hmm…non quasiment pas, à part la situation que je décrivais tout à l’heure, à la fin du premier Arthur.

 

Qui supervisait votre travail ?

Patrice, et là directement Luc. Et parfois son assistante Fannie Pailloux, qui récupérait les séquences au fur et à mesure,  les scannait, les photocopiait et les diffusait à toute l’équipe de production.

  

Vous n’aviez jamais travaillé sur un long métrage. Est-ce que cela vous a posé problème ?

Oui. Au début, oui bien sur ! Particulièrement un long métrage d’animation qui nécessite de trouver certains codes très particuliers, mais, je vous disais, ou bout d’un mois ou deux, c’était terminé, j’avais trouvé ma routine et tout ce passait bien.

 

Le story-board est il appréhendé de la même manière lorsque le film est en prise de vue réelle ou lorsqu’il s’agit de scènes d’animations ?

J’aurai tendance à dire,  maintenant, ces dernières années, oui parce qu’on appelle prises de vue réelles, avec le développement phénoménal des effets spéciaux permet une liberté qui avant était exclusive aux films d’animation. Donc maintenant je dirai oui, il y a quelques années, non.

  

On peut lire que vous avez remplis 5000 petites cases essentielles au film. Cela veut il dire qu’il y en a eu plus et que certaines ont été rejetées ?

Oui, énormément !!! (Rires) Parce que sur le premier Arthur, je crois que Luc considérait que le storyboard devait être quelque chose de plus ou moins définitif, qui devait correspondre à sa vision très arrêtée, alors que sur les deux suites, certainement parce qu’entre temps il a fait réaliser à partir du storyboard du premier un animatique total des séquences d’animation,  et qu’il vu que cette période, cette séquence là, ce passage lui permettait encore beaucoup de liberté par rapport au storyboard. Donc là, il a prit le storyboard sur les deux suites pour comme une base. Voila, ce qui fait j’ai eu beaucoup moins à refaire de séquences, alors que sur le premier je faisais facilement de deux à trois, parfois plus, chaque séquences réalisée. Voila, ce qui fait qu’au final, j’ai du faire dans les douze, quinze milles cases. Là sur les deux suites, ça a du arriver une ou deux fois qu’on refasse une séquence, mais pas plus.

 

A combien de dessinateurs avez-vous réalisé l’ensemble du story-board du film ?

En tout, entre Patrice, Renaud, moi, Stéphane et quelques autres, on a du être une petite dizaine, je dirai huit à peu près. Oui, environ huit-neuf.

 

Qu’avez-vous appris de cette expérience ?

J’ai appris que je pouvais dessiner très vite, alors qu’avant ce n’était pas évident. C’est pour ça, j’ai mis en place certains codes qui après, même dans mes travaux publicitaires sur mes autres long métrages, m’ont beaucoup servis.

 

A priori il vous a été demandé de faire plus vite, avec moins de détails, mais en même temps on vous a demandé de refaire plusieurs fois les mêmes story-boards pour quelques détails infimes. Cela est t-il frustrant ?

Au début oui, après on s’habitue. On s’habitue à tout.

 

Quelle a été votre part de liberté, de créativité à ce poste sur le résultat final du film ? Avez-vous pu apporter des touches personnelles ?

Des touches personnelles, pas tant que ça, pas trop, malheureusement, en tout cas, sur le premier. Je parle uniquement du premier. Non, niveau apport personnel c’est très mince, à part quelques designs que j’ai fait notamment pour le bar Kolomassaï, une espèce de citerne à jus de sève. C’est moi qui me suis occupé de cela. Donc, liberté, créativité, là non. C’est restreint.

 

Avez-vous occupé d’autres fonctions que celle de story-boarder ?

J’ai fait quelque designs de personnages, de back ground, et quelques décors qui étaient un peu plus présents.

 

Avez-vous participé au scénario, au design d’Arthur ?

Au scénario pas du tout, au design d’une façon infime. 

 

Le travail d’un story-boarder peut il être fait sur informatique ?

Oui. Oui... complètement. Personnellement, je disais, je ne suis toujours pas très à l’aise avec la palette graphique en temps qu’outil de dessin, mais il y a des storyboarder qui ne se servent que de la palette, qui ont intégralement leur board sur palette graphique.

 

Pouvez vous nous décrire étape par étape la création d’une scène d’animation ?

La création ce n’est pas mon processus, moi je suis dans l’interprétation de la vision du réalisateur.

  

Comment sont ensuite  utilisés vos story-boards par le reste de l’équipe ?

Les storyboards servent justement à l’équipe qui s’occupe de la réalisation, de l’animatique et donc par extension, à toute les équipes de modélisation, d’animation du film. Même parfois sur le tournage de ce qu’on appelle les VMC mais cela ne fait pas partie du processus de modélisation.

  

ARTHUR LES SUITES

 

Votre travail change t’il pour Arthur 2 et 3 ? (Directives, outils,…)

Concernant les outils non, j’ai repris les mêmes techniques. Simplement, quand j’ai commencé à bosser sur storyboard du premier Arthur, tous les designs, en tout cas une grande partie des designs était déjà réalisée alors que là sur le deux et le trois, j’ai commencé mon storyboard en même temps que les équipes de designs, réalisaient leurs planches. Ce qui fait que parfois, je faisais les séquences dans des décors et avec des personnages qui n’étaient pas encore désignés. Et c’était ça la grande nouveauté entre le 1 et les deux suites.  J’ai eu une part beaucoup plus importante au niveau de la création et des décors et des personnages.

  

Y aura-t-il des changements stylistiques importants ou les suites resteront fidèles au premier opus ?

Je crois que c’est globalement assez fidèle.

 

Y aura-t-il de nouveaux personnages, de nouvelles créatures ?

Oui. Beaucoup de personnages repris, beaucoup de nouvelles créatures, une nouvelle armée, enfin bon, je ne sais même pas si j’ai le droit d’en parler dans cette interview.

 

Les scénarios seront ils autant basés sur les livres que pour le 1er ?

Globalement oui.

 

Est-ce que vous avez fait « grandir/vieillir » les personnages ?

Je crois que c’est très peu marqué.

 

Comment travaille-t-on sur 2 films à la fois (Arthur 2 et 3) ?

J’ai vu ça comme un grand film séparé en deux parties.

 

Pourrait-on envisager un Arthur 4 ?

Oui. Bien sûr on pourrait.

 

Que vous a apporté Luc Besson à titre professionnel, et humain ?

A titre professionnel, déjà c’est très valorisant de travailler avec Luc Besson, c’est très flatteur, et humain, cela permet de voir qu’on peut régner sur le cinéma européen et que l’on peut rester simple, et avenant, malgré tout exigeant, mais sans se prendre la tête, simplement.

 

Quels sont vos projets après Arthur ?

Pour l’instant, je reprends peu à peu mon activité publicitaire. Maintenant, il y aura peut-être, sûrement j’espère, d’autres longs métrages avec Europa, et avec d’autres, je ne sais pas encore. C’est à déterminer en ce moment.

 

Sur quels projets et avec qui aimeriez-vous travailler par la suite ?

J’ai quelques projets personnels que j’aimerais mettre en place dans les mois qui viennent. Et avec qui j’aimerais travailler en réalisateur ? J’aime beaucoup les univers de Michel Gondry, et dans l’absolu évidemment, les cinéastes qui m’on fait rêver quand j’étais jeune, c'est-à-dire, Georges Lucas, Zemeckis, Spielberg, mais ils ont tendance à se raréfier sur la scène cinématographique, à part Spielberg. Et dans un autre esprit, Lynch, Cronenberg, Rodriguez, ou Tarentino, ou avec Brad Bird, un des génies de chex Pixar, en toute simplicité :-)

 

Merci à: Alexandre, Francesco & Cédric   ;-))

 

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